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Sujet : [FIC] Cent Ans

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Jadas
Jadas
MP
27 février 2018 à 15:54:20

Alors, mieux vaut tard que jamais : le drive est prêt ! https://drive.google.com/drive/folders/15M8vDMpvs_nsmKTFpr-pFyj0CvbwNKjG

Donc voilà, je dois juste encore modifier les 10 premiers chapitres environ pour mettre la bonne police, et ça sera bon. Je mettrai donc chaque nouveau chapitre sur le forum et sur le drive en parallèle et, bien sûr, je vous conseille de passer par le drive pour la lecture.
Je mettrai le lien à chaque nouvelle page pour que ça soit plus pratique, mais aussi pour que les potentiels nouveaux lecteurs puissent s'y retrouver, même si ça m'étonnerait qu'on accueille des petits nouveaux :hap:

Darth_Golgoth
Darth_Golgoth
MP
03 mars 2018 à 22:23:50

Génial !

Jadas
Jadas
MP
04 mars 2018 à 16:22:24

https://drive.google.com/open?id=1i5al5VPVrFlbk7enUo8atNvPVAr-4R7R

Précédemment dans « Cent Ans » : Malgré le poids de la mort de Ralph, Gautier assiste au Conseil, une réunion d'urgence remise en vigueur. À l'issue de cette assemblée, Gautier, Loup et Alix sont envoyés à Calais, dans le but de mettre la main sur l'Épée d'Éden avant qu'Henri V et sa flotte fassent voile vers le Royaume d'Angleterre. L'équipe arrive au moment du grand départ, mais Gautier, n'en démordant pas, fonce et s'accroche au navire. Il parvient à repousser l'Archère, mais Alaric le projette ensuite dans l'eau.
 
 

                                                             • CHAPITRE 39 •
 
 

Contre toute attente, l'eau embrasait ses poumons.
Gautier, quelque peu étourdi sous la surface, avait distingué une poignée de mots, sans savoir de qui ils émanaient. Parmi eux « non », « laissez-le » et « en avant ». Naturellement, plus inquiété par sa condition que par ces paroles, il n'en tint pas compte et tenta plutôt de remonter à la surface. Alaric ne l'avait pas raté ; sa respiration, déjà compliquée par l'eau glacée, avait également été coupée par le coup ravageur. Ainsi, la remontée se fit difficilement, au prix de gesticulations plus hasardeuses les unes que les autres qui, néanmoins, finirent par payer.
Lorsqu'il sortit enfin la tête de cet enfer aqueux, Gautier prit une gigantesque inspiration, qui lui parut aussi bien une éternité qu'un fragment de seconde, tant ses poumons avaient désiré l'air qu'il humait de nouveau.

À sa droite s'éloignait déjà la flotte du monarque anglais qui, visiblement, n'avait pas jugé nécessaire de le tuer, à l'instar d'Alaric - du reste avait-il sans doute dû s'aligner sur le bon vouloir du roi. Contemplant son cuisant échec, Gautier agita l'eau d'un coup de poing, générant ainsi davantage de vaguelettes assourdissantes autour de lui. Il n'entendait d'ailleurs qu'elles, ainsi que le glissement régulier des coques sur la mer.

La réalité le rattrapa bien vite lorsqu'il mira de l'autre côté, ses oreilles se débouchant au passage. Sur les quais s'agitaient les gardes probablement laissés en garnison, tout comme la foule qui venait d'assister à un spectacle des plus divertissants pour son œil avide d'action. Nombre de gens hurlaient à tue-tête et, bien que ce ne fût pas dans la langue maternelle de Gautier, celui-ci comprit qu'ils ne l'acclamaient nullement. En toute honnêteté, ils semblaient plutôt réclamer sa tête sur une pique. Bien qu'il fût curieux de nature, Gautier préférait ne pas découvrir la vérité à ce sujet.

« Attrapez-le vivant ! »

Cette courte phrase, l'Assassin l'avait bien entendue. Même s'il ne voulait pas vraiment patauger plus longtemps dans l'eau, force était de constater qu'il ne pouvait plus revenir sur la rive, comme si de rien n'était. Il allait devoir trouver un moyen d'échapper aux soldats.
Alors qu'il commençait à nager à l'aveugle, une flèche vint se noyer dans la masse bleue, bientôt suivie d'une autre, puis d'une autre... Heureusement qu'ils le voulaient vivant ; dans le cas contraire, son corps flotterait déjà à la surface dans une magnifique marre de sang. À trop vouloir viser juste pour ne pas le blesser mortellement, ils ne le touchaient même pas. Les ordres du monarque ennemi constituaient son unique chance d'en réchapper, qui l'eût cru ? Sans attendre, il doubla la cadence, agitant ses bras l'un après l'autre, à un rythme bientôt acceptable, et non plus au gré de débattements sans fin. Néanmoins, au fur et à mesure qu'il prenait de la vitesse, ses poumons peinaient à suivre la cadence, encore fragilisés de leur récent traumatisme. L'eau lui semblait également de plus en plus glacée, bien qu'il fût en perpétuel mouvement.

Au loin, et, bien qu'il s'éloignât de celle-ci, Gautier percevait toujours la clameur de la foule, accompagnée de l'agitation des gardes, qui voyaient la situation leur échapper de seconde en seconde. Parés chacun d'une armure encombrante, ils étaient clairement désavantagés par rapport à Gautier, mais combien de temps lui restait-il avant que l'un deux se décidât à s'en délester pour se jeter à la mer ? Mieux valait pour lui qu'il fût hors de portée à ce moment-là. Ainsi se focalisa-t-il sur son objectif : se soustraire à la vue de tous. Une chance pour lui : l'eau ne l'avait jamais dérangé, et l'on pouvait même considérer qu'elle lui était suffisamment familière pour qu'il l'appréciât à sa juste valeur. Se glisser sous la surface de cette dernière lui vint donc naturellement et, bien qu'il lui en coûta la vue pendant de nombreuses minutes - entrecoupées de brèves remontées censées renflouer l'air dans ses poumons - , Gautier ne se perdit pas. Certes, il ne connaissait pas la ville, mais du moins ne s'était-il pas retrouvé au milieu de la mer. Ainsi, s'étant autant rapproché du rivage qu'il s'était éloigné des gardes, Gautier agrippa les pierres froides qui s'offraient à lui, avant de se hisser péniblement afin de retrouver la terre ferme. Désirant atténuer le poids considérable causé par le liquide, l'Assassin, dissimulé par force édifices, essora rapidement sa tunique détrempée, puis se hâta vers la première bâtisse venue, qu'il escalada sans trop de peine malgré sa condition. Visiblement, l'adrénaline renforçait ses capacités, bien que celles-ci fussent diminuées par la fatigue s'ajoutant à de récentes blessures. Nonobstant ce fait, il grimpa donc avec la plus grande discrétion possible, et atteignit bientôt le toit du bâtiment, duquel se découvrit à lui une vue d'ensemble sur Calais.

Les rugissements alarmés des sentinelles avaient laissé place au brouhaha trivial du marché, auquel les habitants étaient bien vite retournés, sans doute davantage préoccupés par la vente de moult poissons que par un fugitif venant d'intenter à la sécurité de leur souverain. Enfin, Gautier n'allait pas s'en plaindre ; après tout, son but n'était-il pas de quitter la cité en toute hâte ?
Maintenant que cet objectif se rappelait à lui... Mais oui, Loup, Alix ! Ces dernières minutes l'avaient tellement préoccupé qu'il en avait presque oublié les deux Assassins. Il devait donc les retrouver, ainsi que sa monture, puis décamper.
Il soupira tout en tordant une nouvelle fois sa cape sombre, encore gorgée d'eau malgré sa précédente tentative, avant de la remettre à sa place et de s'accroupir au bord d'une corniche. Il scruta alors le moindre recoin visible de Calais depuis son perchoir, mais, évidemment, ne trouva pas ce qu'il cherchait. Il fallait toujours que tout fût compliqué.
Mais bon, après tout, il avait choisi cette vie, alors autant persévérer.
Aussi se remit-il à la traque visuelle de ses compagnons, bien que doté d'une vue amoindrie de par ses yeux irrités par l'eau salée. Les fermer avait juste prévenu la chose, sans pour autant la guérir. Néanmoins, après un effort acharné de quelques secondes supplémentaires, le doux son des sabots contre le pavé vint ravir son ouïe. À cela s'ajouta donc la vue de ses deux acolytes, capuches rabattues sur leurs crânes. Tous deux trottaient comme si de rien n'était, Alix tenant Noble par les rênes, qu'elle avait passées au dessus de l'encolure du destrier.

Sans attendre, Gautier siffla d'une façon particulière et sonore, qui lui permit d'être immédiatement reconnu par ses acolytes. Les concernés se dirigèrent du côté opposé de la rue afin de se retrouver au pied de l'édifice, duquel Gautier descendit avec le peu de grâce dont il pouvait encore faire preuve en dépit de l'épuisement.

« Visiblement, personne ne vous recherche, constata le barbu en se hissant sur la selle du pommelé majestueux.
— Ta notoriété dépasse de loin la nôtre, admit Loup d'un air moqueur.
— Ta jalousie ne m'atteint guère.
— En route les deux corniauds, et plus vite que cela ! » ordonna la jeune femme en prenant la tête du cortège.

S'étant relativement éloignés de la place du marché et de son agitation, les Assassins n'eurent aucun mal à passer inaperçus, en plus d'être aidés par les allées quasi désertes qu'ils empruntèrent. De la même manière, ils parvinrent à sortir par une autre porte que celle par laquelle ils étaient arrivés. Apparemment, l'alerte n'avait pas encore été officiellement donnée, car aucun des deux gardes en poste ne broncha. Et puis, à vrai dire, ils n'étaient pas les seuls à passer par ici. Ainsi repartirent-ils aussi calmement qu'ils étaient arrivés, bien qu'ils eussent causé moult troubles dans la cité entre temps.

 
 
                                                                  ***
 
 

« Diantre ! enragea le Mentor dans sa barbe.
— J'ai bien essayé de les arrêter, mais...
— Vous revoir tous les trois entiers est déjà assez exceptionnel, tempéra-t-il. Je ne vais pas trop en demander, mais un petit jour plus tôt...
— Et l'Épée aurait été nôtre, acheva Loup. Mais la question n'est plus là.
— Les Templiers, en plus de nous avoir filé entre les doigts, semblent se renforcer, établit Alix. La présence d'Aliénor à bord, que nous connaissons tous comme l'Archère, m'en est témoin. C'est également malgré moi que je crois pouvoir en dire autant de ma sœur, mais aussi de Mathias. »

Gautier, à qui la remarque était principalement adressée, ne s'en offusqua point. Bien sûr, cette idée ne l'avait guère enchanté - et ce n'était toujours pas le cas - mais, au fil de leurs discussions sur le chemin du retour, l'aîné de la famille s'était rendu à l'évidence. L'admettre portait un coup atroce à son cœur, mais Mathias avait très probablement choisi le mauvais camp.

« Nous ne les avons pas vus à Calais, mais cette possibilité est tout sauf négligeable, confirma Gautier.
— Finalement, mettre à mort les Templiers la dernière fois n'était pas une si mauvaise idée.
— Elle n'en aurait été que meilleure, Mentor, si vous aviez eu la présence d'esprit d'inclure Alaric dans le lot. »

Alexandra ne pipa mot, sans doute conscient de son erreur. En énonçant ce fait, Gautier avait failli mentionner Éliane, mais confesser qu'il désirait sa mort devant sa propre sœur n'était vraiment pas l'idée du siècle. Évidemment qu'il ne voulait pas causer du tort à Alix, mais... ainsi était la guerre. Éliane s'était mise du mauvais côté de la barrière.
Tout comme Mathias.

« Ne revenons pas là-dessus, fit Johan, présent lui aussi.
— Charmante proposition, ne put s'empêcher de répondre Loup avec une once de mépris qu'il ne prit pas la peine de dissimuler.
— Soit. Et maintenant ? »

Gautier avait posé la question à laquelle tout le monde pensait, sans pour autant la formuler à voix haute.

« Maintenant ? On trouve un moyen de subvenir aux besoins de toute la forteresse, tout en avisant. »

C'était plutôt vague, mais, au final, le raisonnement du Mentor se valait. En effet, depuis l'épisode d'Harfleur et ce qui avait suivi, à savoir le sauvetage in extremis des Assassins par « l'armée » de Loup, le château était devenu le refuge d'une cinquantaine de soldats. Certes, quelque cent cinquante hommes étaient déjà partis Dieu ne savait où - sûrement pas à Harfleur, sous tutelle anglaise à présent -, mais une cinquantaine de bouches à nourrir constituait tout de même une donnée non négligeable. Ces hommes d'armes étaient sous la responsabilité directe de Loup, pour qui ils étaient en partie restés. Tous ignoraient combien de temps cette situation durait, mais les Assassins ne pouvaient décemment pas les mettre à la porte : d'une part, sans leur intervention, la forteresse serait très certainement aux mains des Templiers et, d'autre part, chaque soldat était un renfort supplémentaire précieux en cas de pépin, quoi qu'Alaric eût fait voile vers l'Angleterre avec, pour sûr, moult sbires.

Pour l'heure, la réponse d'Alexandre n'avait pas eu l'air de satisfaire toute l'assemblée. Pour cause, Loup et Alix étaient en pleine discussion, alimentée par des chuchotements dont la teneur se voyait couverte par le brouhaha incessant du rez-de-chaussée.
Cinquante hommes en plus, cela créait aussi et surtout davantage de vacarme.

« Je vous vois venir, les interpella Alexandre, avant de poursuivre lorsqu'il eût capté leur attention. Personne n'ira en Angleterre. Compris ? »

Tous acquiescèrent, mais aucun ne sembla cautionner cet ordre.

Message édité le 04 mars 2018 à 16:22:49 par Jadas
Jadas
Jadas
MP
13 mars 2018 à 22:09:56

Visiblement je ne suis pas la seule à avoir un train de retard :hap:

Jadas
Jadas
MP
19 mars 2018 à 21:35:03

https://drive.google.com/open?id=1I_BLnYiyaGrgvebhUHarwusrSCE-3j9-
 

 
Gautier réussit à échapper à la garnison anglaise de Calais, avant de retrouver Alix et Loup. Les trois comparses rentrent alors bredouilles à Yèvre-le-Châtel, où ils s'entretiennent avec un Alexandre sur la réserve, finissant par leur interdire de faire voile vers l'Angleterre.
 
 
 

                                                           • CHAPITRE 40 •
 
 
 

« Je ne suis pas dupe, crut bon d'ajouter Alexandre. Je vois bien à vos mines que vous désapprouvez.
— Assurément ; ce serait l'occasion de suivre nos ennemis à la trace, à moins que...
— À moins que vous nous proposiez une destination plus exotique. (Gautier venait de terminer la phrase de Loup.) L'Égypte, par exemple.
— Comme quoi, tu peux avoir de la suite dans les idées quand tu veux ! le charria Loup qui, de toute manière, en serait venu à la même conclusion. Et puis, je me trouve bien pâle en ce moment, un peu de soleil me ferait du bien.
— Il viendra bientôt frapper à notre porte, le rassura Alix. Enfin, restent une partie de ce mois, puis décembre, janvier, février, mars... (Elle remarqua sa sottise.) Oui, bon, que sont une poignée de mois dans une vie, après tout ?
— Toi, tu ne veux pas voyager...
— Évidemment que si, cher Johan, mais pas en Égypte ! La demoiselle veut retrouver sa sœur. Raisonner, cela t-arrive-t-il ? »

Loup, mû par sa rancœur à l'égard du Scandinave, avait répondu à la place de la concernée sans réfléchir - à l'instar de Johan, visiblement. S'en rendant compte, il se tourna vers la jeune femme, l'air désolé - du moins pour lui -, mais celle-ci ne daigna pas lui lancer le moindre regard. Alix, par ailleurs, mirait uniquement le sol, sans doute perdue dans ses pensées.

Cette histoire nous met incroyablement sous tension, pensa Gautier. Loup n'est pas du genre gaffeur, en temps normal. Comme quoi, personne n'est infaillible.

« Espèce de... »

Coupé par la main d'Alexandre sur son torse, Johan se tut, arrangeant simplement son col atypique tout en arborant un air supérieur.

« La fatigue vous fait divaguer. Allez tous vous reposer, nous reparlerons de tout cela demain. »

Comme personne ne bougeait d'un pouce, le Mentor frappa dans ses mains à deux reprises.

« Du vent ! »

Tous déguerpirent alors, sauf Johan.

Gautier, bien qu'épuisé, ne se fit pas prier pour dévaler les nombreuses marches de la tour, avant de traverser la Grande Salle au pas de course. Une fois hors des murs, il prit une grande inspiration, humant avec joie l'air frais de la nuit déjà presque noire. Dieu qu'il avait besoin de respirer, surtout après avoir failli se noyer quelques jours auparavant.
Peu après lui sortit Alix, qui ne sembla même pas le remarquer, puis Loup, qu'il apostropha.

« Ton comportement, dans le bureau... Je ne te reconnais pas ; où diable sont donc passés ta subtilité et ton tact ?
— Ce n'est rien, affirma le Maître Assassin en étirant péniblement ses lèvres dans un sourire peu convaincant. Juste la fatigue, tu as entendu Alexandre.
— La fatigue n'a jamais altéré ton comportement.
— Nous sommes tous sur les nerfs, admit-il. Tout ira bientôt mieux. Va dormir, l'ami. »

Sur ce, Loup posa une main sur l'épaule de Gautier, avant de disparaître dans l'obscurité. Contrairement à la coutume, les langues se déliaient bien peu en cette nuit d'hiver.
Ralph aurait trouvé la solution. Il aurait sorti de la gnôle d'on ne sait où et, ni une, ni deux, Loup se serait retrouvé à chanter à tue-tête durant des heures.
Mais Ralph n'était plus là.
Et Gautier n'avait jamais de spiritueux sur lui.

Néanmoins, il y avait bien une personne qu'il pouvait faire parler sans avoir à la soûler en amont.
Ainsi, il gagna la pièce culminante de la tour des Novices dans laquelle, contre toute attente, il ne trouva pas la jeune femme. Lui qui aurait juré l'avoir vue s'y rendre...
Loin de s'avouer vaincu, Gautier se rendit de nouveau à l'extérieur. Là, grâce à la faible luminosité accordée par les quelques torches disséminées le long des murs, il distingua une silhouette féminine sur l'un des remparts. Il s'y rendit alors en boitillant.
Alix l'entendit à coup sûr arriver ; néanmoins, son regard demeurait rivé vers l'horizon. Gautier se glissa près d'elle, les deux mains sur la pierre glacée.

« C'est une belle nuit, commença l'Assassine. Les étoiles sont...
— Tu penses à Éliane ? »

Ils ne se regardaient toujours pas, mais Gautier sentit que la simple évocation d'Éliane avait atteint Alix. Elle s'y était certainement attendue et, pourtant, il fallut de longues minutes pour que ses lèvres laissassent passer une confirmation étouffée.

« Même si nous nous rendions en Angleterre, ce ne serait pas pour une visite de courtoisie. (Gautier soupira, puis se tourna vers la jeune femme.) Ils ont choisi leur camp.
— Ce ne doit pas être aussi simple. Il y a forcément... quelque chose d'autre.
— C'est exactement ce qu'il paraît. Ils avaient le choix.
— Ils l'ont toujours ! (Elle s'était enfin orientée vers Gautier.) Nous pourrions les convaincre.
— Les chances sont bien trop faibles. »

Alix, insatisfaite, secoua la tête.

« J'ai fait une promesse. Je ramènerai ma sœ- »

Gautier la saisit par les épaules ; assez fermement pour qu'elle s'arrêtât, mais aussi avec délicatesse pour ne pas déclencher sa fureur.

« Le temps a passé, les choses ont changé. Tes parents ne sont peut-être même plus en vie ! »

La délicatesse du toucher ne suffit pas à contrebalancer le poids des paroles. Alix, l'air dur, se dégagea vivement de son emprise, avant de s'éclipser. Bien joué, gros malin. Aussi fin que Loup.

Finalement, l'eau ardente aurait peut-être aidé.
En fait, elle le pouvait encore.
Avec la quantité quasi astronomique d'Harfleurais dans la forteresse, il y avait sûrement moyen de dénicher une bouteille quelque part. Ainsi, Gautier partit en quête du Saint Graal. Il descendit cahin-caha des remparts de manière conventionnelle - par les escaliers -, puis erra dans la cour un instant. Visiblement, les normands préféraient la chaleur du feu à la douce mais glaciale brise hivernale, bien qu'elle dût leur être familière. Aussi retourna-t-il dans la Grande Salle, dont l'animation assourdissante dépassait la porte. Un tel tintamarre était inédit en ces lieux, et, pour cause : l'heure était rarement à la bringue chez les Assassins.

Ayant déjà repéré une boutanche à moitié remplie sur un coin de table, Gautier s'apprêtait à la subtiliser lorsqu'on l'interpella.

« Dites, z'êtes quoi, au juste ? Une guilde ?
— Comme une guilde de marchands, à la seule différence que nous sommes armés. Exactement. »

Ne voulant pas rester une minute de plus en la compagnie de l'homme à moitié soûl et de ses comparses, Gautier s'empara discrètement du précieux, placé dans son dos.

« Le premier qui dégobille, je lui fais lécher sa merde. Sur ce, bonne soirée messieurs. »

Il s'en alla sans plus de cérémonie.

 
 
                                                                      ***
 
 

« Argh... »

L'esprit embrumé, Gautier venait d'ouvrir à demi les yeux, qui ne supportèrent pas franchement la lumière qui filtrait à travers la petite verrière.

Roulant sur l'un de ses coudes, il s'aperçut qu'il était au sol, allongé sur des peaux.
On lui assena un coup derrière la tête avant qu'il pût regarder autre chose, ce qui le fit bougonner : « Alix !
- Raté, l'ivrogne. »

Après s'être redressé quelque peu, il se retourna vivement, éveillant par là même de fortes douleurs crâniennes.

« Loup ? Qu'est-ce-que...
— Tu ne te souviens de rien, évidemment. (Il pouffa avant de poursuivre, pressé par l'air suspicieux et interrogateur de son interlocuteur.) Ne trouvant pas le sommeil, je suis allé faire un tour dans la cour. C'est là que je t'ai aperçu, titubant en direction des écuries, où tu t'effondras près de ton cheval.
— Jamais je...
— Oh que si. J'ai préféré te ramener ici, évitant ainsi une pénible nuit à Alix, et un terrible lendemain te concernant. Je n'ose même pas imaginer sa fureur.
— Furieuse, elle l'était déjà avant de me fausser compagnie, précisa Gautier en se frottant les yeux.
— C'est donc cela... Enfin, en partie. Du moins, je l'espère ; se noyer dans l'alcool pour une chose si commune serait regrettable.
— Se noyer, voilà un bien grand mot... »

Il se leva, manqua de tomber, se rassit en tailleur.

« ... Ce regard fier et moqueur m'insupporte. Mais tu as raison, bravissimo !
— Florence n'est que le prénom de ma femme, je ne viens pas de là-bas.
— Florence ? N'était-ce pas Francesca ?
— Ah, tu suis ! Cela signifie que nous pouvons y aller. »

La bouche pâteuse de Gautier le convainquit de ne pas demander au Maître Assassin où ils devaient se rendre. Il se releva pour de bon, puis s'étira longuement, avant de boire à grandes gorgées le vin que Loup venait de lui confier. Visiblement, la nuit avait été agitée, car il retrouva sa cape sombre à l'autre bout de la pièce, tout comme la fourrure destinée à couvrir ses épaules. Il se vêtit des précieuses étoffes, qui, soit dit en passant, avaient bien besoin d'être lavées après leur expédition à Calais. Une fois prêt à affronter le froid, il descendit aux baquets, accompagné de Loup, afin que chacun se passât de l'eau sur le visage.
Les deux compagnons allèrent ensuite chaparder un morceau en cuisine, qu'ils avalèrent sur le chemin.
Gautier frappa deux coups secs ; Alix ouvrit sans un mot. Ils étaient attendus.

« J'ai comme une impression de déjà-vu..., fit Gautier.
— Ces petites entrevues deviennent redondantes, je te l'accorde, répondit Loup en entrant à sa suite.
— J'ai décidé d'envoyer un petit groupe en Angleterre », lâcha à brûle-pourpoint le Mentor.

Tous se regardèrent.

« Nous, vous voulez dire ? espéra Gautier.
— Qui d'autre que des experts pour une telle mission ? renchérit Loup.
— D'autres experts, clarifia le Mentor. Tu les connais, Loup. Ce n'est pas leur premier voyage en Angleterre et, croyez-moi, la langue de ce royaume n'a aucun secret pour eux. Ils sont bien plus habilités à coopérer avec le pan anglais de la Confrérie.
— Donc nous partons en Égypte ?
— La France vous sied parfaitement, Gautier. Je ne voudrais pas que la chaleur trouble vos esprits. »

Le ton plaisantin d'Alexandre n'arracha pas le moindre sourire à Gautier, à l'instar de ses compagnons. Johan haussa les épaules, l'air désolé.

« J'ai bien essayé de le convaincre, mais... vous connaissez votre Mentor.
— Tu auras voix au chapitre quand il sera également le tien, siffla Loup, déjà suffisamment contrarié pour la journée.
— Assez ! tonna Alexandre, surprenant tout son auditoire. Assez. »

Alix n'avait toujours pas pipé mot. Gautier la soupçonnait d'être encore incertaine. Préférait-elle voguer vers l'Angleterre pour rester sur la piste d'Éliane tant qu'elle fût encore chaude, ou avait-elle compris que le choix de sa sœur était irrévocable ? Les voies d'Alix étaient impénétrables...
L'ancien bandit, quant à lui, avait bien saisi cela, bien qu'il entretenait, au fond de son cœur, l'espoir que Mathias fût parmi les Templiers au compte du roi de France ou des Armagnacs, par exemple, et non pour le sien propre. Malheureusement, l'idée que son frère fût devenu l'espion d'untel relevait du rêve, il en était conscient.

« Ne voyez-donc vous pas l'état de notre royaume ? poursuivit-il. Il a besoin de vous.
— Les artefacts n'attend-...
— Les artefacts ne nous sauveront pas toujours, Johan. La politique joue aussi un rôle majeur dans ce conflit qui dure depuis déjà bien trop longtemps. Vous êtes au fait de nos alliances, ainsi êtes-vous les seuls capables de mener à bien ce qui est à venir.
— À quoi devons-nous nous attendre ? demanda Alix, sortant de sa torpeur.
— Je n'en ai aucune idée. Allez savoir, les intrigues sont si complexes... »

 
 
                                                                      ***
 
 

« Je gagne encore ! » clama Loup, tout fier.

Gautier jeta ses cartes devant lui, indigné.

« Tu triches encore, oui !
— Tu n'es qu'un mauvais perdant, le jeunot.
— Tu n'as que...
— Je connais mon âge, mais tu prends toujours la mouche, c'est formidable ! Alix, une autre partie ? »

La concernée était ailleurs.

« Aaaaaalix ? » tenta de nouveau Loup, étrangement guilleret. Il interrogea Gautier du regard, mais celui-ci haussa les épaules.

« Cartes, dés, pions... Nous ne sommes que des instruments dont Alexandre use à son gré.
— Non, c'est juste que..., commença Loup, quelque peu désemparé. Bon, certes, cela y ressemble. Mais ne sommes-nous pas tous des pions, Alexandre y compris ? (Face à la mine suspicieuse de la jeune femme, il précisa sa pensée.) Dans cette guerre. Dans cette vie. Dans tout.
— Je ne veux pas dire, mais... nous jouions juste aux cartes, rappela Gautier, que l'idée d'une discussion philosophique n'enchantait guère pour l'heure.
— Et pour quoi ? Pour oublier un instant l'interdit dont on nous a affligés ce matin ?
— Tu ne veux partir que pour une seule raison, qui n'est même pas valable. Du reste, rien ne t'empêche de sortir du château. (Comme elle ne disait rien, il reprit.) Va, grande rebelle, va ! »

Son emportement s'expliquait de deux façons : la première, évidemment, fut qu'il sût que la décision d'Éliane était irréversible, mais la seconde, la seconde...
Gautier ne voulait pas qu'elle le quittât, tout simplement.

« Il n'a juste pas envie que tu partes loin d'ici », tempéra Loup, qui l'avait percé à jour.
Qui ne perçait-il pas à jour, d'ailleurs ? Gautier lui lança un regard qu'il voulait noir, mais, au sourire de Loup, ce dernier avait dû comprendre qu'il lui en était plutôt reconnaissant.

« Et ce n'est pas le seul. (Les cartes du Maître Assassin rencontrèrent doucement le sol.) J'ai toujours été un solitaire, mais je suis forcé d'admettre que notre groupe fonctionne bien. Nous devons rester soudés. »

Le visage de Loup affichait encore un léger sourire. Gautier pouvait sentir l'immense sincérité qui en émanait. Leur rencontre chaotique n'avait en rien prédit cette tournure.

« Quant à ta sœur... Tu la reverras un jour, pour sûr. »

 
 
                                                                      ***
 
 

                                          Quelques mois plus tard, Mars 1416.
 
 

« Force est de constater qu'ils ont vite repoussé, remarqua l'Assassine en passant une main dans les cheveux de Gautier.
— Exact, affirma-t-il en enfilant son deuxième brassard en cuir. Je pense qu'ils se sont aussi assombris.
— Tu as l'œil.
— Nous nous occuperons de ta chevelure plus tard, du Lac, décida Loup, qui venait d'entrer dans la chambre. Quoi donc ? La particule est de mise ; nous sommes à la cour, les amis !
— Et pas n'importe laquelle, précisa Alix en caressant le lit. Le confort y est tout bonnement divin.
— Confort que tu vas devoir quitter. Il est enfin là. »

Enfin, c'était le mot. Voilà maintenant presque cinq jours qu'ils séjournaient à l'Hôtel Saint-Pol et, bien que les conditions de vie y furent des plus appréciables, Gautier commençait à s'y sentir à l'étroit. L'époque où il vagabondait nonchalamment dans les endroits emplis de nobles était bien loin, à présent, et il n'y voyait plus que les rouages vicieux de la politique. Cela dit, Gautier ne pouvait que donner raison à la jeune femme, leur lit était vraiment exceptionnel...

Gautier se leva, puis mira sa tunique flambant neuve. Ou plutôt, le nouveau teint de celle-ci. L'artisan de Johan avait fait du bon travail, c'était incontestable. L'obscurité du brun se mariait parfaitement avec l'éclatant rouge de la ceinture, mêlé lui-même aux différentes pièces d'armure légères.

Un rictus au coin des lèvres, il déclara : « Rien de mieux que l'arrivée d'un roi pour se dégourdir les jambes. »

Message édité le 19 mars 2018 à 21:36:43 par Jadas
Darth_Golgoth
Darth_Golgoth
MP
24 mars 2018 à 20:29:21

Oh putain Jadas, j'avais pas vu que tu avais sortis deux chapitre, dont un pour mon anniv :ouch:
Excuse moi :nonnon:

Darth_Golgoth
Darth_Golgoth
MP
24 mars 2018 à 21:18:51

Encore deux chapitres génial :oui:
Tu nous tease deux combats fratricides, et j'attend de voir la tournure que va prendre cet "arc" :oui:

On a eu le droit à l'Alix chiante, puis à l'Alix hypocrite et pendant quelques instants, l'Alix Emo :rire:

PS : je viens de me rendre compte, mais à mes souvenirs, dans la fic, tu parles des Templiers comme un ordre qui est officiel ? Si c'est le cas et non une impression, l'ordre c'est vu dissout au plus tard en 1310.

Message édité le 24 mars 2018 à 21:21:11 par Darth_Golgoth
Jadas
Jadas
MP
24 mars 2018 à 21:31:31

Ah ça me rassure de voir que tout le monde n'a pas déserté :hap: Joyeux anniversaire en retard du coup ! :fete:

Merci bien. Les évènements à venir promettent pas mal en effet, au moins dans mon esprit. À voir ce que ça va donner à l'écrit... Pour l'Ordre, je connais bien le contexte avec Jacques de Molay et compagnie et, si mes souvenirs sont bons, son côté officieux est mentionné à plusieurs reprises, notamment lors d'une conversation entre Mathias et Gautier, quand les Assassins débarquent à la cour pour la première fois :oui:

Et Alix... C'est Alix, quoi :noel:

Darth_Golgoth
Darth_Golgoth
MP
24 mars 2018 à 22:33:14

C'est pour ce qu'elle est qu'on l'aime notre Alix :oui:

Darth_Golgoth
Darth_Golgoth
MP
30 mars 2018 à 23:03:23

Hayato qui a disparu :rire:

Jadas
Jadas
MP
31 mars 2018 à 01:02:05

Totalement :hap:

Jadas
Jadas
MP
31 mars 2018 à 08:34:27

Pourtant il vit encore sur d'autres fofos :hap:

Darth_Golgoth
Darth_Golgoth
MP
31 mars 2018 à 09:36:41

Ouais j'ai vu sur le fofo Skyrim, il vient de poster une nouvelle nouvelle (:hap:) faut que je la lise mais plus tard :rire:

MonsieurFaucon
MonsieurFaucon
MP
31 mars 2018 à 12:24:31

Alors en effet, ça fait très (trop) longtemps que je passais plus par ici et je m'en excuse :desole:

Du coup, je vais de ce pas rattraper mon retard ! :oui:

Darth_Golgoth
Darth_Golgoth
MP
31 mars 2018 à 13:12:13

Po grave

Jadas
Jadas
MP
31 mars 2018 à 16:36:39

Ah non c'est pas grave, je me disais juste que tu t'étais lassé :noel:

Darth_Golgoth
Darth_Golgoth
MP
12 avril 2018 à 20:57:17

UUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUP

Jadas
Jadas
MP
12 avril 2018 à 21:20:46

Le temps passe toujours aussi vite. Je bosse actuellement sur le chapitre 41, littéralement :hap:

Darth_Golgoth
Darth_Golgoth
MP
18 avril 2018 à 09:30:53

Ok cool :ok:

Darth_Golgoth
Darth_Golgoth
MP
22 avril 2018 à 17:42:43

up

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