Commentaires sur la société du spectacle (1988) Guy Debord.
En France, il y'a déjà une dizaine d'années, un président de la République, oublié depuis mais flottant alors à la surface du spectacle, exprimait naïvement la joie qu'il ressentait, " sachant que nous vivrons désormais dans un monde sans mémoire, où, comme sur la surface de l'eau, l'image chasse indéfiniment l'image". C'est en effet commode pour qui est aux affaires, et sait y rester. La fin de l'histoire est un plaisant repos pour tout pouvoir présent. Elle lui garantit absolument le succès de l'ensemble de ses entreprises, ou du moins le bruit du succès. 
Cette démocratie si parfaite fabrique elle même son in concevable ennemi, le terrorisme. Elle veut, en effet, être jugée sur ses ennemis plutôt que sur ses résultats. L'histoire du terrorisme est écrite par l'état, elle est donc éducative. Les populations spéctatrices ne peuvent certes pas tout savoir du terrorisme, mais elles peuvent toujours en savoir assez pour être persuadées que, par rapport à ce terrorisme, tout le reste devra leur sembler plutôt acceptable, en tout cas plus rationnel et démocratique. 
On entend dire que la science est maintenant soumise à des impératifs de rentabilité économique, cela a toujours été vrai. Ce qui est nouveau, c'est que l'économie en soit venue à faire ouvertement la guerre aux humains, non plus seulement aux possibilités de leur vie, mais aussi à celles de leur survie. C'est alors que la pensée scientifique a choisi, contre une grande part de son propre passé anti-esclavagiste, de servir la domination spectaculaire . [...] Quand l'économie toute puissante est devenu folle, et les temps spectaculaires ne sont rien d'autre, elle a supprimé les dernières traces de l'autonomie scientifique, inséparablement sur le point de vue méthodologique et sur le plan des conditions pratiques de l'activité des "chercheurs" . On ne demande plus à la science de comprendre le monde, ou d'y améliorer quelque chose. On lui demande de justifier instantanément tout ce qui se fait. 
Tout ce qui est obscur et risquerait de vouloir s'opposer à l'extraordinaire bonheur dont cette société, on le sait bien, fait bénéficier ceux qui lui ont fait confiance, bonheur qui ne saurait être trop payé par différents risques ou déboires insignifiants. Et tout ceux qui voient ce bonheur dans le spectacle admettent qu'il n'y a pas à lésiner sur son coût; tandis que les autres désinforment.
L'autre avantage que l'on trouve à dénoncer, en l'expliquant ainsi, une désinformation bien particulière, c'est qu'en conséquence le discours global du spectacle ne saurait être soupçonné d'en contenir, puisqu'il peut désigner, avec la plus scientifique assurance, le terrain ou se reconnaît la seule désinformation : c'est tout ce qu'on peut dire et qui ne lui plaira pas. 
On se trompe chaque fois que l'on veut expliquer quelque chose en opposant la Mafia à l'État : ils ne sont jamais en rivalité. La théorie vérifie avec facilité ce que toutes les rumeurs de la vie pratique avaient trop facilement montré. La mafia n'est pas étrangère dans ce monde, elle y est parfaitement chez elle. Au moment du spectaculaire intégré, elle règne en fait comme le modèle de toutes les entreprises commerciales avancées. 
La société moderne qui, jusqu'en 1968, allait de succès en succès, et s'était persuadée qu'elle était aimée, a dû renoncer depuis lors à ces rêves, elle préfère être redoutée. Elle sait bien que " son air d'innocence ne reviendra plus ".