Cela doit bien faire quelques heures que je suis allongé sur l’herbe verte, maintenant. Je lève la main au ciel, cachant le soleil et essayant de l’attraper en même temps. La branche de l’arbre à quelques mètres semble pointer un endroit précis du ciel, et effectivement, elle pointe vers un nuage qui a décidé de prendre la forme d’un lapin. C’est trouble, difforme, mais mon imagination fait le reste. Je me rappelle avoir vu ça quelque part, c’est de... la paréidolie, je crois. Et je vois un lapin à cause de ça.
Lui peut bondir, courir, se déplacer. Quel chanceux, chanceux d’avoir une vie aussi insouciante. Les animaux ont des vies tellement simples, ce serait rêver que de pouvoir en être un une seule journée. Avoir un pelage qui tient chaud, ça ferait des économies. Et la chaleur, la chaleur de ce mois de juillet. Cela me rappelle que j’entends partout que la température n’a jamais été aussi forte depuis des années. La glace est en train de fondre, et ça va affecter les écosystèmes. Mauvais pour les animaux. Et ces oiseaux autour de moi qui ne se doutent de rien, je les plains.
Il y a bien quelques oiseaux sifflant leur musique envoûtante, et d’autres qui volent simplement au-dessus de moi, passant furtivement. Comme un ami qui vient vous saluer en vous voyant dans le même restaurant que lui. Un bref « Salut, tu vas bien ? », puis il retourne à sa table avec sa famille, et vous ne lui reparlez plus de la soirée. Pourtant, certaines fois, vous vous dites que ce serait mieux de sortir. D’aller boire un verre dans le premier bar du coin, pour parler des cours, pour simplement discuter. Et vous ne faites rien, simplement parce que c’est soit « la flemme » qui dicte vos envies, soit « la bienséance » qui veut que vous passiez la soirée à discuter de sujets aussi inintéressants qu’inutiles avec vos plus proches parents.
Triste vie que de se limiter à ce que la société veut de vous.
En parlant de société, il y avait un sujet qui m’était passé la tête récemment. Qui se fiche vraiment de ce que les gens pensent de vous ? On a tous envie que ceux qui vous regardent aient une bonne impression, de leur montrer l’image modèle du parfait type sociable.
Je préfère rester dans mes pensées et faire ce que je veux, après tout la vie est trop courte pour qu’on ne fasse que des choses importantes et moyennement intéressantes. Faire du parachutisme, si c’est ce que vous voulez. S’habiller comme ce que vous pensez être « vous », et pas comme le reflet de votre envie de bien paraître.
Je préfère passer du temps avec des amis, c’est ce qu’il y a de mieux. Seulement, en m’habillant comme je m’habille, en faisant ce que je fais, et en étant différent comme je le suis, je suis facilement rejeté. Et ça ne fait qu’empirer avec les années. Les seuls qui ne sont pas influencés par ça, ce sont les enfants. Pas les adolescents, les enfants. Un petit frère, une petite sœur, ils peuvent vous remonter le moral. Vous êtes LE grand frère ou LA grande sœur, celui ou celle qu’ils admirent dans leurs premières années, puis qu’ils détestent ensuite, pour une raison obscure.
Ils vous admirent, comme ils admireraient une personne célèbre. Et dans ces années-là, vous avez envie d’être proche d’eux parce que rien n’est meilleure que de se rapprocher de son petit fan personnel. C’est terriblement égoïste comme comportement et comme manière de dire... Si j’écrivais un texte, comment est-ce que je tournerai ça ? Je dirai simplement sans animosité, en restant neutre « Votre cadet a envie d’être avec son modèle que vous incarnez, donc essayez de ne pas trop être une mauvaise personne pour donner le bon exemple, et soyez proche de lui. » Et là, on ne voit aucun sentiment, rien.
Il faut apprendre à donner plus de sentiments dans un texte, sinon le lecteur détache. Pas au point d’amener les larmes, mais plutôt un léger sourire mélancolique. Essayer de parler de situations communes. Cette fille que nous avons tous aimé, que nous pensions être LA fille, et qui s’est éloignée peu à peu de nous. Cet ami d’enfance à qui nous ne parlons plus vraiment parce que nous avons changé d’école, mais que si nous revoyons, nous voudrions le serrer dans nos bras, en brisant cette « bienséance ».
Cette mélancolie-là, quand on y repense, on a des larmes aux yeux. Mais ce sont de bonnes larmes, celles qui prouvent que votre texte a de l’esprit. Je n’ai jamais vu un texte où le lecteur pleurait tellement il est minable.
Sourire.
Et comment j’en suis arrivé là ? Je commençais par regarder le ciel, voyant un lapin. J’ai lentement dérivé. C’est la pensée humaine, amener à différents sujets en avançant petit à petit vers un sujet qui vous passionne un peu plus que le précédent. C’est l’imagination qui m’a amené à en arriver là et à parler des sentiments dans un texte.
Pourquoi la pensée est-elle construite comme ça ?
Pour pouvoir voir ce qui vous plaît le plus. Et j’aime ce monde imaginaire, plein de fantasmes qu’est la pensée humaine. Tout peut arriver, on peut être n’importe qui. N’importe qui d’autre. Je peux être avec mes amis, dans ce bar, ou sur un terrain de football. Je les connais si bien que je peux deviner leurs réponses à mes questions, leurs paroles. Je me crée un nouveau monde.
Pourquoi ? Parce que nos vies ne nous conviennent pas.
Mes amis me manquent pendant cette période de vacances, et oui, le soleil me brûle. Ce sont des amis importants, parce qu’ils m’acceptent. Le lapin lui peut se mouvoir sans problème, moi, il va falloir que je rentre chez moi. Je vais avoir du mal.
« -Thomas, tu peux aller dire à maman d’amener le fauteuil ?
C’est bien ma voix qui parle à mon petit frère. Il me répond avec un sourire, et va crier à ma mère que j’ai besoin d’aide. Elle arrive, avec mon fauteuil. Je monte dessus.
-On va rentrer, il commence à être tard, et puis tu dois être épuisé à force.
Me dis ma mère, un regard compatissant. Elle l’a toujours, même si cela fait des mois que je ne peux plus utiliser mes jambes. Je lui réponds par un sourire simple, mais efficace. Puis je soupire.
-Je peux être qui je veux, tu sais. C’est ce qu’on n'arrête pas de nous répéter. Il suffit d’avoir un peu d’imagination. »
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Voilà, je poste sur le forum écriture comme proposé par CrazyMarty ! Je voulais récupérer quelques avis sur ce texte qui est arrivé troisième au concours d'écriture. Vos commentaires m'aideront à m'améliorer, j'en suis certain !