Mille occasions de chute qui doivent nous faire tenir sur nos gardes, car nous sommes si faibles. Un rien nous incline comme un brin d’herbe. Pauvre cœur humain. tombant toujours de quelque côté : tantôt c’est la tristesse, tantôt c’est la joie, tantôt le monde, tantôt la solitude, tout a ses dangers, et la vie se passe en alarmes. Parfois, ma solitude me pèse ; mes camarades sont toujours dehors et moi, je suis seule avec mes regrets et mes souvenirs. Je me sens là comme la colombe dans l'arche. Comme elle y était bien tandis que toutes les autres se noyèrent ! Quand on voit le monde et ses séductions et qu’on sent un peu sa faiblesse, on le quitte, ou du moins on est content d’en être éloigné. Voilà ce qu'ont fait les saints, qui tous ont laissé le monde, non pas par sauvagerie, car ils sont en général fort aimables, mais par esprit de foi et de piété. Je voudrais être persuadée de cela, et de la parole de ce "sauveur" qui disait que celui qui aime le monde ne peut être son disciple. Mais non, je ne vais pas l'aimer, ce monde méchant, pervers, corrompu, ce monde qui ne connaît pas la vérité, qui haït la vertu, la raille, l’outrage, la persécute et l’a voulu faire mourir. Ma vie, mes idées, tout est changé en moi, hors de moi. Voir s’abîmer ce qu’on aime, sur quoi on s’appuyait, et rester debout est effroyablement douloureux, c’est comme un naufragé resté seul sur la mer. Je ne suis pas seule en famille, avec mère, frère et sœur qui m’aiment, et néanmoins je sens comme un vide immense. J'écris sur ce forum de merde depuis ma chambrette, cette chambrette bien aimée, devenue caveau par les souvenirs et choses qu’elle enferme.