Camus ne se pose pas la question de savoir s'il y a un sens ou non à l'existence humaine. Il a déjà tranché et posé que non, et ce qu'il se demande c'est comment réagir à cette impossibilité anxiogène. Il répond en disant que la morale en actes suffit pour elle-même sans avoir besoin de se justifier par une transcendance.
Sartre défend l'idée d'une liberté totale qui n'est menacée par aucun déterminisme dans le choix de ses actes et qui implique, dans une perspective proche de celle de Kant, la nécessité de soutenir ses actions comme autant de composants d'un universel choisi.
On a chez les deux une éthique de l'action qui ne se justifie pas par une métaphysique mais pour des raisons très différentes entraînant donc des positionnements qui ne se croisent guère.
La littérature absurde, au sens camusien et plein du terme, ne doit comporter aucune issue possible - "aucun espoir" dirait-il - qui viendrait sauver l'action de ses personnages dans un cadre qui dépasse leur survie immédiate à la situation de crise. La littérature existentialiste au sens sartrien ou beauvoirien sert essentiellement à mettre en scène des personnages qui choisissent quoi faire, qui sont gentils et communistes puisque c'est la même chose, et des personnages qui font sans en admettre la responsabilité, qui sont des merdes humaines et qui méritent par là la mort qu'ils rencontrent immanquablement. C'est les méchants.