Encore un peu moins de 36 jours avant d'en avoir terminé. Vers où me dirigé-je ? (je crois avoir compris qu'il fallait placer un "é" à la fin de ce type de question).
"Rendez-moi mon amoureux" ; "suis-je si difficile à aimer" écrit-elle sur les réseaux sociaux. Intéressant.
Le 22 mai est finalement passé, je pense que je peux qualifier ma prestation de réussite. C'était vraiment insoutenable, toutes ces journées à remuer mes pensées afin de les mettre en ordre.
Les jours passeront tous.
J'ai toujours cette tension dans le front quand je force de trop sur l'écran, je devrais déjà me reposer depuis plus d'une heure sur mon lit d'un confort relatif, avec ses lattes manquantes au niveau du bas de mon dos et son matelas de plus en plus discret. Le sujet du camarade étant en galère pour forniquer sa collège de travail est assez drôle, je ne me rappelle plus de la dernière fois où il nous était permis de rire ici, depuis l'affaire ayant mené au 410.
Dans quelque 17 heures, j'aurais les dernières indications de ma directrice de mémoire quant aux corrections à réaliser par rapport à mon document. J'en suis à la toute fin, mais je compte sur elle pour me rendre la tâche plus difficile qu'elle ne l'a déjà fait jusqu'ici. C'est bientôt l'heure de ma soutenance.
J'ai candidaté à une offre qui parait alléchante mais je ne pense pas répondre aux critères qu'elle exige.
Les fleurs poussent parmi les bombes.
Je fais tout ça pour moi et ma famille, constituée d'un être humain et d'un animal qui ignore tout de ce monde. Où sont passés mes frères et sœurs ? Les amis de mes parents ? Ceux qui ont rendu notre existence calamiteuse ?
Les abysses de la misère.
Personne n'est témoin de mon quotidien, mais quelle importance ?
J'ai l'impression d'un tank dans ma cage thoracique à cause du stress de cette période. L'énième journée pluvieuse de ce mois grisâtre s'annonce déjà trop longue.
Comme souvent, j'ai envie de tout réécrire, tout ça semble si mal rédigé, mais il faut faire avec les lettres dont l'on dispose.
Je viens d'obtenir mon année, avec 17 à mon mémoire de recherche.
Je ne suis vraiment pas heureux, à vrai dire je me sens particulièrement vide ; je vous assure, j'ai les larmes aux yeux de me sentir ainsi. J'ai entamé mon 25e été, à quoi bon compter les années ?
Il y a quelques semaines de cela, une fille d'où je travaille rentrait avec moi en métro, et me remettait en place l'une des deux sangles de mon sac à dos en velours côtelé, lorsque le train se faisait attendre. C'est peut-être la plus mince et littéralement extraordinaire attention que l'on ait eu à mon égard depuis plusieurs mois.
Je viens officiellement de passer les menottes à mes poignets, ce qui m'attend me rendra probablement dépressif. Malgré le caractère normalement agréable de cette journée, il ne me vient que du mauvais. Depuis les derniers jours, je me répétais sans cesse que j'allais rater ma soutenance, et ce n'est pas passé loin, j'ai oublié au moins une minute trente de texte ; "les aléas du direct", ai-je ironisé avant de conclure mon oral.
La directrice de jury m'a indiqué avoir vraiment eu du plaisir à lire mon document et que je devrais capitaliser sur l'écriture, d'une certaine manière. C'est peut-être ce que je suis en train de faire à la seconde où je termine cette phrase.
Le navire continue de sombrer. Luv.
Je ne peux écouter autre chose lorsque je rédige ici.
Je ne fais plus de vœux, je me rends toujours compte après coup avoir confondu l'étoile filante avec le corps d'Icare tombant du ciel.
Un instant, regardez : un flash luminescent à l'horizon. Laissez moi observer ce spectacle dont j'ignore la signification.
Satané bon sang, j'ai finalement réussi.
Les fleurs poussent parmi les bombes.
Je reviens de là où l'on s'amusait à casser des briques en deux, à chercher des morceaux de marbre dans les amas de pierres, près des tas de sable et de gravier.
On m'a conseillé de viser des postes à haute charge cognitive, c'est peut-être ce par quoi je dois passer pour espérer économiser assez afin de... Mais que souhaité-je ? J'ai l'impression que je n'aurais jamais assez afin d'être tranquille, devenir propriétaire est-il donc le bon choix ? Ou faut-il tout garder précieusement afin de vivre comme un rat le temps de quelques dizaines saisons ?
Déployer autant d'efforts pour obtenir une simple mention, par fierté. Je pense que je saurais me féliciter par la suite, mais cela m'a psychologiquement épuisé. "Pauvre chou", n'est-ce pas ?
Mes souvenirs ne me suffisent pas, et les astres m'ignorent.
Résumé ? 
Tu devrais sortir non ? ![]()
Dormir, c'est s'autoriser un lendemain. Je crois que je repousse ce moment où je réussirai à répondre aux questions que je n'ose même pas rendre intelligibles. Il me faudrait deux lendemains pour le prix d'un.
Je voudrais parfois écrire à propos de scènes que je ne vis pas, mais à quoi bon peindre l'ordinaire ? Je ne sais pas qui je suis, si je peux être tout court.
Je ne sais pas ce que je fabrique. Je m'évite, c'est la fuite à tous les niveaux. Je n'ai pas été capable d'aller dire au revoir à tout le monde ; lui qui m'ignore, ou qui feint ne pas le faire.
Si je parviens à obtenir ce que je souhaite, que restera-t-il ?
J'ai essayé une application de rencontres, je n'ai pas obtenu d'attention. Pourtant j'obtiens de temps en temps des compliments lorsque je parle avec des gens. Alors, est-ce la faute aux photos ou à l'inadéquation de mon offre face à la demande du marché ? Ou bien les deux ?
Très franchement, sur des centaines de profils passés en revue, un seul a su vraiment attirer mon attention. Ce n'est pas un espace où se rendent les personnes de mon style, je me demande où elles peuvent bien se rendre. Si j'étais elles, j'irais là où le monde se fait rare, ou bien je me ferais discret là où le monde est immanquable.
Ce sont, sur ces applications, et je me permets de faire une généralité, des filles qui sortent, qui se font prendre en photo pour la plupart, en des lieux touristiques, en soirée, dans des endroits isolés au milieu de la nature, comme si cela avait une signification positive.
Ce que je trouve intéressant, c'est quand la personne écrit quelques phrases en description, qu'elle n'utilise pas d'émoji, et qu'elle semble se demander ce qu'elle fait ici, comme si elle se trouvait dans un un salon accueillant en plein désert.
Ce que je renvoie, pour ma part, c'est l'image de quelqu'un qui ne sort pas, et qui n'a pas de personnes autour de lui. C'est perdu d'avance, mais je sais que je peux plaire, alors le problème n'est pas physique, et c'est justement là où ça coince. Pléthore de filles sont charmantes, voire désirables, mais quid de leur esprit ? N'est-ce donc question que d'apparat ? Je fais mine de m'interroger sur ce sujet, mais personne n'est dupe.
En fait, il me faudrait trouver une hispanique, ou bien une sri-lankaise, ou encore une asiatique. En tous les cas, une étrangère s'intéressant au français serait probablement l'idéal ; mais les scénarios écrits ne se vivent pas vraiment. Et quel en serait la satisfaction ?
Décidément, les mots me font rester tard en ce lieu égaré de tout. Cet endroit ressemble bien plus à un chez-moi que la pièce où je passe le plus clair de mon temps au quotidien. C'est peut-être pour cela que je n'y rentre que quelques fois par an : le tour des lieux m'apparaît comme une promenade en cellule
Pourquoi est-ce si dur ?
Derrière cette question à double interprétation se cache une énigme qui me semble aussi insoluble qu'évidente à résoudre : pourquoi les efforts que je "dois" fournir me paraissent si difficiles à réaliser ? Il ne s'agit pourtant pas de grand chose, mais je pense que je m'impatiente. Je suis techniquement au chômage, j'ai du temps, je n'ai presque que cela. J'essaye d'identifier qui je suis, même si en l'état, il est impossible de réussir une telle tâche dans son entièreté.
Back Together Again - Roberta Flack, Donny Hathaway.
Je vais essayer, pour une fois, d'être précis. Dans l'immédiat, je me dis que je souhaite savoir ce que je veux, et donc se pose la question de mon identité, nécessairement. Pour savoir qui je suis, c'est assez clair : je dois à la fois penser et agir. Pour penser, j'ai de très nombreuses ressources à ma disposition, mais j'ai l'impression de manquer de temps car la tâche est colossale, et forcément, ma motivation est rapidement entachée, faute de rigueur et de discipline (sans vouloir faire du fixisme). Il faut que je modifie mes habitudes cérébrales, être capable de m'intéresser à ce que j'ai jusqu'ici toujours rejeté : le monde.
Je veux dire, je suis capable d'explorer des articles numériques, ou d'utiliser Notebooklm (outil que je trouve d'une utilité extraordinaire afin de condenser l'essentiel), et de comprendre les grandes lignes d'une philosophie. Mais il y a tellement à découvrir que je n'arrive pas à faire autre chose qu'entrelacer. Par exemple, je passe de l'entendement de Kant aux différents types de raisonnements humains, en passant par le concept d'Agapè ou la philosophie de Rawls.
En vérité, je suis en train de m'émanciper de mon égoïsme puéril (ou immature), peut-être pour mieux y revenir par la suite, car il s'agit d'un giron qui procure une tranquillité d'esprit sans équivalent. Peut-être serait-il plus judicieux de dire que j'explore des eaux jusque là protégées par un bandeau opaque. Je vois des injustices tous les jours, "je" suis moi-même victime d'une profonde et irréparable injustice, et que puis-je y faire ? Peu, et ce n'est pas mon rôle directement d'y remédier, personne en son soi ne peut et n'a à porter un tel poids.
Je veux être capable, par des mots, dans un premier temps, de me définir. Je pourrais chercher quelles questions me poser, mais ce serait ignorer les travaux de tant d'autres. Je ne sais même pas à qu(o)i m'intéresser : la philosophie de Kant est intéressante, il a placé un mot sur ce que je pense être la vérité absolue, d'une certaine manière : le noumène ; l'inaccessible serait-il la source de tous nos soucis ? Une certaine partie d'entre eux, pour sûr. Sa révolution copernicienne est intéressante, comment expliquer mieux l'existence de Dieu ? Bien qu'il ne s'agisse pas d'une preuve directement, étant donné leur absence.
La question d'un être divin me désintéresse depuis toujours. Je veux dire, comment avoir foi tandis que notre environnement nous fournit des réponses on ne peut plus tangibles ? Enfin, je m'égare.
Sa question de la loi morale et de l'impératif catégorique m'inspire également, mais comment être convaincu de quelque chose que l'on ne peut en tout point respecter (si l'on est décent) ? Encore une fois de la frustration.
Enfin, je capte des informations ci et là, mais cela suffit-il ? Je vais poser la question à mon nouvel ami (cela prend un peu de temps) : "Il est crucial de comprendre que la pensée de Kant est un système complexe et cohérent où chaque élément s'articule aux autres. Se concentrer uniquement sur les conclusions, c'est négliger la richesse de ses analyses et le cheminement de sa pensée. Pour réellement comprendre Kant, il est nécessaire d'étudier ses œuvres en profondeur, en prêtant attention à la méthode critique qu'il met en œuvre et à la manière dont il répond aux questions philosophiques fondamentales de son temps."
Et voilà l'un de mes problèmes, il me faut des heures pour comprendre, capter les grandes lignes d'un certain nombre de choses, mais devoir aller en profondeur m'ennuie, et pourtant c'est sûrement ce dont j'ai besoin pour obtenir mon premier fruit : la pensée. Il faut que je m'organise, que je sache où creuser après avoir analysé le terrain, j'en ai conscience, mais dès que j'essaie, je me perds dans un dédale qui met à rude épreuve ma ténacité, puis je deviens grognon.
Et je ne parle pas des nombreuses recherches que j'ai effectuées à propos de mon boulot, mais rien n'est concluant, je pense qu'il faut que je lève le pied, au risque de perdre mes cheveux.
Pour ce qui est de l'agir, il n'y a rien de bien nouveau : il me faut rencontrer quelqu'un, cela devient de plus en plus pressant. Mais je suis persuadé que cela ne peut m'apporter ce que je désire réellement sur le long terme, je le sais pertinemment, alors pourquoi est-ce si dur ? Pourquoi est-ce si difficile de balayer l'hypothétique ? Je sais que cela ne risque pas d'arriver, et pourtant c'est une envie qui ne me quitte presque jamais : être en couple. Cela me parait d'un ridicule.
Je regarde Mad Men depuis quelques mois, le personnage de Draper me fascine d'une certaine manière. Enfin, cette série me fascine. Elle soulève un nombre de questions important, c'est drôle car cela vient pendant que je mène mon propre combat, qui se passe pour l'instant sur une plaine déserte, ou dans un endroit exigu et dépourvu de luminosité. Il y a encore un an et demi, je n'aurais pas été capable d'apprécier la série.
Au-delà des questions sociétales, la question du bonheur me semble omniprésente. Pour prendre l'exemple de Don (mais l'on pourrait s'amuser à s'arrêter sur presque tous les personnages), il a tout (eu) et peut tout avoir : femme(s), enfants, célébrité, satisfaction de ses vices, fierté professionnelle, possession de biens, etc. Pourtant, il répète inlassablement les mêmes erreurs, il pousse toujours le bouchon trop loin avec les autres, sauf ceux qu'il aime vraiment (mais qui ne sont jamais assez proches de lui pour qu'ils finissent par fuir) ; il n'est pas heureux.
Tarkovski disait que l'homme n'a pas été créé pour le bonheur, je pense qu'il n'était pas si loin du vrai et que l'humain n'est pas fait pour connaître le bonheur dès lors qu'il est capable de penser au mal et qu'il n'est plus capable de s'éloigner de ce feu aussi ardent qu'hypnotisant. Bien sûr, un rien peut éloigner l'humain du chemin du bonheur, ne serait-ce qu'un trouble obsessionnel du comportement, ou à fortiori un handicap physique ou mental par exemple. Malheureusement, mon raisonnement est discriminant, mais c'est parce qu'il vient englober un tout.
Il s'agit nécessairement d'un problème insoluble car l'ombre prolonge de fait l'objet illuminé. Kant disait, lui, dans les grandes lignes, que l'on n'atteignait jamais le bonheur, mais que l'on s'en rendait digne grâce à la moralité, afin d'être jugé en conséquence dans l'au-delà. Mais il s'agit-là d'un sujet que je ne maîtrise pas encore, car je ne comprends pas comment il peut avoir redéfini la métaphysique par le biais de son criticisme et pourtant croire en l'existence d'une divinité.
Je n'ai pas la foi de me relire, pour ne rien changer. J'ai l'impression de n'avoir abordé qu'un tiers de ce que je souhaitais voir.
Je pourrais rêver de doux cheveux d’une chaleur attisée, éclairés
De tendres caresses effleurées, de perçants regards illuminés
D’une pleine beauté inondée, qui se relâche en des vagues ficelées
Pour m’adonner, au creux de son être, à l’amour éthéré, inconsommé
Mais ce rêve engourdi me repousserait de ses doigts filiformes
Et sans grande force résisterait à mon espoir effiloché, décharné
Et ainsi s’écroulerait sur un lit de ruines, où se tassent de mornes
Eclats inanimés, tranchants, par centaines, milliers, ma blanche déité
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Il fait clair dans l’esprit que je vise, l’exact inverse de celui dont je suis le malheureux propriétaire actuellement. L’absence de sens ne peut être ma voie, il faut que je décroche quelques fruits sur les arbres croisés en chemin, impérativement. C’est pourquoi je tends à tendre les bras à la philosophie, à l’amour du savoir. Je ne sais pas bien à quoi cela peut servir, finalement. Je vois cela comme une élévation qui ne peut que retomber sur elle-même. Comme le mouvement généré par la queue d’une baleine qui viendrait frapper l’eau, pour que la force engendrée par cette impulsion finisse par disparaître, dans l’indifférence la plus absolue, faute de témoin. L’eau sera toujours là, la baleine non, à force de temps.
L’envie, ou ce vers quoi l’on se dirige, ce à quoi l’on tend pour ne pas me répéter, si cette chose n’est pas dirigée par une quelconque force, à quoi bon vivre ? Il est bien beau de profiter du superficiel, d’éphémères satisfactions, mais si l’on ne connaît pas la force de sa raison, cette superficialité n’est-elle pas creuse, gâchée ?
L’opinion et la connaissance. Je me pose des questions qui, je pense, ne me seraient jamais venues si ma famille avait su préserver son patrimoine. Je ne rejette pas la faute sur quiconque, mais je sais que le sort qu’elle a connu aurait pu être drastiquement différent. Une simple et basique isosthénie aurait pu nous sauver. Je ne pourrai pas revenir chez nous, jamais. Tout s’est effondré, notre ciel est tombé, celui que j’observe est factice et je supporte cahin-caha ce poids dont tout le monde ignore l’existence.
Le tragique est seul, il s’abrite sous des poutres calcinées, incapable de trouver le sommeil. Quand je gratte le sol, quand je toque à la porte, quand j’écale l'œuf, je ne tombe que sur des couches supplémentaires de matière ; que trouver ? À quoi dois-je ou devrais-je m’attendre ?
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Mille merveilles se sèment
De tes doigts langoureux,
Mille merveilles ne s’aiment
Qu’en tes yeux amoureux
Deuxième entretien prévu pour vendredi. Le premier s'est déroulé il y a quelques jours. Pour être franc, je suis quasi-sûr de l'avoir raté, pourtant ils ont décidé de continuer le processus, cela est le signe de deux choses pour sûr : ils ont rapidement besoin de recruter et mon expérience parle mieux que moi. En fait, le principal problème était que je n'arrivais pas à retrouver le nom de documents que j'avais pu produire. J'ai perdu tout un jargon. C'était affreux sur le moment car je voyais mes chances s’aménuiser au fur et à mesure que les mots sortaient de ma cavité buccale. À un moment, j'ai placé (plus ou moins) : "Je pense que sur mon expérience précédente, j'ai expérimenté, sur une échelle de 1 à 10, le métier vers les 6 ou 7". J'en ai encore des sueurs froides
. Sacré bon sang.
Enfin, les étoiles s'alignent car il se trouve que la boîte qui recrute est directement rattachée à celle qui m'a "accueilli" ces deux dernières années. Il s'agit de la tête du réseau, et donc cela pourrait s'avérer être particulièrement bénéfique pour mon CV. Je garde la tête froide ; tout pourrait n'être qu'un mirage, une image vers laquelle je me dirige sans être certain de sa tangibilité.
Pour autant, j'ai besoin d'y croire, mais pas vainement. Ainsi, il faut que je réagisse en attendant vendredi. Si je sais de quoi je parle, eh bien sur quel point pourrais-je commettre une erreur ? La confiance est une des clés qui m'a permis de réussir à monter quelques marches, alors il faut que je la garde près de moi, dans mon trousseau qui semble si léger. L'une des autres clés, et je la pense être celle qui m'a permis de porter mes jambes jusque là, n'est autre que la peur. Tout perdre une fois, c'est tragique, destructeur, et sur bien des aspects, mais perdre une seconde fois ce que l'on a difficilement réussi à glaner en ayant en tête tout ce qui nous manque, cela pourrait être fatal à ma raison.
Je me permets de me projeter : si je réussis, quel impact direct cela aura ? Une sécurité financière certaine pour les deux prochaines années (et a fortiori un nombre conséquent supplémentaire) et une tranquillité d'esprit que je n'ai plus connue depuis belle lurette. Car il y a bien une différence entre anesthésier ses inquiétudes au quotidien et se débarrasser d'une bonne partie d'entre elles (même temporairement, bien que je vise la fin de ma vie).
Enfin, si je négocie le salaire que je vise à quelques précisions près, je pourrais mettre de côté entre 40 et 50 000 euros. Je prévois de placer la moitié au minimum, voire le tiers, le reste servira de sécurité. Et si je vise plus loin, j'ai du mal à imaginer un autre schéma que celui croqué à l'instant, c'est bien le problème. Pourquoi économiser ? C'est toujours la même réponse : pour ma mère en priorité, et moi ensuite. De fait, cet argent doit être bénéfique sur le court terme, mais il faut bien faire en sorte de le faire fructifier, non ? Ce dilemme me taraude, donc je ferais en sorte de faire les deux, dans une certaine proportion. Heureusement, j'ai un peu de côté à l'heure actuelle. Si je trouve un travail, cela me servira à acheter quelques cadeaux. Une nouvelle télévision, un vrai canapé, un vrai lit, un vrai frigo, puis des voyages de temps en temps.
Inspire, me dis-je, le coup n'a pas encore retenti. Et ne pense même pas à faire de faux-départ, alors que tu es dans la même position depuis tant d'années ; inspire calmement. Ce silence est pesant, mais la course physique sera à la hauteur des souffrances de la raison, alors ne souris ni ne pleure d'avance. Rien n'est gagné, et je n'ai même pas de public. Le stade n'est que celui de ma vie, grand, entretenu ça et là, vide, conscient de sa finitude. Les gradins savent que ceux partis ne reviendront pas : "à quoi bon encourager celui qui nous ignore ?". Les lignes blanches, sages, m'indiquent ce vers quoi je tends. Le ciel n'est plus là, il n'y a que ce que je perçois droit devant. À l'arrivée, nulle médaille ne me sera remise, le prix aura déjà été payé. Le tir raisonnant ne sera qu'un relâchement, un battement de cœur, une impulsion contrainte, mais j'ai taché de me tenir prêt pour ne pas me laisser surprendre. Encore un effort, et tout cela pourra peut-être avoir un sens. Expire.
on s'instale
J'ai tant dit. Les mots ont pris un petit peu de moi, ou bien leur ai-je offert un bout de mon être. "Moi" : ça sonne si creux. Que je suis las de parler en "je". Un dénominateur commun, un trait d'union entre des expériences, voilà de quoi il s'agit : un jeu de l'esprit. Un sentiment d'habitude, une mauvaise interprétation de ce qui est nouveau.
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La perfection d'un cercle, ou d'une forme géométrique, comment l'expliquer ? Je n'ai rien d'un mathématicien, alors je dirais qu'il s'agit ni plus ni moins de projeter l'attente que l'on a de cette figure. Il s'agit de contraindre, quelque part. La perfection de cette forme ne tient pas d'une quelconque liberté, mais d'une anticipation perceptive. Une réponse cognitive à la manière dont le monde s’organise autour de soi.
Il n'y a pas une perfection, mais des perfections. Ma paume froide sur sa joue. Une poésie perchée dans ses yeux.
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J'ai mon prochain entretien mardi prochain, j'espère que le réel répondra à mes efforts. La pression embrasse mes épaules, mais elles savent résister. Une apocalypse n'a pas su mettre sous terre ces battements irréguliers. Quelle blague, cette violence. Des rires s'échappent, pressés. Un vent a filé ; un vent a tracé un inoffensif rai. Des perceptions, toujours des perceptions.
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Je peins parfois sur mon temps libre
Et l'aigreur que j'incarne s'oublie en rimes
"Pourquoi es-tu encore debout ?"
Feignant communiquer
Ces écrits défient l'âge et les rides
Le cadran enferme mes pensées
À qui appartiennent ces erreurs ?
Que je laisse et que je blesse
Encore seul, décidément tu cesses
De vivre, les instants s'écartent
Fuient mon visage emprunté
Et mon corps d'apparat
Fuir, apparemment c'est
Vivre apeuré, laisser les dires là
J'ai réussi à me faire incarcérer pour les deux prochaines années avec comme dédouanement une pauvre somme de 36 000€ (en brut) toutes les quatre saisons. Ce n'est pas l'affaire du siècle, mais il faut bien commencer quelque part. J'espère pouvoir obtenir bien mieux au prochain jugement. Ce qui est cocasse, c'est que ce sont les seuls à m'avoir répondu sur plus de 30 candidatures envoyées.
Il va falloir que je reprenne du service, et servir les autres détenus de bouillasses qui ne m'appartiennent pas comme si c'était mon rôle, comme si ce rôle était inscrit dans mon code génétique depuis le moment de ma conception. Je ne sais pas si je me rends bien compte à quel point je suis entravé et contraint pour au moins la prochaine décennie. J'espère que j'aurais le temps d'agrandir la cellule de mon esprit, entre deux corvées.
J'ai l'impression que la DRH m'apprécie déjà. Je ne sais pas s'il s'agit de quelque chose de récurrent que d'encourager et conseiller un candidat avant un entretien "important", puis de lui demander par la suite comment s'est déroulé l'entretien en question comme si l'on demandait à un invité si les sièges étaient suffisamment confortables, de peur de le contrarier si ce n'était pas à sa convenance. En tous les cas, je n'ai jamais eu affaire à un tel enthousiasme, voire gentillesse (bien qu'il soit difficile d'employer ce terme) dans le cadre professionnel.
Cela me perturbe, mais il me faut garder le cap. C'est plus ou moins le coup que j'attendais avant de pouvoir entamer ma course. Il aura fallu 25 étés, mais il est temps de confronter l'espace devant moi, de m'appuyer du sol afin de ne pas perdre l'équilibre. Il est temps défendre ma place, malgré l'errance dans laquelle je me trouve. Je suis le seul en lisse, personne ne m'attend, et l'arrivée n'est qu'une maigre promesse d'un repos artificiel, permis uniquement par le biais de cette course imposée par des lois invisibles qui m'échappent.
Malgré tout le ressentiment dont je fais preuve et dont je me nourris à propos de ce système d'une violence extraordinaire, je me sens tout de même un peu fier. Évidemment, il s'agit d'un jeu de la raison que de penser être quelqu'un, un individu doué d'une conscience propre et innée, et c'est un sujet que je me languis d'enfin pouvoir développer un jour, mais il n'empêche que je ressens de la fierté. De la fierté car je n'ai demandé de l'aide à personne, et que je suis tout de même estimé. Ou plutôt, il est question de la synthétisation de mon expérience que "je" suis capable d'évoquer, devant d'autres individus ayant des exigences particulières, avec plus ou moins d'aisance. Cela tandis que je pourrais être tenu dans l'ignorance la plus absolue, ce qui m'empêcherait de subvenir à mes besoins.
Je n'ai pas besoin de reconnaissance. Non, j'ai besoin de contempler l'horizon tout en ayant la possibilité de le faire sans que l'on m'attende quelque part ailleurs que l'endroit où je me trouve, qu'il s'agisse d'individus ou d'un système. J'ai besoin de marcher en des lieux sans conscience, en des lieux où la vie s'incarne. Et cela malgré le fait que le monde brûle. J'ai besoin de fuir. Quel égoïsme.
Les fleurs poussent parmi les bombes.
C'est la fin de la promenade, j'entends les gardes s'agiter.
J'entends le battement retentir, c'est le début de la course. Il est temps de fatiguer mon corps emprunté.
C'est le moment de garder les yeux grands ouverts, l'air commence à se faire rare. Il serait dommage de ne pas assister au monde pendant que mes forces m'expulsent vers ce que je ne peux m'accorder.
Vers quoi se pencher ? Vers quoi tendre ?
J'ai deux années devant moi pour me développer du mieux possible. Dans les faits, je n'ai pas de limite particulière, mais après ces deux ans, j'aimerais accéder à un début de mieux. Du point de vue psychologique, je pense aller mieux qu'il y a quelques années. Cela m'a coûté beaucoup de superficiel, lorsque je fais les comptes. Je ne suis plus autant attaché à ce qui ne produit pas de réflexion. Par exemple, l'amour, bien que je n'ai jamais voulu le vivre, a été mon bourreau le temps de quelques semaines, et tous les facteurs qui pourraient me refaire plonger en ces eaux agréables ne sont plus les mêmes qu'en 2021/2022.
Aimer une personne dont l'idéologie se rapproche du macronisme, aimer une personne qui ne démontre aucun sens de l'empathie particulier, aimer une personne égoïste au possible, à quoi pensais-je ? Eh bien, là a été mon erreur : je ne pensais pas. Je ressentais, mais le chant des sirènes est trompeur, perfide. Des regards, des caresses, des chatouillis, des rires, et j'en passe, tout cela sur la base d'atomes crochus, tout cela sur la base de sensations.
Je n'ai pas été bête, et je ne pense pas me chercher des excuses, nan, j'ai été naïf et "innocent". Et je suis toujours ce même individu maladroit en tout qui ne souhaite pas calculer l'interaction avec l'autre, mais il faut être réaliste : le réel nous répond en fonction de nos actions. Alors, plutôt que de tâter le terrain avec la main tremblante, je poserais les questions au propriétaire directement, si jamais je suis un jour à nouveau dans une situation de cet ordre. Aimer une personne dont le rêve est de "surfer" toute sa vie, bon sang.
Je suis entre deux feux, car je souhaiterais agir, mais comment ? Avec qui ? Pour qui ? Faire de la politique n'est pas ce que je me souhaite, car ce serait me contraindre à jouer le jeu de ces personnes qui participent à rendre l'existence humaine difficile, si on peut seulement parler d'existence et non pas de subsistance. Je souhaiterais rencontrer des personnes dont la pensée rejoint la mienne, mais pourquoi et pour quoi ? Ne serait-ce pas de la complaisance si les discussions qui découlent de ces rencontres n'engendrent pas d'actions ? Et, à part écrire, parler, manifester, se révolter, quelles sont les options viables ? Ce serait quelque chose qui me botterait si je savais ces possibilités vectrices de changement, mais il n'agit que de projections imaginaires, presque fantaisistes, tant les probabilités de réussite sont faibles.
En vérité, il ne faudrait pas un grand nombre de personnes, mais la confiance coûte cher, et qui serait véritablement prêt à en payer le prix ? Certainement pas celle dont je m'étais épris. Et c'est là où je souhaite en venir. Je souhaite rencontrer quelqu'un avec des convictions qui s'alignent avec les miennes. Mais pour cela, il faudrait quelqu'un qui sait penser, quelqu'un qui sait construire, plutôt que quelqu'un qui passe son temps sur les réseaux sociaux, se permettant de réagir à longueur de journée.
Le simple fait de dire "je vais aller voir un film au cinéma" est un indice selon moi. Se contenter de regarder, cela sans tendre son esprit vers de la pensée construite, quelle perte de temps. Cela mériterait un billet entier, mais la notion de plaisir est aujourd'hui érigée en tant qu'impératrice idéologique.
Le plaisir est le garant de la réussite, il est l'assurance d'un investissement rentable. C'est un constat personnel (entièrement alimenté par des observations individuelles puis des lectures comme Debord et Clouscard) que je trouve à la fois effrayant et intéressant. Effrayant car cette recherche permanente du plaisir est permise par le fonctionnement de notre société qui nous laisse assez de ressources pour pouvoir les utiliser à des fins de réutilisation, il y a une écologie dans ce système qui invite à nous maintenir dans un état de passivité. On ne cherche plus le beau, on cherche ce qui va plaire. Le plaisir est divertissement. Le plaisir nous empêche d'agir.
Alors, oui, c'est très exigeant, car "on n'a pas que ça à faire" et puis "on travaille à côté", mais il faut selon moi s'interroger sur notre existence et celle de nos ancêtres. Tellement de combats sont menés sur internet, tellement d'"opinions" sont partagées sur les réseaux sociaux, mais tout est polarisé, et la résonance de tout cela est impossible en dehors du cadre qui nous permet d'accéder à ces lieux d'échanges virtuels. Le fait est que, nos voix ne sont pas écoutées, et ce qu'elles font naître ne sert que de munitions à des personnes à qui l'on donne la possibilité de réagir à toute heure de la journée.
Notre existence devrait, je pense, nous permettre d'affirmer ce que nous "sommes", chercher à devenir, et non pas de nous identifier exclusivement à ce qui est "produit" par d'autres. Mais une fois ce constat fait, une fois le postulat proclamé, que faire ? C'est ici que l'opportunité peut naître, l'opportunité d'altérer le quotidien, mais cela me semble illusoire de penser qu'un jour l'on puisse assister à un tel rééquilibrage.
Alors, vers quoi tendre ? Des actions alimentant un combat n'étant qu'un fantasme à l'heure actuelle ? Ou bien vers une vie réduite à du calme et une disparition progressive ? Je ne sais pas si je tente de me convaincre. Pour l'heure, il va me falloir rester concentré, encore. Peut-être un peu moins qu'avant, mais il faut que je mette toutes les chances de mon côté pour améliorer mes conditions au terme de mon contrat. Idéalement, j'aimerais enrichir ma culture philosophique, renforcer celle que j'aie actuellement, écrire afin d'assurer mes connaissances, et écrire afin de toucher des concepts délicats. Il faut bien entendu que je devienne un maestro dans mon domaine, et c'est un défi car je n'ai pas le sens du rythme.
Pour l'instant, ça se passe bien. Même s'il m'est difficile d'être au milieu de gens qui ont l'habitude de discuter de sujets qui en rien ne m'intéressent. Malgré cela, je me suis déjà attaché à certaines personnes, d'une certaine manière. Il y en a une qui déclenche chez moi des instincts primaires (enfin, ce n'est pas elle qui déclenche, c'est mon esprit qui le fait, par un mécanisme qui m'échappe), j'espère que cela se calmera avec le temps allant.
J'avais des appréhensions vis-à-vis de ce qui était attendu de moi, je pensais qu'il s'agirait de trouver des solutions sorties de nulle part, mais il s'avère que le niveau est plutôt "moyen", alors je peux facilement m'adapter pour l'instant. Il va falloir que je dise à cinq personnes que j'ai réussi à largement alimenté leur travail (sur lequel ils sont depuis plusieurs mois), cela sans aucune prétention (et je n'en ai pas).
Une des RH doit avoir quelques années de plus que moi, on ne s'est vus que deux fois, mais c'était particulier. On parlait comme si l'on était des connaissances qui ont l'habitude de se moquer gentiment l'une de l'autre ; dommage qu'elle ne réponde pas à mes critères.
Ils doivent, là-bas, se demander qui je suis, ils doivent me critiquer lorsque je leur parle ou que je passe dans les couloirs. Ou peut-être ne se disent-ils rien. Cela ne me fait ni chaud ni froid, j'ai seulement besoin de sortir de cette cage, au bout du compte.
J'ai atterri dans un environnement que je trouve largement tolérable, et pourtant, il m'est arrivé à plusieurs reprises de me demander : "Mais qu'est-ce que je fais là ? Je ne souhaite que tout quitter". Que j'aimerais disposer de fonds de côté, suffisamment gonflés, pour que je puisse marcher à longueur de journées sans avoir à m'inquiéter de payer le loyer de mon logement de 25 mètres carrés. Que j'aimerais faire face à la mer. Que j'aimerais chérir le vain instant.
Ils ont validé ma peine, la période d'essai est terminée ; plus que 700 jours.
Une des personnes de l'équipe a souhaité rentrer avec moi quand elle a vu que je préparais mes affaires, tandis qu'elle s'apprêtait à s'en aller du bureau. C'est à coup sûr celle que je préfère, malgré notre différence d'âge. Elle est de manière significative plus petite que moi, et pas moins frêle, à vue de nez.
Elle a une drôle de manière de parler ; enfin, "drôle"... "Singulière" irait probablement mieux. Elle prend le temps d'articuler, sans que cela semble forcé, c'est fort amène à l'oreille. Elle m'évoque une image unique, c'est intéressant. Elle m'a posé des questions d'ordre personnel ; quant à moi, je n'ai pas osé entrer sur ce terrain. Enfin, rien de bien extraordinaire, mais ce que je retiens premièrement de cette conversation, c'est qu'elle est capable d'apporter de la valeur aux propos échangés, car elle s'intéresse foncièrement, et elle est capable de nourrir le tout par des éléments non redondants vis-à-vis de ce qui a été dit quelques secondes plus tôt. Il était par exemple question du rapport à l'argent, c'est un sujet que je sais très clivant et tabou ici, pourtant elle a de suite creusé la chose en se livrant quelque peu.
Donc, j'apprécie parler avec cette individue, détail assez rare pour être souligné. Mais la seconde chose que je retiens, c'est qu'elle m'attire physiquement, et c'est un problème certain, car je n'ai même pas envie de lui toucher la manche en retour lorsqu'elle se permet de me frôler le bras en me parlant. Le plus troublant, c'est lorsqu'elle me regarde longuement en débitant des informations plus ou moins pertinentes : je suis mal à l'aise, incommodé, malgré le fait qu'il ne s'agit que d'une discussion entre deux collègues. C'est une attirance paradoxale, que je ne maîtrise pas, mais que j'aimerais voir disparaître, parce qu'elle est absurde.
J'ai souhaité écrire car je suis face à un problème concret : je n'arrive plus à penser. Je n'arrive plus à me pencher sur les sujets qui m'ont tenu en haleine il y a de cela quelques mois. C'est quelque chose qui m'inquiète, car je n'arrive même pas à comprendre certaines phrases que j'ai pu écrire par le passé, le sens m'échappant. Voilà un exemple : "[...] Dans cette perspective, la recherche de compréhension est toujours liée au désir, un désir qui nous asservit parce qu'il est insatiable et qu'il pousse l’individu à s'efforcer continuellement de se définir et de comprendre. Mais cette compréhension n’est jamais atteinte de manière pure, car elle est toujours un jeu de volonté de domination sur le monde et sur soi-même."
C'est affreux car j'ai l'horrible impression de lire un étranger. Est-ce que j'ai voulu dire que cette volonté de comprendre (et comprendre quoi, en fait ?) tient de la domination car l'on essaie de marquer le reste du monde de notre empreinte spirituelle ? Ou en tout cas qu'il y a cette idée de s'approprier ce qui nous entoure ?
Soit je reprends tout de zéro, soit je traite de sujets que j'avais laissés de côté. J'aurais dû prévoir cette situation, qui était largement prévisible. Le problème, désormais, c'est que je n'ai plus aucune énergie, les journées en cellule sont exigeantes ; et la fatigue me guette dès que j'ose cligner des yeux. Je n'ai pas l'envie de me relire, de plus que j'ai l'impression d'avoir rédigé de piteux paragraphes.
Ce serait mentir que de dire que l'envie d'écrire me prend. Mais j'ai ce sentiment qu'il me "faut" m'activer, au moins ce mois-ci.
Depuis fin novembre, et donc depuis presque 100 jours, il ne s'est pas passé énormément de choses. Je croise toujours des regards inconnus chaque matin et chaque après-midi ; ces mêmes invitations aussitôt déniées qu'elles sont lancées. Ces personnes m'indiffèrent, autant que ce même sentiment que je leur inspire. Je préfère épargner le monde de mon existence du mieux possible, mais ces regards sans récupération m'interrogent autant qu'ils me troublent et me plaisent parfois. Ces femmes désirables me renvoient leur beauté, cela sans que je ne puisse rien y faire. J'en suis presque à me retrouver désolé de témoigner de leur existence, mais que puis-je y changer ?
C'est vrai, pourquoi feindre son altérité ? Nous n'avons pas l'occasion de discuter, alors que nous demandons le pardon à chaque arrêt ou maladresse, à cause du trop grand nombre de gens se trouvant autour de nous. Nos conventions ne m'apparaissent pas comme anormales ou bizarres, mais je n'arrive pas à m'y faire. Quelle hérésie que de restreindre sa propre singularité sans pouvoir modifier quoi que ce soit.
Enfin. Au travail, c'est la surcharge. Je me noie dans les tâches à réaliser, elles sont d'autant plus difficiles que peu complexes et stimulantes. Quelle fatigue que de nager dans ces eaux de morosité.
Il y a toujours cette femme qui m'attendrit de ses airs et manières. Que j'aimerais jouer son jeu en me sachant gagnant d'avance. Ses courbes et traits pourraient me guérir quelque temps si les miennes pouvaient se fondre en les siennes. Mais ces pulsions ne m'honorent pas, aussi je les ignore au mieux, d'autant qu'elles ne peuvent aboutir sur rien. Je trouve important d'écrire à ce propos, car cela me gêne, bien que je ne sois pas fautif de ces goûts.
Autrement, j'écris à propos de sujets qui m'importent (car ils ne me concernent pas directement !) dans un document inaccessible. Peut-être aurais-je l'occasion de développer un jour. Ce qui est à retenir, c'est que je n'ai pas arrêté d'écrire, simplement, je n'écris plus régulièrement ici (pour l'instant).
Je ne rencontre personne, mes pensées vagabondent en des terres isolées. Les personnes de mon âge avec qui je discute au travail me font regretter mes années. Où se trouvent ces personnes de mon genre ? Celles qui ne se plaisent pas à la discussion creuse de fond ; celles qui se perdent dans l'ordre afin de débusquer le sens des voies tracées sans notre avis ; celles qui aiment à penser et écrire. Se cachent-elles, ces personnes qui, comme moi, s'amusent d'étrangetés ? Ces personnes qui s'amusent à s'interroger ; ces personnes qui cherchent à comprendre sans nier le réel.
Finalement, que chercher ? Que trouver ? Des idées ? Des personnes (si cela a seulement un sens) ? Je puis assurer que l'ensemble de mes cogitations passent pour des évidences et des indifférences pour la très grande majorité des personnes que je croise. Encore une fois, je ne suis pas surpris. Je ne cherche jamais à creuser, car ce serait un bien bel investissement que d'offrir sa foi à ces normalités. Je me sauve du vain travail qu'effectuent les Danaïdes, pauvres d'elles, mais rien ne m'occupe alors. Aussi, j'erre. J'erre tandis que je me languis de déguerpir de mon poste d'observation. Ma manière d'être n'est absolument pas alignée à celle des autres, et c'est un fait qui ne me dérange pas, mais ce temps perdu m'est cher, d'autant que je ne pourrai partir le rechercher.
Je ne supporte plus les acquiescements hâtifs de ceux qui adoptent la forme de leur indifférence. Ces personnes qui accueillent toutes les idées sans défendre de point de vue substantiel. J'aime l'humilité, les aspérités dû à l'inconfort d'idées mal comprises. J'aime la sincérité, aussi j'essaye de ne pas m'en dévêtir quand je suis face à moi-même. Qu'y a-t-il de mal à ne pas saisir du premier coup un concept ? Pourquoi se refuser à ce point de croître ?
Je n'ai pas marché depuis très longtemps, mais le temps me manque considérablement. La fatigue me saisit chaque jour et me fait savoir que je ne suis que son hôte. Je pourrais écrire à propos de bien des choses finalement, mais je manque d'invitations.
Ce serait mentir que de dire que cela ne m'a pas plu de poser ces mots. Je regrette simplement leur caractère immatériel.
Le mois de juin arrive encore, peut-être sera-t-il mon dernier, qu'en sais-je après tout ?
J'ai de temps en temps cette drôle d'impression qui me laisse coi, cette impression où je cesse de vivre, cette seconde où je me dis "ça y est, mon cœur s'arrête". Ces moments me laissent penser que l'expérience de la mort n'est pas si effrayante, comme s'il s'agissait de dormir, et que je le faisais, pour la première fois, en toute conscience. Il ne s'agit que d'une projection, et elle m'ennuie pour être très précis. Pas de cet ennui qui passe, mais de celui qui alourdit l'esprit.
Ce même ennui que je traîne en tout lieu comme une lourde charge inutile qui me gâche l'existence. Si je souhaite être honnête, et peut-être ne le suis-je pas même en cet instant de solitude absolue, la vie, ou plutôt "ma" vie m'indiffère presque. Si je ne compte que mes sensations propres qui ne concernent que ma personne, je puis affirmer qu'il ne s'agit que d'un ricochet que l'on observe absent, les yeux mi-clos. Cette perceptible présence aux confins de mes inlassables pensées me pèse le double de tous les poids du monde. L'écrire autrement reviendrait à décrire les amas de fumée noire dans ces peintures du XIXe siècle.
C'est comme si sans cesse il y avait un filtre qui empêchait de passer les amènes sensations que je devrais capter d'une manière ou d'une autre. Se faut-il l'accepter ou le réduire du mieux possible ?
Je dormais il y a encore une petite heure. D'ici à la prochaine je devrais retrouver l'inconscience ; que mes doigts pèsent.
Tout est à propos de nos limites me dis-je. Le rire, la joie, et le reste. Cette intuition probablement bien fondée inhibe l'agréable que je présume exister. J'ai cette intuition qui m'indique que notre cerveau est à propos d'habitudes, et que sa configuration le pousse à réagir malgré "notre" volonté. Nous sommes capables de maîtriser des concepts, de les manipuler, de réaliser des abstractions, et c'est parce qu'il s'agit d'acceptable ou de condamnation que nous continuons à alimenter notre environnement de notre présence. Peu importe l'endroit, peu importe ce qui mène à notre identité, nous sommes obligé de réagir selon des codes qui nous échappent dans leur fonctionnement le plus fondamental.
La beauté des femmes anonymes commence même à me laisser perplexe. Enfin, seulement lorsque j'y pense. La plupart du temps, je place de côté ces cogitations pour au moins ressentir cette petite dose de je ne sais trop quoi, dopamine ou autre hormone du plaisir, à la vue de ces amas de chair et d'os. C'est souvent ce qui m'anime au fond qui me procure le plus de calme, cette part certainement naïve et blanche de toute mauvaise humanité.
C'est cette charge qui me fait remettre en doute mon envie de m'améliorer. "À quoi bon ?" Et aussitôt je rétorque à cette diaphane conscience qu'il n'existe pas, au risque de la surprendre, de concrète alternative. Ces incessants allers-retours finiront par pourrir.
Je me fais l'impression d'un fond de verre que l'on remue et que l'on ne quitte pas du regard. Je m'observe tournoyer dans ce récipient que je connais tout à fait sans m'attendre à rien de plus que le mouvement précédent.
Est-ce l'heure ou le temps d'écrire ?
J'ai failli vivre libre.
Ainsi soit-il. Une lettre après l'autre, seulement. Le rythme est effréné, et qu(o)i le décide ? Faudrait-il s'user sans pousser cri pour enfin entièrement s'en aller ? Retenir de fuiter par mes pores la moindre parcelle de ce qui me définit suffirait-il à laisser le monde tranquille ?
Poussière redeviendra poussière, une fois le vent passé.
Le travail inlassable gagne en chair grâce à mes gestes sans volonté propre. Nourrir la bête rend idiot, quelle béate lubie que de s'oublier.
"C'est quoi la solitude ?". J'imagine parfois prendre le temps de répondre, voilà une façon d'oublier ce qui attire mon attention. Pile là où je me tiens s'étendaient deux jambes dénudées au contact de ma peau. Ces souvenirs ne vont jamais bien loin, à mon image bien polie.
La solitude, si je m'arrête à l'une de ses trop nombreuses manières de la décrire (ou de l'interpréter), est le fruit pourri d'un arbre solidement enraciné à une terre dont l'origine est ignorée par quiconque la foulant.
Le prix de la satisfaction de mon égoïsme est à peine soutenable. Ai-je bien vendu le produit à mon esprit ? Est-ce la folie qui m'atteint que de me lever chaque matin à un horaire m'évoquant l'ennui sans jamais renoncer ?
Aujourd'hui, comme la veille, et comme demain, est un jour sans. Un jour sans amour. Un jour sans paix. Un jour sans veille. Que faisais-je hier ? Était-ce autre chose qu'aujourd'hui ?
420 jours en vue, 419 nuits sans moi, encore.
Qu'est-ce que mon ennui ? Ces derniers temps, depuis plusieurs années, il s'agit de chercher un moyen de vivre sans jamais parvenir à aligner deux semblants de solution.
Lorsque l'on fait le tour d'un périmètre, on est contraint à ne pas voir plus loin que ce qu'il nous offre. Et ce qui peut nous aider à dépasser cette contrainte sera la recherche de sens (qui peut ne pas être tout à fait une recherche, mais une contrainte elle aussi).
Le sens, si je devais en écrire une définition via mon esprit, est un résultat obtenu après avoir tissé un ou plusieurs liens entre au moins deux idées/concepts/objets de pensée. C'est cette destination cognitive (ou ce cercle/chemin cognitif) qui dépend de notre mémoire, et qui s'efface, ou bien se perd, au fil du temps passant.
C'est une construction permanente d'une forme d'harmonie (au "sens" où un cerveau normal (comme si je pouvais l'attester avec certitude) va chercher à optimiser les chemins d'accès entre les dits objets de pensée, de sorte à éviter tout problème qui ne saurait être résolu) pouvant être constituée de biens des cauchemars, qui ne tient pas à grand chose. C'est un terrain dont les bases ne tiennent qu'à "nous" (l'identité n'étant qu'une des nombreuses expressions possibles du sens, selon ce que j'en pense), sachant que d'innombrables paramètres qui nous échappent s'ajoutent à la construction que j'évoque.
Cela dit, je veux en venir au fait que je fais chaque jour le tour de mon périmètre personnel, ce petit trajet auquel je trouve du sens lorsque je relis les événements qui m'ont mené à le prendre, mais auquel je manque à trouver une quelconque satisfaction, quelle qu'elle soit. Quel sens passionnel voudrais-je alors donner à cela ? Parce que c'est dont cela il s'agit malgré tout : de volonté.
La coutume est un luxe qui m'évite bien des soucis, comme l'idée de vouloir changer par exemple. C'est une chose (dont je suis en partie responsable et liée à mon identité) qui m'éloigne de toutes sortes de perspectives. Si je veux rentrer tôt, il faut bien que je prenne directement le métro pour retrouver mon confort superficiel. Ceci m'éloigne donc de possibles rencontres, et c'est vraiment de ça dont il s'agit, quand je parle d'ennui. En prenant en compte cette impossibilité, qui se traduit, si je veux bien me l'avouer une petite seconde, par de la frustration, je ne trouve pas de sens à mon quotidien.
Il y a quelques semaines, lorsque je prenais un train de retour d'une ville de la région Bretagne, une collègue me faisait part de sa "peur" vis-à-vis du gâchis que je faisais de ma vie. Malgré cette intrusion maladroite dans cette bulle personnelle (dont j'ai offert bêtement et gratuitement l'accès), j'y vois là une réalité face à laquelle j'aime à tenir impuissant. Que faire ? Sincèrement ?
J'ai ici l'espace de penser, chose que je ne fais pas tant que ça au quotidien : j'observe, j'analyse, puis je laisse courir sans plus d'intérêt que cela, puisque mon but est inatteignable. Je ne brusque pas ma paresse, je la laisse me guider par les vents de la vie salariale, sans que je sache vraiment pourquoi je me tiens dans la même pièce que ces gens qui s'obstinent à trouver des solutions à des problèmes qui n'ont de valeur que parce qu'on veut bien leur extraire leur potentiel financier, cela en s'assurant de les transformer en produits qui sauront satisfaire un besoin de consommation alimentant une machine dont les moyens sont absolus pour nous obliger à garder le rythme.
Je réponds parfois au hasard, lorsque ma langue engourdie se délie ces rares fois-là où d'autres l'appelle pour avancer sur un "sujet".
Je perds mes cheveux à cause du stress, je crois. Du moins, sur une partie de mon crâne. J'ai, depuis une année je dirais, pendant toute la journée, une sensation de chaleur cuisante sur un point précis de ma tête. Je serais encore moins désirable chauve, je pense même que ce serait la fin pour ma vie sociale, déjà très pauvre.
Je m'égare, mais tout est lié ici. Je me dis qu'il me faudrait bouger pour trouver quelqu'un. En attendant, je continue de compenser cela par la consommation de contenus dégradants pour la femme. Cette addiction est un poids aussi, mais elle maintient à son niveau le plus minime la dopamine dont j'ai besoin pour me lever. Ce n'est pas la seule source, mais je n'en compte pas plus que deux. Je me dis parfois que cela me sauve, au même titre que la musique. C'est comme ramasser l'homme tombé à l'eau pour l'énième fois, jusqu'au jour où cela ne suffira plus.
Plus que 369 jours.
À ce propos, je crois que j'ai une chance de rester, mais cela reste à confirmer. Ce serait une bêtise de leur part, et même si je ne souhaite pas leur attribuer la moindre qualité, je ne pense pas qu'ils soient suffisamment aveugles pour ne pas voir à quel point je ne leur sers à rien.
369 jours, rendez-vous compte.
La solitude pille l'esprit, mais elle l'occupe.
Je suis d'humeur à vouloir me voir écrire un poème. Je vais plutôt rédiger les derniers mots de cette année volée.
Quels ont été les événements de ces douze derniers mois, finalement ? Il suffit simplement d'imaginer une source lumineuse clignoter en boucle : un schéma se répète sans surprise. Mais par quoi est-elle alimentée ? Que suis-"je" en tant que source ?
Je préfère ne pas penser au manque à vivre d'une telle réalité dont il m'est impossible de me défaire. Ces heures subies travaillent ma patience et mon humilité. Il n'y aurait rien de ce malaise sans cette lourde et peu utile conscience.
Les fleurs poussent parmi les tombes.
Elle m'a envoyé un message il y a deux jours, le dernier datait d'août 2023. Elle me demande une banalité. Elle est en couple avec un nouveau (futur ?) malheureux, j'imagine qu'il lui fera un ou plusieurs enfants, qu'il s'agisse de lui ou du prochain. J'hésite à lui répondre, si je le fais, je romps le silence que j'ai établi depuis plus de deux ans, même l'espace d'un instant. Je ne vois pas pourquoi je le ferais, mais peut-être devrais je le faire pour elle, puisque le sujet ne semble pas pouvoir être traité par quelqu'un d'autre.
"Elle était pas dans ta classe cette fille ?" : Quel est l'intérêt ? Qu'est-ce qui fait que cette interrogation puisse être formulée ? Est-ce une envie de communiquer avec la personne qu'elle a connue à travers un certain nombre d'interactions il y a près de trois ans, ou bien est-ce réellement un sujet qui mérite d'être creusé ?
Lui répondre ne m'avancerait à rien, car je ne veux plus la revoir ou ne serait-ce que lui parler, étant donné que nous ne sommes pas compatibles pour former un couple, et que je ne recherche pas d'amie.
Ce n'est rien, mais là se trouve mon existence.
Mon corps se déchire d'ennui, lorsque je n'alimente pas mon cerveau de quelque divertissement. Je ne me fais aucune promesse.
L'anthropomorphisme est un divertissement dont je me passe, car je le trouve déplacé, puisqu'en faire usage revient à dessiner le monde selon notre manière de le concevoir. C'est un concept qui, mine de rien, occupe une place certaine de notre quotidien. Par exemple, affirmer que la lune est mélancolique me parait être une aberration, car cela sous tend une façon de penser et de vivre basée sur notre seule humanité.
Un souffle encore et l'hiver s'éloignera. Ce qui se passera en 2026 sera similaire à ce qui s'est tramé sous mes yeux ces cinquante dernières semaines.
De la terre s'échappe par delà le trou qui siège devant des photos que je n'ai pas et plus. Je ne sais pas si je les enterre ou les sors de sous la surface. Des figures inanimées d'êtres infiniment chers, qui ne comptent pour personne d'autre que ce que je suis piètrement devenu, semblent s'amuser sur ces clichés ; que je voudrais serrer ces corps figés, ces boules de poils abandonnées malgré toute la force de l'amour qui leur a jadis été porté. L’existence peut être arrachée, elle peut être terrassée avant que l'on puisse en être attristé. J'en suis le témoin ignoré. Pauvre vie que la nôtre, maman.
C'est rare, je voudrais hurler de peine ; ce serait lamentable, et puis les voisins dorment.
Des larmes coulent, j'avais oublié leur goût salé. Je pleure, et cela ne change rien.
En juin, ce topic aura 7 ans. 7 ans.
J'ai commencé à naviguer sur internet pour la première il y a 14 ans. Avant cela, tout était différent. En tout cas, le temps file. Il file si bien que je ne comprends pas très bien pourquoi rien ne change. Enfin, est-ce vraiment le cas ? Rien ne change-t-il vraiment ?
En 2019, j'entamais mon BTS, après une année blanche, suite à une erreur de jugement sur Parcoursup. J'étais d'une timidité ennuyeuse et inutile, mais surtout handicapante, parce que j'avais fondé ma scolarité sur l'écrit. Cette peur de passer à l'oral était inhérente à ma fragilité de l'époque (qui n'a pas tant oscillé) : j'étais incapable de m'affirmer.
Entre 2012 et 2016, j'étais enfermé dans mes jeux-vidéo, sans le savoir, et ça n'a vraiment pas aidé à me développer socialement. Surtout que je ne sortais qu'assez rarement, (bien que plus qu'aujourd'hui), et donc je n'ai jamais appris à m'intégrer aux autres. Je ne regrette pas cette époque "bénie" d'un point de vue call of dutiesque, et encore, ce n'était déjà plus pareil en 2015.
J'ai connu l'apogée du YT Game, avec la fleuraison des let's play, les parties de survie sur DayZ avec la pingas family, les débuts de Minecraft, la cité des sables, hakuna matata, les fallen kingdom, les hunger games... J'ai connu une époque où dailymotion accueillait du contenu où l'heure du plaisir solitaire avait sonnée. J'ai connu Leveldown. J'ai connu la naissance de Twitch. J'ai connu les gaming house, les longues sessions d'entrainement des teams Milllenium, AAA, Vitality... MeloA7, DiabloTheTank, Gotaga, Broken, Agony, Azox, tous les autres joueurs de l'époque. J'ai connu Mrlev12 avec des cheveux. Bref, sans parler des toutes petites chaînes dont je n'ai plus la mémoire de leur nom.
J'ai aussi connu l'apogée d'Hearthstone, avec Torlk, Babel... La gloire de Fifa 17... Tous les soirs de ces années étaient occupées par du divertissement que j'appréciais. Cela sans conscientiser la situation, j'étais dans la pure expérience, certes futile et superficielle, mais au combien douce du quotidien. Mon père était toujours de ce monde, mon stress ingérable aussi.
En 2019, je découvrais le métro, que je n'avais jamais pris seul. J'avais payé 30 euros en tickets parce que je ne comprenais rien au système des zones, et tout cela pour rien puisqu'au moment où j'étais arrivé au lycée, l'heure n'était plus celle des inscriptions. J'étais méfiant au début, mais ces deux ans se sont bien déroulés. Je n'ai jamais autant ri de ma vie que lors de ce BTS. Je me levais à 6 heures tous les matins. Je croisais les mêmes personnes dans le bus lorsque je le prenais, alors que la lune n'avait toujours pas laissé la place à notre étoile. J'ai eu la chance de faire la connaissance d'un type que je vois encore de temps en temps, qui n'a rien d'une mentalité française, tout comme moi.
Suite à ça, je suis entré en licence professionnelle, une année chargée de mauvaise ambiance à cause de certains de mes camarades de classe, en stage, mais aussi chargée de stress et d'amour causé et ressenti pour une fille à laquelle je pense presque tous les jours depuis que j'ai décidé de ne plus lui adresser la parole. Tout est dans les pages de ce sujet, ou presque. Cette année, 2021-2022, a signé un tournant dans ma manière de considérer les choses.
J'ai arrêté de faire la tête, d'être bougon pour un rien. J'ai commencé à m'intéresser à la manière dont tourne le monde. J'ai découvert des sujets sérieux. Et le divertissement a commencé à ne plus être dans mon quotidien. Ma tête s'est tournée vers des tracas toujours plus superficiels les uns que les autres (ou peut-être pas tant que cela). La solitude est devenu un sujet omniprésent dans ma façon d'interagir avec le monde, que ce soit par le biais de mes perceptions, ou par le biais de mes actions. Je n'étais pas moins seul avant, mais je n'avais jamais encore connu l'occasion de faire mine de la quitter.
Le vide me tient par ses mains (oui, j'anthropomorphise, tant pis). Même si j'ai connu une longue période de (forme de) dépression au lycée, je n'avais pas goûté à l'ennui pur. Pas cet ennui qui se définit par le fait de tourner ses pouces, mais celui qui laisse comme trace un poids grossier dans l'esprit.
Demain, j'ai trois réunions qui vont m'occuper. Je ne pourrai pas avancer suffisamment sur les sujets que je dois traiter, encore une fois. J'ai demandé une augmentation de salaire. À voir dans les prochains mois ce qu'il en est.
7 ans, et plus un sourire.
Et si c'était ma dernière nuit ?
Les cercles que tracent mes pensées me rendent toujours aussi perplexe. Je ne crois plus vouloir, en ce moment, comme depuis des mois, discuter avec qui que ce soit. Cela tombe bien car aucune opportunité ne se présente à moi ces jours où mes pas me trainent jusqu'au travail. Les autres, j'entretiens ma condition si lamentable, terrée sous le sol de la société.
"Sur la côte, marche ou crève."
Je commence à avoir un portefeuille qui gonfle légèrement. Mais je pourrais tout perdre, ou presque. Ce serait cocasse ; si cela arrivait, un témoin blagueur pourrait sans être dans le faux déclarer que c'est de famille. Si j'avais dix fois ce que j'ai actuellement, je poserais ma démission immédiatement. Quoi que, j'attendrais la fin de mon contrat, j'ai quand même une certaine éthique !
Je suis à la fois concentré, désespéré et joueur. Mon PEA est ce qui me maintient en vie psychologiquement ces dernières semaines. J'ai vu deux fois le 100% sur deux de mes lignes à un mois d'intervalle, et je n'ai rien vendu, car je ne veux pas seulement de 20 mille euros de PV. Il faut néanmoins que je sache identifier une belle occasion quand j'en vois une (j'avais, par exemple, 2210 titres Kalray à 3.5e).
Je gère assez mal mes émotions mais je reste en positif pour l'heure. Je suis une victime du FOMO. Cela ne me fait pourtant rien de voir ces sommes, elles ne représentent que des numéros. Enfin, pour l'instant. J'étais pendant deux ans positionné sur le SP500, mais quelle perte de temps. C'est un bon choix si l'on souhaite ne prendre presque aucun risque.
Quand, en deux jours, je vois passer ce que je suis capable d'économiser pendant plus de 6 mois avec lassitude sur mon compte, je n'arrive même pas à ressentir le moindre frisson. Et puis la PV latente s'en va. La vague passe, jusqu'à la prochaine. Jusqu'à la dernière.
Si je réussis, je lèverai un verre en mémoire de chacun de mes posts enfantés dans ma morosité. Le chemin est encore très long, je pense. Ou peut-être pas tant que ça.
Il me reste encore 5 mois avant la fin de mon contrat ; de quoi avoir 10k supplémentaires. Bientôt, il s'agira de jours, puis de minutes. Je pense qu'ils me garderont, ce qui m'ennuie par avance. Et s'ils ne le font pas, alors j'aurais de quoi suer pour une autre raison que cette chaleur qui sème la poisse collante sur ma peau depuis le début de cette semaine médiocre.
"Et la vie passe, c'est juste un long couloir.
La rivière coule."