hey ! Plumement vôtre !
Un homme court dans une immense plaine d’herbe rase. Son corps jeune et bien bâti lutte contre l’épuisement. Sa tunique de toile claire, usée et partiellement déchirée, claque contre ses flancs tandis que ses bottes poussiéreuses frappent durement le sol. Il file comme le vent sans regarder derrière lui, inspirant et expirant des bouffées d’air saccadées, forçant son corps à aller au bout de lui-même.
Soudain, un mur surgit devant lui. Le coureur, coupé dans sa course, est projeté contre l’obstacle puis retombe brutalement sur le sol, hagard. Une silhouette en émerge. Grande, fine, irréelle, un autre homme. Une longue cape de velours noir enveloppe son corps élancé, glissant derrière lui comme une ombre vivante. Un liseré de fils rouges et d’or entrelacés court le long du tissu. Sa peau est d’un blanc presque translucide. De longues mèches poivre et sel tombent sur son front ; d’un geste lent et mesuré, il les rejette en arrière, révélant un visage aux traits fins, parfaitement calmes. Ses yeux sombres, glaciaux, se posent sur le coureur resté au sol, pétrifié. Un étrange rictus étire lentement ses lèvres. Il se penche sur le coureur immobile, saisit délicatement sa tête entre ses mains froides et dépose un baiser sur son front.
Le coureur sent alors une douleur indicible se répandre dans chaque fibre de son être. Sa peau le démange, il se gratte frénétiquement toutes les zones qu’il peut atteindre, se tordant sur le sol, s’arrachant des lambeaux de peau.
Il lève des yeux horrifiés vers l’homme en cape. Celui-ci rit à présent, se délectant de sa souffrance. Le sang se répand autour du coureur, imbibant ses vêtements tandis que ses forces l’abandonnent. L’homme cesse finalement de rire, indifférent désormais. Il réajuste sa cape, tourne les talons et s’en va, laissant le coureur agoniser seul sur le sol.
Le sang du coureur coule à gros bouillons de ses plaies, se refroidissant progressivement et lui glaçant le corps. La plaine s’efface sous cette marée sombre. Le liquide monte, glisse contre ses flancs, s’insinue sous son dos puis autour de ses bras et de ses jambes. Il tente de bouger mais ses membres sont trop lourds. Le sang ondule désormais comme une surface vivante, comprimant lentement sa poitrine.
Il essaie de crier mais le liquide s’engouffre entre ses lèvres. Le goût métallique emplit sa bouche, puis envahit sa gorge, jusqu’à brûler ses poumons. Autour de lui, il n’y a plus de plaine, plus de sol, seulement cette immensité écarlate qui se referme sur lui.
« C’est un cauchemar. »
Le coureur ouvre brusquement les yeux. Une vague se brise sur son corps et le projette sur le sable. Il s’étouffe, convulse violemment, rejetant l’eau salée de ses poumons, puis rampe péniblement jusqu’à sentir le sable sec et brûlant sous ses doigts. Enfin, il s’effondre, roule sur le dos, les yeux clos, savourant la chaleur du soleil caressant sa peau encore tremblante.
