Ils sont le plus bel ornement des corps, car il faut s'imaginer le travail d'orfèvre, précis, minutieux, à l'emploi de leur dessin, oui, quelle forme, lancée, bien travaillée, cinq petits orteils, tous bien dimensionnés, oh très agiles, ils marchent, ils dansent, ils vous maintiennent droit, on ne se lasse jamais de les voir, mais c'est si rare, si rare, on nous les cache, ces pieds, on les réserve à des amis, à des amants, et on les balade alors sur leurs cuisses, sous leur nez, car ils ont leur parfum, et voilà, on en jouit, de cette partie du corps, on s'en fourre plein du plaisir à les regarder, à les tortiller, on les caresse, on les voit frétiller, car ils en provoquent aussi, des plaisirs, à ceux qui les possèdent, ils sont bien commerçants, ces pieds, ils reçoivent mais savent donner, c'est peut-être là des morceaux les moins cupides des hommes, tiens, ils font tout, servent à tout, on peut conduire et dessiner avec, on peut marcher et courir sur la Lune, avec, et ils demandent rien, ou si peu, pour contrepartie, juste un peu d'amour, un peu d'entremets, une crème, un soin, puis voilà, quoi, ils chipotent pas, ah oui ce sont pas les mains, bien tatillonnes, bien précieuses, ce sont pas des oreilles, qui vrillent du moindre bruit, non, non, des pieds ça vous porte jusqu'à l'Everest sans geindre, ça vous soulève des amants jusqu'au sommet des régals, ah ça vous les réveille, une paire de pieds autour d'eux, en tailleur sur la hampe, ah ça vous assaisonne une saison d'amour, quand ils sont pas lavés, ils ont des bouquets entêtants, hein, des notes de coeur, voilà, corsées à l'attaque, on les reconnaît bien, puis qui décantent en des saveurs moins remarquées, huileuses, un peu suintantes, bah ça sent l'homme, un pied, un homme nu, sans les fards sophistiquées, sans les perles de la modernité, ça sent la bête qu'il est, ça démasque le sauvage, son pied 