FAUT QUE JE VOUS RACONTE UN TRUC. Ce matin j’étais au conservatoire. J’attendais dans une salle et une ado est rentrée pour s’installer au clavecin. 15, 16 piges max, tirée à quatre épingles, stéréotypée jusqu’à l’os comme on peut s’y attendre dans ce genre d’endroit. Elle n’a pas calculé ma présence vu la configuration de la pièce et s’est mise à jouer.
Cinq notes ont suffit. Affirmative Action. Pas la version dégueulasse avec NTM hein, la vraie. Y a aucun mot dans les deux langues pour décrire la magie qu’elle a dégagée. Je me suis rapproché comme un putain de papillon aveuglé par lumière. Elle m’a capté, s’est arrêtée nette et a commencé à s’excuser comme si j’étais un flic. Je l’ai suppliée de continuer, ce qu’elle a fait après quelques secondes d’incrédulité. On a chanté du début à la fin, parce qu’évidemment que je la connais par coeur cette putain de chanson. Un moment de cinéma. Je vous jure que c’était un putain de moment de cinéma dans la vraie vie. L’acoustique, la lumière, tout.
On s’est remercié l’un et l’autre, elle a agrippé son sac et a fui comme si elle venait de commettre un crime de guerre. J’ai même pas pensé à lui demander son nom. C’est fort probable que le monde n’entende jamais parler d’elle alors qu’elle a un talent qui dépasse l’imagination. En sortant j’ai même chialé. De bonheur, d’incrédulité, d’émotions, j’sais même pas. Ému comme puit sans fond. C’était juste incroyablement trop pour un être humain.
Nique sa mère les petites pépites de vie. Foi en l’humanité restaurée pour les deux prochains siècles. Aye men.