Bonsoir à tous !
Ca doit bien faire deux trois ans que je n'ai rien posté ici ! Je continue d'écrire, mais peu, et surtout je n'ai rien fini de concret depuis tout ce temps ! Je ne sais pas si il y en a encore dans le coin qui se souvienne de moi ou pas, en tout cas, je suis déterminé à m'y remettre ! Je commence avec un petit texte que j'ai commencé depuis un bout de temps (pour un des concours sans fin du forum à la base d'ailleurs), et que je me suis décidé à finir !
Ca fait tellement longtemps qu'il traine dans mon dossier écriture, j'ai perdu toute objectivité à son propos et je me demande vraiment à quoi il peut ressembler de l'extérieur ! En tout cas c'est parti !
Solferino monta dans le bus et mit ses écouteurs. La musique électrocutait sa tête et lui déréglait les neurones. Il regarda par la fenêtre ; le monde dansait autour de lui. Les yeux brillants, il fissurait le sol à chacun de ses pas, craquelait l’air en serrant les phalanges, renversait les camions en traversant la route un peu trop vite. ♪ Parfois, il jetait un oeil à l’intérieur et regardait les gens, assis ou debout, de son plus tendre regard paternel. ♫ Il sentait que c’était le rythme des battements de son coeur qui dirigeait la rotation de la planète, et l’émotion le submergeait. ♫ Son aura se répandait à l’intérieur du véhicule et se mélangeait à l’air. Il était omniscient.
Puis le bus s’arrêtait et Solferino enlevait ses écouteurs.
Soleil !
Le monde reprenait sa place originale, et rien n’avait bougé. Solferino reprenait sa place inférieure et se surprenait à être petit, faible, naze, et à détester tout le monde.
Solferino poussa la grille du collège, les yeux dans les baskets. Il rangea son ticket de bus dans sa poche, avec tous ceux de la semaine qu’il n’avait pas encore jetés, et regarda autour de lui. Il cherchait un endroit tranquille où aller digérer son pain au chocolat, et décida d’aller rejoindre Chandelle dans un coin de la cour.
Chandelle était une fille étrange : elle était chauve. Elle n’avait pas de maladie, de problème physique, rien de la sorte. Ses cheveux n’avaient simplement jamais poussés.
Solferino sortait avec Chandelle. Ils ne se tenaient pas la main, ils ne s’embrassaient pas, et se s’aimaient sûrement même pas d’amitié, mais ils s’étaient mis d’accord de concert sur le fait qu’à deux face à l’adversité, ils auraient l’air plus crédibles. Ils avaient tous les deux plutôt tendance à se tirer respectivement vers le bas.
Il y en avait un au collège qui se délectait d’être le meilleur, et c’était Lucas, l’ennemi juré de Solferino. Il mesurait 3 mètres 80, et avait toujours trois filles accrochés autour du cou. Une brune, une blonde, et une rousse. Quand il croisait Solferino à l’entrée de la classe le matin, il aimait bien lui dire « Salut tOI » en appuyant bien les deux dernières lettres. Ce n’était pas fondamentalement méchant, mais Solferino détestait ça à un point qui dépassait l’entendement.
La cloche sonna en ré mineur. Solferino et Chandelle se dirigèrent vers la classe, et aperçurent, de dos le vil Lucas. Chandelle jeta discrètement un oeil plein de désir brûlant sur son gigantesque corps aux muscles saillants. Solferino jeta discrètement un oeil plein de désir brûlant à la rousse accroché à son col. Leur couple n’était décidément pas ce qu’on attend généralement d’un couple épanoui.
Salut tOI ♪.
Ce qui accrochait Solferino à sa vie, c’était ses écouteurs. Ces moments où il se sentait violemment puissant et dominant le reste du monde. Chaque matin il ruinait la face de Lucas et s’abreuvait des filles se pendant à son cou, il le démolissait et lui faisait comprendre ce qu’était un homme véritable. Mais en général, en descendant du bus, les écouteurs dans la poche, il n’en avait déjà plus rien à faire.
Il y avait bien eu un jour, c’était en cinquième. Solferino avait échafaudé un plan et s’était dit qu’en gardant ses écouteurs sur lui, il pourrait affronter son nemesis. Mais son punch n’avait pas la superbe qu’il imaginait, et lorsque Lucas l’envoya dans le décor, ses écouteurs tombèrent sur le sol et il entendit les rires. Il entendit sa propre médiocrité. Il comprit que ça ne fonctionnait pas, que les écouteurs avaient leurs limites.
Solferino n’avait pas grand chose à faire de son temps libre, si ce n’était traîner sans plaisir avec sa petite amie, aussi le passait il à essayer de trouver un moyen d’enfermer la musique, et de rester fort quoi qu’il arrive. Un mercredi après-midi, il sortir ses crayons à papier, une grande feuille cançon et se mit à élaborer des plans diaboliques afin d’empêcher ses écouteurs se faire la malle. Il imagina d’abord un système de crochet empêchant les oreillettes de tomber, quoi qu’il arrive. Il s’exerça dans le jardin. La probabilité de se faire arracher une oreille était trop haute. Il pensa ensuite à s’enrouler du scotch autour du visage. C’était bien trop ridicule. Une troisième solution était une opération chirurgicale pour glisser ses écouteurs sous sa peau, directement au niveau de son oreille interne. Cela lui sembla être un plan satisfaisant.
Son médecin traitant réussit à lui faire comprendre que personne n’accepterait d’effectuer une telle opération. Solferino comprit que sur ce coup il serait seul, et qu’il faudrait qu’il rende justice lui même. De retour chez lui, il se saisit d’un couteau et se découpa le bord de l’oreille comme un charcutier fatigué. Il hurla, et c’est à peine cicatrisé qu’il arriva au collège le surlendemain. Les gens avaient une raison de plus de se moquer de lui, maintenant la partie gauche de son visage ressemblait à une interprétation dodécaphonique de la Chevauchée des Walkyries. Il avait raté cette fois, mais il n’avait pas dit son dernier mot.
Il fit deux trois pas vers sa copine.
« Hé Chandelle. »
« Salut, Sol. »
Il détestait qu’elle l’appelle Sol. Personne ne l’appelait Chan, elle.
Solferino pensa à tout. Le casque ? Pas assez discret, trop encombrant. La radio ? Imposible, si tout le monde pouvait entendre la musique, le charme serait rompu. Il finit par se décider et se rendit à l’école de musique la plus proche. Sur la pointe des pieds il se présenta à l’accueil et demanda timidement à apprendre la musique. Il donna toutes sa tirelire, une carte Magic collector -il la trouvait laide, de toute façon- et cinq Carambar, et une prof finit par accepter de s’occuper de lui.
Elle n’était ni belle ni laide, de toute façon Solferino n’était pas là pour ça. Elle lui apprendrait la musique et c’était le principal. Il fallait qu’il progresse extrêmement vite, il ne pouvait plus attendre. Il fallait qu’il réussisse à faire jaillir la musique de l’intérieur.
Il travailla non stop. Il apprit les rudiments en deux jours, essaya de composer le troisième. C’était très mauvais, mais est ce que c’était grave. Il aimait écouter de la très mauvaise musique. Au bout du quatrième jour, alors qu’il essayait d’aligner des notes dans sa tête, il vit sa chambre bouger du coin de l’oeil, un bref instant. Il était sur la bonne voie.
* * *
C’était un mardi matin. Dans le bus, Solferino respirait amplement, en essayant de faire le vide. Il ouvrit grand les yeux, fit tournoyer deux trois fois le monde à l’extérieur. Il se sentait prêt. En sortant du bus, il prit sa décision. Il extirpa ses écouteurs de sa poche arrière, les démêla pour leur faire un dernier adieu, et les lâcha à l’intérieur de la poubelle de l’entrée. Arrivé prêt du portail, il fut pris d’un doute. Il commença à entonner un petit air un peu naze mais efficace, vite fait, antécédent conséquent, pif paf, et juste sur la résolution de la cadence parfaite il donna un coup de pied à la poubelle. Un déchirement métallique et elle se décolla du béton, partant s’envoler une dizaine de mètres plus loin. Solferino n’en attendait pas moins. La poubelle alla s’écraser sur la belle voiture jaune du prof de technologie. L’alarme du véhicule se mit à sonner tristement.
Chandelle se dirigea vers Solferino avec lassitude, comme d’habitude. Cette fois il était presque content de la voir. Il passa même sa main sur le crâne chauve de la jeune fille, en signe d’amitié. Elle le repoussa poliment.
Il était temps d’en venir au fait. Solferino marcha avec détermination vers Lucas, facile à repérer, de toute sa hauteur, et avec ses mannequins accrochés comme trois gyrophares. L’énorme bonhomme se retourna, un peu surpris.
« Salut tOI. » dit le grand singe.
« Salut, cas » répond Solferino.
Mon dieu, c’était trop mauvais. Le jeune homme se mit à paniquer. La cloche retentit à cet instant. Un gigantesque ré mineur résonna à travers la cour de récré. Ouf.
Solferino s’accorda et se mit à fredonner son intro entre les dents, en chantant faux. Lucas lui demanda de cesser de chanter comme un attardé. Solferino ne lui dit rien, mais passa entre ses jambes, et d’une main le propulsa en hauteur à une cinquantaine de mètres du sol. Ses trois demoiselles lâchèrent prise. Solferino rattrapa la rousse au vol, laissant la blonde et la brune s’écraser la tête par terre, comme deux coups de cymbales. Il amortit l’atterrissage de Lucas de l’autre main, et le reposa assez doucement pour le garder en vie encore un moment.
Un peu sonné, Lucas tenta un coup de poing. Solferino le stoppa calmement et lui broya les doigts en une constellation de petits bouts d’os. Le géant cria : c’était dissonant et ça gâchait tout l’intermezzo. Il fallait remédier à ça. Solferino bondit, prit une grande inspiration et d’un geste de la main lui éclata la tête comme un ballon de baudruche.
Il retomba sur ses pieds, apaisé. Il y avait du sang et des morceaux bizarres partout dans la cour. La composition touchait presque à sa fin. Il regarda la rousse, qui pleurait au creux de sa main. Il l’embrassa un peu trop fort et la but toute entière. Ne restait plus que Chandelle, les yeux rivés sur lui, au milieu de la cour. L’air effrayée, glacée, fascinée peut être. Il s’approcha d’elle et frotta son crâne chauve aussi fort qu’il pu. Il y eu une étincelle, et le crâne de Chandelle s’alluma. Une gigantesque tignasse de feu au dessus de son crâne blanc. Ils se regardèrent un moment, alors que Solferino chuchotait la cadence finale.
Ils se serrèrent dans les bras l’un de l’autre, et alors le morceau toucha à sa fin.
Solferino ouvrit les yeux, et regarda autour de lui.