Chapitre VIII
- Où est-ce que vous nous emmenez ?
Vous voilà sans armes, enchaînés aux poignets et aux pieds. A la lumière d'une torche, le capitaine des gardes vous conduit, d'un pas assuré, à travers un labyrinthe de couloirs obscurs. Il n'a jusqu'ici répondu à aucune de vos questions, préférant tantôt le silence, tantôt les réponses creuses.
- C'est lord Hightower qui nous a fait arrêter ? Il a trahi le roi ?
- ...
- C'est donc dans ses geôles que vous nous menez.
- Tu le verras bien assez tôt.
Et, prononçant ses mots, vous débouchez dans une pièce plus vaste, légèrement éclairée, et bordé de barres de fer. Une prison. Rien de très surprenant.






Pendant quelques instants, l'endroit avait semblé être plongé dans un silence relatif. Mais le tintamarre produit par vos chaines et par les armures des gardes réveille les prisonniers; vous devinez des mouvements et des grognements au fond des cellules. Peu à peu, des visages blafards, difformes, squelettiques apparaissent, ainsi que des mains crochues, velues, pâles et faméliques, accrochées aux barreaux.
- Tiens tiens tiens mais c'est qu'on a de la visite !
- V'nez par là boire un p'tit verre de rouge !
- Regardez droit devant vous. Evitez tout contact visuel.
- Que ...
- C'est le seul conseil d'ami que vous aurez de moi. Faites ce que je vous dis.
Vous hochez la tête en déglutissant, mais l'ordre du garde a éveillé votre curiosité, et il vous prend l'envie de les regarder. Vous cherchez le regard de nombre d'entre eux, et vous les trouvez emplis de mille expressions changeantes. Certains prisonniers dégagent une auteur immonde, d'autres baignent dans des mares de vomi, d'urines ou de selles, parfois les trois à la fois. Certains vous adressent la parole:
- Ta valyrienne-prout de poche te dit : "Nyke Daenerys Jelmāzmo hen Targārio Lentrot-prout". Ta réaction ? 
D'autres puants vous hèlent dans une espèce de langage inconnu:
- Sah igo la grosse moula la moulaga
ent
Une main se pose sur votre épaule. Vous croyez d'abord que Dwight a quelque chose à vous dire, mais c'est le vieux mestre, muet depuis l'arrivée à Villevieille, qui vous adresse la parole.
- I-i-il a raison, v-v-vaut mieux pas croiser leur regard
- Qu'est-ce qu'il y a de si spécial avec cet endroit ?
- On est p-pas dans les prisons de lord Hightower, on ...
- Eh, vous deux ! Silence !
Le capitaine s'arrêta à la moitié du couloir; là où commençaient les cellules vides.
- Bien. On va séparer le gros du reste.
- Ah, parce que moi je ne suis pas dangereux ? Vous voulez une démons-
- Oui oui ben ferme la. Tiens puisque tu demandes, séparez aussi celui-là, mettez-le loin des autres.
- ...
Et c'est ainsi que vous vous trouvez piégés dans une cellule, en la seule compagnie du vieux mestre.
- Et maintenant, on ne peut plus rien faire ... 
- D-d-désolé ser Célestin ...
- C'est plus ma faute que la tienne ... au fait, qu'est-ce que tu voulais me dire tout à l'heure ?
- On est pas dans les p-prisons de lord Hightower ... On est dans la Citadelle. C'est là que les mestres mettent les fous, et leurs confrères un peu dérangés. Pour les étudier.
- Ah. Et ... c'est une bonne nouvelle ?
- Ca veut dire qu'ils n'ont pas voulu nous mettre dans les geôles de lord Hightower, donc il ne doit pas savoir que nous sommes là ... mais les espions de lord Erryk risquent de ne jamais de s'en rendre compte.
- Donc ... Je suppose que c'est la fin de l'aventure ...
Sur le navire, le soir ...
- Tu pense qu'ils auront fini dans combien de temps ? 
- Ca prend du temps, ces choses-là, tu sais. On ne les reverra pas avant après-demain.
- Imagine en fait les types du guet qui escorté ser Célestin et le mestre, au lieu de les amener dans la Grand-Tour ils les ont trahis et foutus en prison !
- Pourquoi ils auraient fait ça ?
- Non, je rigole ... mais imagine quand même !
- ...
- Tiens, il y a du bruit sur le pont ! Allons voir ce qui se passe là-haut !
Marley se dresse d'un bond, et, suivi par Warren il grimpe l'escalier raide qui mène au pont du navire ... et redescend aussitôt, terrifié.
- Pousse-toi ! Qu'est-ce qu'il se passe ? Laisse-moi voir !
- Putain, Warren, ça sent pas bon ...
- Quoi ?
- Les gens du guet, pareils que ceux qui ont escorté ser Célestin, ils sont montés sur le navire.
- Et alors ?
- Et ils ont dégainé leurs épées, et ils menacent l'équipage. 
- ...
- ...
- On fait quoi ?
- On devrait pas essayer de comprendre ce qui se passe ?
- Est-ce qu'on a le temps ?
Soudain, des hurlements retentissent sur le pont, accompagnés par un tonnerre d'injures et d'anathèmes, et suivis par les éclats caractéristiques de l'acier sur l'acier. Les enfants comprennent aussitôt qu'au dessus de leur tête, un combat vient de commencer.
- Ca veut dire non ! Prends une arme, et suis-moi !
- Attends, tu vas les aider ?
- Euh, non, ils sont cuits. Pas nous. Faut qu'on se tire de là.
Warren conduit Marley à la poupe du navire, sous le château arrière, qui semblait être épargné par les combats. Là, il s'empare de la première épée qu'il trouva à portée de sa main, et son compagnon choisit à son tour son arme. Puis, alors que les gardes de Villevieille s'engouffrent dans les cales du navires, les enfants remontent par la trappe qui leur permet d'accéder à la cabine de ser Célestin. Tous les membres de votre équipage gisent à terre devant eux, ensanglantés, meurtris, gémissant.
- Oh merde ...
- On a pas le temps de pleurer. On doit se jeter à l'eau.
- Et comment on ...
- Suis-moi, et ne t'arrête pas !
Warren se jette alors hors de la cabine, courant comme un forcené sur le pont à la surprise générale des gardes, et sautant aussitôt par dessus bord pour atterrir dans les eaux glaciales du fleuve. Marley lui emboite le pas, et, s'il manque plusieurs fois de se faire attraper par les gardes, il parvient à sauter à son tour.
- Vous là ! Revenez immédiatement ! 
Mais il est trop tard, les enfants nagent pour leur vie, inlassablement, jusqu'à disparaitre dans la nuit noire. Ils longent le port, jusqu'à une espèce de quai en bois miteux, bardé d'embarcations vieillottes. C'est là qu'ils choisissent de remonter sur la terre ferme, trempés et frigorifiés.
- On est tirés d'affaire ...
- Mais pour combien de temps ?
- J'en sais rien. On ferait mieux d'aller se cacher. Et merde, mon épée va rouiller ...
- Quelle idée de prendre une épée dans l'eau ...
- Ben qu'est-ce que t'as pris ?
Marley ôta l'épaisse couverture qui drapait son arme, pour dévoiler l'arbalète myrienne de Dwight.
- Vois par toi-même. 
Fin du chapitre, pas de choix aujourd'aujourd'hui 