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Topic Réflexion sur la nation

Sujet : Réflexion sur la nation

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Raknor2
Raknor2
MP
12 juin 2021 à 12:59:21

Distinction entre ethnie, nation, identité nationale

Nous nous proposons d’essayer d’éclaircir ces différents concepts car ils peuvent prêter à confusion et « comme beaucoup de notions politiques, ils se révèlent ambigus et incertains » et parce que leur analyse est d’une importance cruciale pour notre étude. En effet, le concept de nation est consubstantiel avec celui d’Etat moderne Hauriou avançant que « L’Etat est l’organisation politique d’une nation » ,même si Barraud affirme que « l’Etat et la nation sont donc très proches sans pour autant se superposer, notamment car l’Etat ajoute de la juridicité à la nationalité » . En préambule, il convient d'opérer une première distinction entre ethnie et nation. Anthony SMITH, qui s'est attaché à l'exercice considère l'ethnie comme étant :

"named unit of population with common ancestry myths and shared historical memories, elements of share culture, a link with a historic territory, and some measure of solidarity, at least among the elite"

Alors qu'il définit la nation comme :

"named human sharing a historic territory, common myths and historical memories, a mass, public culture, a common economy and common legal rights and duty for all members."

La principale différence des deux concepts précités est bien évidemment l'aspect juridique pour la nation et les membres qui la compose. Mais, le sens de la nation telle que la conçoit Smith n’a pas toujours été celui-ci. La première édition du Dictionnaire de l’Académie française de 1694 donne une définition de la nation : « Tous les habitants d’un même État, d’un même pays, qui vivent sous mêmes lois et usent de même langage » . Même si cette définition fait référence à l’Etat, elle est encore empreinte de l’aspect linguistique.

Donc, les concepts de nation et de nationalité sont relativement nouveaux dans le sens auquel nous les entendons. Le mot nation est très ancien, il dérive du latin et s’est répandu très tôt dans tous les langues modernes mais avec une autre signification. Ce n’est que durant la seconde moitié du 18ème siècle qu’il a graduellement pris la signification qu’il a pour nous aujourd’hui et pas avant le 19ème siècle que l’usage de ce mot tel quel est devenu général. Si signification politique s’est développée pas à pas avec le concept ; la nationalité est devenue un point central de la pensée politique. Les mots et concepts de nations appartiennent complètement à la sphère moderne des idées politiques et philosophique de l’individualisme ; ils ont gagné en importance seulement dans les démocraties modernes . Ce n’est donc que durant le début de l’époque moderne que le mot nation a changé de signification : il a perdu son sens linguistique pour acquérir uniquement un sens politique .

Deux conceptions de la nation

Ce changement de signification trouve sa matérialisation la plus prégnante dans l’affrontement de deux concepts de la nation bien distincts : le français et l’allemand. Bien que les deux soient consubstantiellement attachés à la forme étatique, les concepts français et allemand différents. La conception allemande ne se fonde pas sur l’approche contractualiste mais plutôt sur des attributs bien déterminés .

L’affrontement entre ces deux conceptions trouve son paroxysme dans la question de l’Alsace-Lorraine, à majorité germanophone . Pour la tradition allemande, les germanophones doivent être réunis au sein d’un même état alors que pour la tradition française, lesdits germanophones peuvent faire partie de la même communauté politique . Contrairement à l’Allemagne, en France, l’édification de l’Etat a précédé et permis l’édification de la nation . Selon nous, la tradition allemande donne une définition de l’identité nationale étant donné qu’elle ne fait pas mention de l’aspect juridique ou politique alors que la française se recoupe avec le concept de nation contemporain qui peut contenir plus d’une identité nationale en son sein. C’est donc la conception allemande qui s’est effacée au profit de la française.

MERCKX qui a approfondi ces deux conceptions affuble la conception française de nation civique qu’elle oppose à la nation organique de conception allemande :

« Les définitions divergentes de la nation peuvent être ramenées à une opposition entre une perception universaliste/territoriale et une perception ethnique/culturelle de la nation soit l’opposition entre la nation civique, horizontale, de la tradition française (des théoriciens de la Révolution à Ernest RENAN) et la nation organique, verticale, de la tradition allemande, tels HERDER et FICHTE. »

La conception allemande de la nation d’Herder peut également être qualifiée d’ethnoculturelle ou d’objective et celle de Renan d’élective ou de subjective Il est assez intéressant de relever que ce caractère contractualiste de la nation reste prégnant chez les publicistes français contemporains. Barraud souligne d’ailleurs que « s’il fallait désigner un élément correspondant en faits à l’idée de contrat social, certainement la nation serait celui-là ».

Le même auteur, qui a abondamment traité de la relation entre la nation et l’Etat, affirme qu'il existe une nation suisse . Si nous ne remettons pas en cause cette assertion, d'autant plus à la vue des principes dégagés ci-dessus, nous nous permettons de la préciser. S’il est vrai qu’il existe une nation suisse, celle-ci contient en son sein plusieurs identités nationales distinctes, au sens où la science politique les entend, comme la Belgique et la Bosnie-Herzégovine et qui ne reposent pas uniquement sur la langue mais également sur le souvenir et la religion comme le démontrent les identités nationales serbes et croates. L’exemple suisse démontre toutefois que la commutation du concept de nation au cours du temps est pertinente. En effet, la Suisse est l’exemple le plus probant du concept de nation civique même si les deux concepts (civique et organique), peuvent parfois se recouper. Il n’est donc pas étonnant, comme nous l’avons vu précédemment, que les plus grands philosophes politiques basaient leurs théories sur le contractualisme. Le consentement reste l’élément fondamental et fondateur d’une communauté politique qui fonctionne. Le concept de nation contemporain est donc un concept politique qui se base sur le contrat social .

Le consentement : avatar de la nation civique française

Pour BEHRENDT et BOUHON, « RENAN qui définit la Nation, notamment par « le consentement actuel, le désir de vivre ensemble ». En d’autres termes, pour qu’un groupe d’individus forme une Nation, il faut et il suffit qu’ils consentent à partager ensemble le futur. L’idée de volonté est au cœur de la thèse de RENAN, puisque la Nation repose sur le consentement des citoyens à y appartenir. »

Selon nous, RENAN, au travers de ses écrits, admet implicitement la révocabilité du contrat social mais met en exergue également la nécessité d’un consentement continu pour sa pérennité. Ce n’est pas simplement un événement isolé dans le temps. ESMEIN et CARRE DE MALBERG n’arrivent pas à une autre conclusion lorsqu’ils affirment que « le contrat social n’est pas un fait historique : on ne saurait lui assigner une date dans l’histoire. […] Il n’a donc et ne veut avoir que la portée d’une construction logique : elle signifie que l’Etat se fonde rationnellement sur un accord implicite de volontés entre ses membres. Et d’ailleurs ce contrat tacite est aussi un contrat qui se renouvelle sans cesse. Chaque homme, par cela seul qu’il continue de faire partie d’une communauté nationale étatisée, concourt à tout instant à la formation de la nation et de l’Etat. »

De plus, les professeurs belges mettent en exergue que « Puisque la Nation est essentiellement fondée sur la volonté d’en être membre, il faut, conclut RENAN, nécessairement la détacher de critères ethniques, linguistiques, religieux, économique ou géographiques. Dès lors que les deux conditions susmentionnées sont remplies, une Nation existe même si ses membres ont des origines ethniques distinctes, ne parlent pas tous la même langue, n’ont pas la même religion ou ont des intérêts économiques différents. » Enfin, BEHRENDT et BOUHON soulignent « qu’en Belgique, l’usage du terme « Nation » suscite généralement un certain malaise, et celui qui l’emploie s’expose à l’objection qu’il existerait, sur le territoire belge, non pas une Nation mais deux, voire trois. Or, si une telle objection peut être pertinente du point de vue sociologique, il en va autrement sur le plan juridique : en droit, il ne peut y exister qu’une Nation (la Nation belge) ; remettre ce constat en cause reviendrait à affirmer que l’Etat belge n’existe plus. » BEHRENDT et BOUHON citent le point de vue sociologique mais le point de vue de la science politique, parlerait comme nous l’avons relevé, d’identités nationales.

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