Les voilà qui surgissent du jour, sans crier gare, les choses ont péri, elles se sont lentement consumées, en silence, dans une ombre noire, elles ont subi ce sort invariable, bien admis des anciens, que tout se périme dans les abîmes, oui, que tout crève, oh parfois dans une auréole de gloire, et on les entend souvent, ces morts-là, on se les rappelle, on les chante, on les célèbre, et puis, bien plus souvent, on crève loin des honneurs, un peu seul, une mort commune, médiocre, on s'excuserait presque de faire si peu grâce à sa pourriture, et pourtant, pourtant, flottent dans l'air, dans le ciel, ces embruns surnaturels, ces intuitions propres aux hommes, que rien n'est jamais vain, et que tout, dans de minuscules interstices, dans les détails d'un tableau, dans la couleur d'un printemps, nous rappellent aux morts, avivent leur souvenir, et c'est là, alors, que notre espèce triomphe à jamais de son néant, immédiatement, par-delà ses péremptions, elle voit l'aurore après la nuit, le printemps suite à l'hiver, une vie sans fin, une vie dans sa majesté éternelle, voilà, le règne des poussières a perdu dans ce coeur-là, qui prend les cadavres pour des nuits courtes, lui sait, à perpétuité, que la vie mène une lutte qu'elle ne perd jamais 