La migration se caractérise par le mouvement d'individus ou de groupes d'individus d'un territoire à un autre. Cette migration peut avoir plusieurs modes : une migration cyclique, temporaire et définitive (ou supposée comme telle).
La migration cyclique est le propre du nomade, il est reçue sur une terre réservée par la force de l'habitude et se constitue généralement en communauté fermée qui évite les sédentaires sauf pour faire quelques échanges. Son passage peut être plus ou moins long en fonction de la durée de chaque période de son cycle. Les nomades sont assez rares dans nos sociétés occidentales sédentaires.
La migration temporaire est le propre du migrateur. Il parvient à s'installer par la force des institutions, d'un côté le rejetant et/ou de l'autre le recherchant. Il s'intègre à la société de son arrivée, c'est à dire qu'on lui reconnait un statut particulier d'appartenance à un groupe jouissant de droits spéciaux et contribuant à cette société. Son séjour peut durer longtemps, jusqu'à quelques années, mais arrive toujours un moment où il repart vers son pays initial pour les vacances ou pour s'y réinstaller. Nous les reconnaissons avec les touristes et les travailleurs étrangers ou descendants d'étrangers dans nos sociétés occidentales.
La migration définitive enfin est le propre de l'exilé. Il part pour une destination accueillante généralement, avec l'objectif de s'y sédentariser. C'est un acte individuel qui aboutit à une assimilation. C'est à dire que par apprentissage et imitation, l'exilé va adopter entièrement la culture d'accueil pour devenir un membre à part entière en se confondant dans la masse. C'est une migration fixe qui n'a pas vocation à un retour en arrière, et qui est exceptionnelle de par son caractère en aller simple.
À notre époque mondialisée, les déplacements des individus sont largement facilités entre les pays. Cela a commencé avec la colonisation dès le XVIe siècle où de nombreux exilés se sont installés sur des terres vierges pour fonder de nouvelles cultures qui leur étaient propres, et cela se poursuit aujourd'hui avec les échanges internationaux des quatre coins du globe.
Dans ce processus, il y a deux visions qui s'entrechoquent : la vision anglaise et la vision française. Celles-ci ont profondément marqué la mondialisation de part la taille de leurs empires coloniaux respectifs, les plus grands de la planète et ayant concernés tous les continents ou presque. La vision anglosaxonne repose sur l'intégration. Les hommes qui se ressemblent, s'assemblent, et se constituent en groupes à part entière. Ces parts forment un tout, la société. La vision française, quant à elle, repose sur l'assimilation. Chaque individu se fond dans le corps national sans distinction particulière et il en ressort ce qui a été accepté par l'ensemble.
La mondialisation au XXIe siècle est dominée jusqu'à lors par le monde anglosaxon à travers le maintien du commonwealth d'une part, et l'hégémonie des États-Unis d'autre part. Nous avons par l'imposition de l'anglais comme langue mondiale le véhicule des droits naturels et donc l'idée de l'intégration des individus en groupe distincts dans la société. Cela aboutit à l'idée qu'il est possible de migrer d'un pays à un autre pour réaliser au mieux ses intérêts puisque peu importe où vous vous trouverez, vous aurez des membres de votre groupe pour vous accueillir. La condition sine qua none pour ce système est le libre-échange international, pour que règne la libre circulation des capitaux, des marchandises et des individus entre les espaces (et non territoire). Ce modèle existe aux États-Unis et il est en cours en Union européenne. À terme, c'est au monde qu'il devait s'étendre en reposant sur l'impérialisme américain pour forcer l'ouverture des marchés transpacifiques et transatlantiques, puis au-delà.
Cette vision de la mondialisation est en train d'être remise en cause par le modèle français qui, malgré l'effondrement de l'empire colonial de la France, reste vivace. Le français en s'imposant comme langue diplomatique est parvenu à véhiculer les droits de l'homme, donc l'idée de l'assimilation des individus à un corps national de par leur reconnaissance d'un destin commun. Cela aboutit au concept d'État-nation, de la souveraineté des peuples qui s'expriment par la Démocratie. Les déplacements internationaux entre les territoires (et non les espaces) sont de facto contraints par la volonté des peuples via des mesures protectionnistes plus ou moins relâches selon leurs intérêts.
En opposant deux modèles de société, la question des migrations apparaît un des grands enjeux de notre monde. En France, l'intégration a été récupéré et porté par la gauche à coup de justice et égalité sociales, et autres luttes anti-xénophobe quand ce n'est pas autre chose, puis a influencé la droite qui préfère ajouter l'adjectif "républicain" plutôt que social pour faire genre. En temps que libérale mais française, je suis moi-même partagée sur la question. Je suis favorable à ce qu'il puisse y avoir de libres-échanges mais qu'à partir du moment où cela été consenti entre deux partis prenants bien identifiés avec des termes qui le sont tout autant. C'est la base de tout contrat qui se doit être profitable à ceux qui le contractent, avec une possibilité de résiliation dès lors que ce n'est plus le cas. Les migrations doivent être contrôlées de manière à pouvoir les assimiler, et éviter au possible le phénomène de la migration pendulaire qui affaiblie notre nation au détriment de l'autre.