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Liste des sujets

Scribomatic

Sarezzo
Sarezzo
Niveau 8
29 juin 2015 à 15:12:33

Scribomatic est le topic dédié à l’écriture automatique (au néologisme douteux que l’on devine puiser en partie dans le latin). Ici, pas besoin de venir avec un plan détaillé de quoi que ce soit, seule la spontanéité compte !

Pour la petite histoire, l’écriture automatique telle qu’on la connaît aujourd’hui dans la littérature fut notamment utilisée par les Surréalistes, au début du siècle dernier. Ces derniers pensaient qu’elle était un moyen de s’émanciper des contraintes intellectuelles imposées par la raison. Le formalisme de l’écriture automatique en tant que telle fut élaboré par André Breton, qu’il définira dans le Manifeste du Surréalisme de la manière suivante : « Placez-vous dans l'état le plus passif ou réceptif que vous pourrez... écrivez vite sans sujet préconçu, assez vite pour ne pas vous retenir et ne pas être tenté de vous relire »

Vous l’aurez compris, l’enjeu n’est absolument pas de réfléchir, au contraire même ! Écrivez, écrivez vite, l’esprit vidé de toute sorte de préoccupation ! Aucune longueur maximale ou minimale n’est requise, tout est permis, alors allez-y, défoulez-vous ! :banzai:

Chocobo_3
Chocobo_3
Niveau 22
29 juin 2015 à 15:17:08

C'est plus ou moins le moyen qu'utilise les médiums pour retranscrire les pensées des esprits, il me semble. Non?

Sarezzo
Sarezzo
Niveau 8
29 juin 2015 à 15:21:55

Peut-être, je n'en sais fichtre rien, je ne me suis intéressé qu'à son aspect littéraire.

Pseudo supprimé
Pseudo supprimé 29 juin 2015 à 16:27:44

Les esprits ne seront guère heureux de l'apprendre et viendront te hanter.

Entretemps, je veux bien tenter d'écrire quelque chose ainsi... si j'y arrive. :-( C'est un bon exercice.

Scarytaupinet
Scarytaupinet
Niveau 10
29 juin 2015 à 16:36:55

J'en avais déjà fait, tiens, ça m'avait bien plu

Mais après y a le risque de pondre une énorme merde

--crazymarty--
--crazymarty--
Niveau 10
29 juin 2015 à 18:13:57

Bonne idée, j'approuve :-) .

Sarezzo
Sarezzo
Niveau 8
29 juin 2015 à 21:15:22

Si le Grand Maître approuve, je ne crains pas les esprits :noel:

Sarezzo
Sarezzo
Niveau 8
11 août 2015 à 15:25:37

Bon, mon ego se refusant à l'idée de laisser ce topic devenir mort-né, j'ai rédigé un petit texte d'écriture automatique. Peut-être que cela donnera envie (ou pas) à d'autres. Je montre donc la voie, un peu comme un prophète endimanché qui cherche avant tout à éviter le bide :noel:

Respectueux des règles de l'écriture automatique, je n'ai pas corrigé les éventuelles erreurs de syntaxe et de sémantique, mais uniquement d'orthographe et de grammaire. S'il y a des redondances, je vous prie de m'excuser, mais le but après tout est d'éviter tout contrôle stylistique sur la production :hap:

Bonne lecture !

Les rues de la citadelle s’enlaçaient autour des vieilles bâtisses de pierres. Le soleil étendait sa mornitude grisâtre sur les toitures d’ardoises, tandis que des écumes poussiéreuses se soulevaient doucement sous l’action d’une légère brise. Les venelles désertes s’étendaient dans des voiles de pénombres qu’aucune lueur ne perçait, sinon un châle brillant d’une fenêtre qui reflétait les rayons taciturnes du jour.

Le portique d’une grande aile surmontée d’un beffroi béait dans le silence absolu des lieux. Nulle silhouette ne se faufilait à l’intérieur, ni dans la vaste cour. Dans l’obscurité réconfortante du bâtiment reposaient les vastes cénotaphes d’augustes inconnus dont la gravure des noms était à moitié effacée par le temps et l’oubli. Dans cette crypte originale, quelques teintures pendaient depuis les voûtes marmoréennes, frappées de sceaux anonymes, à la gloire d’un quelconque empire suranné.

Alors que le murmure du vent s’engouffrait timidement d’entre les vitraux brisés, une porte brisa l’harmonie sépulcrale en claquant brusquement. Quelques torrents de poussières sursautèrent sous l’action inattendue des gonds de fer. En s’approchant de l’arcade où elle se tenait, l’on découvrait une antichambre des plus curieuses. Réchauffée par un écrin de lumière blafarde qui passait ingénieusement depuis un conduit qui disposait d’un savant jeu de miroir, l’on y trouvait le tombeau d’un être vénérable dont la figure avait été reconstituée sur une statue. Recouverts d’une capuche, les traits de son visage élimés s’offraient capricieusement aux yeux du spectateur. Cependant que l’on s’en approchait pour en scruter les détails survivants, l’on entendait alors une mélopée fluette s’élever du cercueil de pierre.

Avec une angoisse empressée et mille manipulations, le couvercle finit par se renverser en produisant grand bruit sur les dalles fissurées. Le sarcophage révélait alors un curieux escalier, exigu et décrépi. En s’y glissant, l’on débouchait dans une fastueuse salle composée d’arcades et de colonnes décrépites. Un immonde tas de déchets jonchait le sol comme un tapis miasmatique, et entre les tas d’ordures gisaient d’antiques charognes dont certaines délivraient encore leur bouquet méphistophélique. La mélopée s’élevait parmi les immondices, mais à fur et à mesure que l’on s’en approchait, l’on saisissait d’autres caractères que maquillait la mélodie. Les sons étaient produits par un savant frottement entre deux instruments macabres que jouait une silhouette trônant en plein milieu de la fange. Ce monarque du sordide se désintéressa de son instrument pour toiser celui qui se risquait à le contempler depuis les marches délabrées. Se hissait de toute sa hauteur dans une symphonie de craquements, l’on découvrait alors son physique repoussant, fait de poils, de sang et d’étrons. Ses yeux brillaient d’un éclat surnaturel, mais l’on était vite fasciné par les dents qu’il découvrait dans un affreux rictus. Incapable de se mouvoir, le géant s’approchait alors, lentement. Ses pas lourds rythmaient le temps comme de sinistres tambours, appelant à l’oblation funeste qui attendait le malheureux qui était figé par le regard sanguinolent du maître des lieux. C’est là, qu’Orlando dégaina sa lame, et s’élança.

« J’ai traversé des forêts enchantées et les Enfers. J’ai fendu le crâne de géants, j’ai occis des endriagues et des dragons. À présent je te combattrais parmi des tourbillons de flamme et de fumée, Orcus »

Scarytaupinet
Scarytaupinet
Niveau 10
11 août 2015 à 15:27:19

Dafuq comment tu peux écrire un truc aussu construit en écriture automatique ?

Sarezzo
Sarezzo
Niveau 8
11 août 2015 à 15:49:18

J'en sais rien, à vrai dire je ne trouve pas le texte génial. Cela dit, comme je lis l'inédit de Julien Gracq en ce moment (Les Terres du Couchant), j'ai peut-être été influencé. Néanmoins je trouve quand même que ça n'a ni queue, ni tête ^^

Toutefois, je te remercie du compliment :)

Arduilanar
Arduilanar
Niveau 10
11 août 2015 à 16:00:21

Je rejoins Taupinet, c'est dingue. :ouch: On n'a pas le même sens de "sans queue ni tête" apparemment. :-)

C'est marrant, en cherchant si "endriague" renvoyait à une créature autre que celle qu'affronte notre Sorceleur préféré, je suis tombé sur ça :
" Je combattrais parmi des tourbillons de flamme et de fumée des orques, des endriagues et des dragons (T. Gautier, Fracasse,1863, p. 83)."
Tu l'avais déjà lu ? Si oui, ça ne serait pas si étonnant que ça ressorte inconsciemment, mais sinon c'est chaud comment ça se ressemble quasi mot à mot. :p)

Sarezzo
Sarezzo
Niveau 8
11 août 2015 à 16:11:17

Oui, j'avais potassé Théophile Gautier il y a un an, j'avais adoré Capitaine Fracasse et la phrase m'est revenue pendant que j'écrivais (enfin en partie, je me souvenais des tourbillons de flammes et de fumée et de sa prétention de traverser des forêts et les Enfers au nom de sa belle) :)

En revanche Orcus n'est pas un orque, c'est... autre chose :noel:

Arduilanar
Arduilanar
Niveau 10
11 août 2015 à 16:21:57

Ouais, Orcus dieu des Enfers, tout ça tout ça - enfin, dans ton texte, plutôt dieu des Étrons. :noel:
Je crois quand même que c'est son nom qui est à l'origine de celui des orques et des ogres - qui renvoyaient à la même créature jusqu'à ce que Tolkien s'en serve.

Sarezzo
Sarezzo
Niveau 8
11 août 2015 à 16:33:39

Oui, Tolkien dit explicitement que le nom Orcus est étymologiquement celui des Orcs (ou Orques). Cela étant, dans la mythologie romaine, il est parfois confondu avec Démogorgon, décrit comme un "vieillard blême, couvert de moisissure humide et vivant dans les entrailles de la terre au milieu de ténèbres brumeuses". Orcus étant un géant barbu et poilu, je l'imaginais bien patauger dans la fange, au milieu de cadavres dont il se nourrirait :noel:

Sarezzo
Sarezzo
Niveau 8
16 août 2015 à 16:40:05

Bon, manifestement, je suis le seul à vouloir remplir ce topic :noel: Enfin, bonne lecture !

La montagne vomissait ses hardes de membres détraqués. Depuis le coucher du soleil, s’acheminaient dans une psalmodie sordide des torrents de chair putrides, qui brillaient d’une lueur spectrale dans les milliers d’orbites creuses qui s’écoulaient comme une cascade surnaturelle depuis le pic de l’Oréade. Des armures rouillées se cognaient contre les os durs comme de la pierre, d’autres avaient encore des lambeaux de chair desséchés, et les plus avilissants suintaient encore la mort par leurs orifices. La symphonie macabre s’intensifiait au fur et à mesure qu’elle s’avançait vers Hjaalfingar, sans que rien sût l’en empêcher. Ni les masures closes, ni les frêles murs de pierres fatiguées ne pourraient arrêter la vague mortelle qui s’avançait inlassablement vers eux. Les soldats attendaient, résigné à leur sort, trouvant à peine la force de lever leurs arcs.

L’écume purulente arriva enfin aux abords de la ville, et s’écrasa sur l’enceinte comme une écume grotesque tenterait d’élimer un récif. Les râles gutturaux qui s’élevaient vomissaient une putrescence infinie, comme si tous les charniers du monde s’étaient mis à chanter d’une seule et même voix funeste. Les exhalaisons morbides continuèrent, encore et encore, tandis que les flèches traversaient vainement la myriade de corps ambulants. Les projectiles enflammés n’y firent rien, sinon d’éclairer le spectacle atroce de ces marcheurs d’outre-tombe dont on ne savait pas ce qui les avait arrachés de leur sommeil éternel. Les mâchoires décrochées et les épées oxydées braillaient toutes d’une même note dissonante, à l’assaut de la porte de la cité, tambourinant le bois comme un tambour de guerre. Ni la poix, ni les flammes ne firent reculer l’étreinte de la masse grouillante de vermine qui s’agglutinait sur les murs comme une amante empressée. Il n’y avait plus rien au-delà, seulement les ténèbres infinies de la nuit qui cachaient l’horreur qui se déroulait dans une indifférence presque pathétique.

Jusqu’à ce que la porte cédât, l’on crut encore naïvement au faible espoir de tenir jusqu’à l’aube, afin que les rayons du soleil chassent cette marée de miasmes en rut, mais la porte s’ouvrit. Elle s’ouvrit comme une gueule édentée qui crachait ses chicots gâtés pour expulser un abcès trop douloureux. Elle déversa la légion grise qui paraissait aspirer la lumière des torches, comme si elle les avalait dans son voile de pénombre, où ne brillaient que les éclats spectraux de ses yeux aveugles. Puis la vague se fendit. Elle se multiplia en branches qui parasitèrent les rues, les venelles, pour s’agripper aux demeures comme un lierre grimpant, prête à se repaître de leurs contenus. Pas un cri n’en couvrit la litanie monocorde, pas une âme n’en réchappa. Ils furent gobés comme un fruit sec, et grossirent les rangs des envahisseurs indolents pour en amplifier la symphonie funeste.

Scarytaupinet
Scarytaupinet
Niveau 10
16 août 2015 à 17:26:02

Nan franchement on doit pas approcher l'écriture automatique de la même façon, c'est juste impossible d'écrire ça en écriture automatique. T'es pas censé réfléchir à ce que t'écris, t'es censé juste laisser couler le flot, là on voit bien que c'est travaillé, aucune répétition, rien, du vocabulaire recherché, une histoire qui fait sens. Nan franchement, on doit pas avoir la même définition de la chose

Sarezzo
Sarezzo
Niveau 8
16 août 2015 à 20:22:44

Je n'ai pas d'autre définition de l'écriture automatique que celle citée dans le premier post. Si maintenant tu estimes qu'avoir du "vocabulaire recherché" (encore que cette notion soit totalement subjective et à l'appréciation de chacun) est impossible en écriture automatique, c'est autre chose (et, ajouterai-je, il n'y a pas de resultats semblables pour tous. Estimer que l'écriture automatique bannisse les phrases plus élaborées que "sujet, verbe, complément", c’est assez présomptueux comme a priori). Cela étant, rien ne t'empêche de doner un exemple de ta conception de l'exercice.

Thonmauve_
Thonmauve_
Niveau 6
16 août 2015 à 21:30:37

Très beaux produits, Sarezzo. J'ai également lu les extraits de Gracq que tu as posté dans un autre topic, je confirme que l'influence se fait beaucoup ressentir mais sans non plus que ça fasse copié/collé.
Perso j'aime bien, et que tu aies fait ça d'une traite rend la chose d'autant plus admirable.

Je partage ces quelques mots qui me sont venus l'autre jour dans un état d'esprit passif.

Dans le vide se propage le néant — et après, que me reste-t-il, à moi ? Des bribes incohérentes d'une originalité depuis longtemps dépassée, l'obsolescence de mes mots et la mort de mon existence.
C'est ça, le syndrome de la page blanche : un trou noir qui aspire la création et inspire l'angoisse.

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