Salut,
Ce qui suit vise à présenter des backtests aussi complets que possible sur les ETF à levier, en prenant le cas du Nasdaq 100 depuis 1986. La question est : "peut-on détenir à long-terme un ETF à levier?"
tl;dr:
Sur un horizon de détention de 10 ans :
I) Risques des ETF à levier
Si vous avez cliqué ici, vous savez a priori de quoi on parle, mais au cas où, pour faire vite : un ETF à levier vise à multiplier la performance quotidienne de son sous-jacent, en recourant à l'emprunt.
Beaucoup de gens se contentent de regarder les années 2010 pour juger du fameux LQQ (Nasdaq x2) ou du CL2 (MSCI USA x2), qui sont un échantillon biaisé en faveur du levier, avec une décennie de marchés haussiers et de taux bas.
La première chose, avec tout ETF, est de bien comprendre l'indice sous-jacent. C'est là que se nichent les premières douilles cachées, pas dans les histoires de réplication synthétique.
Le Amundi Nasdaq-100 Daily (2x) Leveraged UCITS ETF Acc est un ETF conforme à la directive OPCVM qui cherche à reproduire la performance de l'indice de référence Nasdaq 100 Leveraged Notional Net Total Return Index. (...) Le coût de l’emprunt est pris en compte dans le calcul de l’indice Nasdaq 100 Leveraged Notional Net Total Return Index.
Et donc ? Eh bien, pour l'exemple, supposons que le levier soit calculé sur un an. Le fonds vaut 100, emprunte 100 au taux LIBOR (actuellement proche des 6%), et investit 200. Supposons que le Nasdaq fasse du sur-place : +0%. Le fonds rembourse 100 plus les intérêts, 6. Il lui reste 94. Soit -6%. Mais comme "le coût de l’emprunt est pris en compte dans le calcul de l’indice Nasdaq 100 Leveraged Notional Net Total Return Index", c'est l'indice qui fait -6% et donc le fonds a exactement suivi son indice. Ces frais sont "cachés" car séparés des frais de gestion, un modique 0,60% annuel. Les coûts d'emprunt sont bien connus des amateurs de turbos, qui voient implacablement monter leur prix d'exercice à toute allure (vous imaginez, avec un levier 12)
le seul gagnant "sûr" est la banque. Et pour un levier 3, l'indice perdrait 12%, etc.
De façon générale, quand les taux sont bas, comme pendant la décennie 2010, les ETF à levier sont deux fois gagnants : parce que les marchés sont généralement haussiers, et que les coûts d'emprunt sont faibles. Mais dès que les taux se retournent, les ETF à levier perdent deux fois, parce que les marchés baissent, et que les coûts d'emprunt peuvent faire très très mal.
À cela s'ajoute le fameux bêta slippage, mais comme tout le monde en parle tout le temps, je n'élaborerai pas trop. Il suffit de savoir que pour rattraper une baisse, il faut une montée encore plus forte, et que le levier amplifie cet effet. Pour rattraper un -20%, il faut un +25%. De son côté, le levier va devoir rattraper un -40%, ce qui nécessite +67%, soit +33% sur le sous-jacent au lieu de 25%. De là suit que le sous-jacent va toujours rattraper sa baisse avant le levier. Et par conséquent, dans un marché qui range en permanence, le sous-jacent peut faire du sur-place mais le levier va tendanciellement baisser.
Enfin, il existe un risque de liquidation : en cas de performance très négative de l'indice, le fonds est intégralement liquidé pour rembourser le prêteur. Il faut pour cela une baisse égale à l'inverse du levier sur un seul jour. Par exemple, le LQQ serait liquidé si le Nasdaq faisait -50%... ce qui est pratiquement impossible : en effet, les bourses américaines s'arrêtent (circuit breaker) pour la journée dès que le S&P 500 tape -20%, et on voit mal dans quelle situation le Nasdaq arriverait à descendre à -50% avant que le S&P 500 fasse -20%. En revanche, pour le QQQ3 (Nasdaq levier 3), le risque d'une liquidation après un -33% relève moins de l'impossible que de l'extrêmement improbable (il faudrait un cygne noir hardcore).
II) Modèle de base
J'ai téléchargé l'historique du Nasdaq-100 sur Yahoo (pas d'accès à Bloomberg ou Reuters, désolé, on fait comme on peut) depuis fin 1985, et le LIBOR depuis 1986 sur le site de la BCE. Donc mes backtests commencent en 1986.
Je n'ai pas trouvé de série quotidienne dividendes réinvestis pour le Nasdaq... Mais qu'à cela ne tienne, en ignorant les dividendes on crée un biais systématiquement dans le même sens, contre les ETF à levier. En effet, tout dividende est un bonus de rendement sans contrepartie négative, donc sera multiplié par le levier et augmentera d'autant sa performance. En ignorant les dividendes, on se place donc dans un "pire scénario" pour les ETF à levier, une borne inférieure de leur performance, puisque la réalité (avec dividendes réinvestis) ne pourra que leur être plus favorable. On évite aussi la prise de tête au niveau de la double-imposition et des éventuelles optimisations mises en place par l'émetteur de l'ETF selon sa résidence fiscale (France, Luxembourg, Irlande...).
La formule qui donne le rendement quotidien, avant application des frais de gestion, est : levier*variation du sous-jacent - (levier - 1)*LIBOR sur un jour
Le facteur (levier-1) s'interprète ainsi : en levier 3 par exemple, vous investissez 3 mais vous ne payez d'intérêts que sur 3-1=2.
Pour les frais de gestion, j'ai pris :
En considérant que ces frais sont étalés quotidiennement, après calcul du rendement net des coûts d'emprunt.
Et comme il s'agit d'un test de détention long-terme, j'ai supposé un horizon de détention de 10 ans. Concrètement, vous posez votre capital, vous le sortez 10 ans plus tard, et payez les éventuels impôts sur les plus-values.
Pour la fiscalité, j'ai utilisé le taux du PEA (17,2%) pour le levier 1 et le levier 2, et celui du CTO (30%) pour le levier 3, conformément à la disponibilité des ETF.
Ensuite, une fois le rendement à 10 ans net d'impôts déterminé, je l'ai corrigé de l'IPC américain, pour exprimer le rendement réel, en dollars constants. Ce qui donne un rendement net d'impôts et d'inflation sur le dollar.
Puis, j'ai déterminé toutes les combinaisons possibles de portefeuilles mixtes entre les trois fonds (levier 1, levier 2, levier 3) avec des pourcentages entiers : soit 100% levier 1, 0% les deux autres; 99% levier 1, 1% levier 2, 0% levier 3, etc. Cela donne 5151 combinaisons uniques ![]()
Et j'ai calculé la performance de chaque combinaison sur chaque période de 10 ans en fréquence mensuelle, la première s'achevant en janvier 1996 et la dernière en octobre 2023, ce qui fait 334 observations pour chacun des 5151 portefeuilles.
Évidemment, les ETF n'existaient pas dans le passé, les frais n'étaient pas les mêmes, etc. Mais la question : maintenant que les ETF existent, si les rendements futurs sont quelque part issus de la distribution des rendements passés, compte tenu des taux, qu'est-ce que cela donnerait ? Et on a mine de rien une période bien remplie, entre le krach de 1987, la bulle internet et son éclatement, la décennie perdue suite à la crise financière, le bull market de rattrapage des années 2010, le COVID...
Quelques résultats préliminaires.
La courbe des rendements à 10 ans (sur les 10 ans écoulés, en fait) annualisés, en %, pour les différents niveaux de levier :
Logiquement, les rendements à 10 ans sont maximaux au sommet de la bulle internet (pour les chanceux entrés en 90 et sortis juste à temps en 2000), puis de l'argent magique. Et minimaux pour les malchanceux entrés juste avant l'éclatement de la bulle internet, et sortis en pleine crise financière. Admirez ce splendide -50% annualisé pour le levier 3 en 2010, ça veut dire que les gens entrés dix ans plus tôt ont vu leur capital divisé par 2 chaque année
Mais globalement, la bulle internet a eu un impact colossal, c'est vraiment elle qui fait les deux extrémités, positives et négatives.
Le diagramme à moustaches
:
Les extrémités de chaque rectangle donnent les quartiles 1 et 3, c'est à dire situés à 25% et 75% de la distribution des rendements. Le trait central indique la médiane : la frontière entre la moitié inférieure et la moitié supérieure des rendements. Et les segments en haut et en bas donnent les déciles. Globalement, et c'est tout à fait logique, la dispersion est beaucoup plus forte avec les leviers. Point intéressant, la médiane est plus élevée pour le levier 2 que le "levier 1" (sans levier), mais plus faible en levier 3 que sans levier.
III) Résultats
Plutôt que de simplement regarder les rendements moyens pour chaque combinaison, il m'a paru plus judicieux de les décomposer par quantile de rendement. Autrement dit, de regarder pour chaque combinaison le premier centile, c'est-à-dire les 1% les plus bas, et de trouver la combinaison qui maximise le premier centile (ce qui revient à trouver la moins pire dans ce cas). Et ainsi de suite. Par exemple, la combinaison dont la médiane est la plus élevée maximise le 50e centile de rendement.
Le graphique qui suit donne, pour chaque centile de rendement (en abscisses) la combinaison de leviers (en ordonnées) qui le maximise :
Comme on pouvait s'y attendre, le fonds sans levier (donc levier 1) fait mieux pour, en gros, les 40 premiers centiles. C'est logique : ces centiles correspondent généralement à des baisses, amplifiées par le levier. Avec peut-être un peu de bêta slippage au milieu, qui laisse les leviers à la traîne quand le sans-levier a mollement performé au total. Ensuite, le levier 2 domine les rendements intermédiaires, et le levier 3 fait exploser le tiers supérieur de rendement.
Voilà qui nous donne une décomposition détaillée du portefeuille optimal selon le centile visé, mais en pratique, on ne vise pas un centile, on vise une plage ![]()
Le prochain graphique donne le portefeuille optimal au fur et à mesure de la distribution cumulative des rendements. La question à laquelle répond ce graphique est : "par prudence, je considère que je réaliserai un rendement parmi les n% plus bas historiques, à quoi dois-je m'attendre ?"
Dit en français, à l'extrême-gauche vous avez le portif qui maximise le premier centile (comme sur le graphique précédent), juste à côté celui qui maximise la moyenne sur les 2 premiers pourcents, puis ensuite la moyenne des 3 premiers pourcents, etc. De sorte qu'à l'extrême-droite, vous avez la combinaison qui maximise le rendement moyen sur l'ensemble des périodes : il s'agit de la combinaison 29% levier 1 + 52% levier 2 + 19% levier 3. C'est celle qu'il faut prendre si vous regardez seulement la moyenne, sans entrer dans le détail de la distribution.
Et là, le graphique est extrêmement intéressant. On observe une très nette domination du levier 1 (donc l'ETF de base) : le portefeuille 100% levier 1 est optimal pour maximiser les rendements sur plus des deux tiers inférieurs de la distribution. En d'autres termes, si vous dîtes : "je suis plutôt prudent, je pense que ma performance sera dans les 70% les plus bas, que dois-je faire ?" La réponse est : 100% levier 1, pas de singeries. Et ce n'est que dans le quart supérieur de rendement que le levier 2 commence à s'imposer.
À ce stade, l'affaire semble entendue : on ne fait pas de levier, les risques et les coûts n'en valent pas la peine, à moins de se croire extrêmement chanceux (fameux biais cognitif). On s'arrête là ?
Non ! ![]()
En effet, si on y réfléchit, la moyenne des rendements sur les premiers 70% est très fortement impactée par les extrêmes négatifs... et ce notamment pour les fonds à levier. En effet, ces derniers se seraient fait totalement rekt par la bulle internet (-99% pour le LQQ, pour le QQQ3 je n'en parle même pas, vous pouvez rajouter des 9 après la virgule), ce qui défonce leur rendement moyen ; et ils ne se rattrapent en moyenne que grâce à l'autre extrémité de la distribution.
Mais en pratique, personne n'investit en misant sur le rendement le plus bas (si vous anticipez une nouvelle bulle internet, vous ne rentrez de toute façon pas sur le Nasdaq), généralement on se positionne plutôt par rapport à la norme... et tenir compte uniquement des extrêmes négatifs, sans inclure les extrêmes positifs, biaise fortement la moyenne.
D'où le prochain graphique, qui donne les portefeuilles optimaux pour les tranches intermédiaires de rendement :
Ici, le premier rectangle à gauche représente le portefeuille optimisant le rendement moyen sur les 50% "du milieu", c'est-à-dire les centiles entre le 25e et le 75e. Il s'agit d'un mono-Levier 2. Et ça reste le cas lorsque l'on élargit jusqu'à inclure les 80% de valeurs intermédiaires, entre les 10% les plus bas et les 10% les plus élevés. Il faut englober les 90% de centiles intermédiaires pour que le levier 1 pointe le bout de son nez. Et, une fois que l'on inclut la totalité de la distribution, dans le rectangle de droite, on retrouve le portefeuille 29% levier 1 + 52% levier 2 + 19% levier 3. Donc, le levier 1 et le levier 3 ne sont réellement justifiés que par les extrémités - positives et négatives - de la distribution des rendements, les 5% les plus extrêmes en fait.
Et ça, c'est puissant comme résultat je trouve. Ça suggère que, si vous considérez comme improbable que l'on soit en pleine bulle internet v2 (extrême négatif), ou à l'aube d'une nouvelle décennie 2010 (extrême positif), eh bien le LQQ vous tend les bras.
IV) Tests de robustesse
À ce stade, on peut éprouver la robustesse des résultats à la modification de certains paramètres.
En premier lieu, le LIBOR est une moyenne des taux auxquels déclarent se prêter les banques à court-terme. Il est donc possible que l'émetteur de l'ETF emprunte à un taux supérieur à la moyenne, soit par hasard (dispersion autour de la moyenne), soit en raison d'une prime de risque - sans que cette dernière soit démesurée, on voit mal pourquoi Amundi payerait plusieurs points au-dessus du LIBOR.
Logiquement, si on augmente le taux d'intérêt, cela réduit l'intérêt du levier, puisque la performance du sous-jacent doit augmenter pour compenser le coût accru du crédit. Et c'est effectivement ce qu'on observe en fixant un spread de 1% au-dessus du LIBOR :

Le levier 1 prend plus de place, et le levier 3 disparaît du portefeuille maximisant le rendement moyen sur l'ensemble de la distribution.
Néanmoins, qualitativement parlant, les faits stylisés tiennent toujours : le levier 1 domine si on optimise le rendement "à partir du bas", et ce grâce à l'extrémité inférieure. Et le levier 2 domine toujours les "tranches" intermédiaires.
Point à retenir : le levier 3 est sensible au coût du crédit.
Ensuite, les dividendes... omis faute de données. Les entreprises du Nasdaq en distribuent peu de toute manière (surtout en ce moment, étant donné le niveau élevé des valorisations). Que se passe-t-il si on ajoute un petit "bonus" de rendement, équivalent à 1% de dividendes nets annuels, dont la distribution est lissée quotidiennement? Comme on l'a vu plus haut, a priori cela favorise le levier.

Et effectivement, par rapport au modèle de base, on constate que les leviers 2 et 3 prennent un peu plus de place. Le levier 1 disparaît presque totalement du portefeuille optimal sur les 90% centraux.
Et si on combine les deux ? Spread par rapport au LIBOR et dividende ?
Bah les deux effets se compensent plus ou moins ![]()

Bref, l'histoire dans l'ensemble ne change pas, si vous vous dîtes que vous n'investissez pas en fonction des cygnes noirs et des grands crus exceptionnels, mais du centre de la distribution, le levier 2 fonctionne bien.
V) Extensions : amortisseurs contra-cycliques
Malgré tout, on ne peut pas totalement ignorer la queue de distribution négative. On a aussi vu que l'absence de levier était préférable quand les rendements étaient mauvais, en évitant les résultats abyssalement négatifs des leviers dans ces conditions. Logique, mais...peut-on vraiment se sentir protégé quand on perd un seul bras plutôt que deux (voire une jambe en prime en levier 3)? Le LQQ aurait peut-être mis 21 ans à se remettre de la bulle internet, mais le Nasdaq de base en a mis 15, c'est déjà pas mal
et personne ne se dit "rester en MV 21 ans c'est trop mais 15 ans c'est ez".
Donc, la prochaine étape, c'est d'incorporer aux backtests quelque chose de contra-cyclique, qui fasse office d'amortisseur quand le Nasdaq est sous assistance respiratoire.
A) Amortisseur : taux sans risque
La première option est d'investir au taux sans risque, à savoir celui des bons du trésor américain à 3 mois. On considère que vous détenez un portefeuille de bons à 3 mois jusqu'à maturité, pour éviter toute perte en capital sur le marché secondaire, et vous récupérez les intérêts à maturité (les bons à 3 mois ne payent pas de coupons, les intérêts sont versés au moment du remboursement du capital). Le portefeuille est renouvelé par tiers chaque mois : en t, l'Oncle Sam vous rembourse le tiers prêté en t-3 avec intérêts. Votre rendement en t est donc égal au tiers du taux trimestriel en t-3.
En pratique, en tant que particuliers, vous investirez dans un fonds qui fera tout ça à votre place. Par exemple, quelque chose comme :
https://www.amundietf.fr/fr/particuliers/produits/fixed-income/amundi-us-treasury-bond-01y-ucits-etf-acc/lu2182388665
Qui prélève 0,05% de frais de gestion, intégrés à la simulation.
Pour la fiscalité, les intérêts versés aux non-résidents ne sont à ma connaissance pas imposés aux Etats-Unis, à la différence des dividendes. Donc les intérêts sont capitalisés sans frictions par le fonds dans son paradis fiscal luxembourgeois ou irlandais, mais vous payez l'impôt sur les PV à l'Etat français, au taux du CTO, au moment de la sortie.
Et ensuite on fait comme avant, on génère toutes les combinaisons de portefeuilles avec des pourcentages entiers, ce qui en fait désormais 176 851 ![]()
Résultats :

Il apparaît que les bons à 3 mois (en rouge sur les graphiques) permettent effectivement d'éponger les dégâts à l'extrémité gauche de la distribution (premier graphique), mais deviennent inutiles dès que vous maximisez le rendement sur une tranche plus grande que le tiers inférieur (deuxième graphique). De plus, ils n'apparaissent jamais dans une logique de maximisation des tranches centrales, mais ça, on s'en doutait.
Au fond, ces résultats ne font que traduire la piètre performance à long-terme du monétaire (bon à 3 mois = équivalent trésorerie). Le taux à 3 mois couvre à peine l'inflation, et parfois (souvent) pas du tout. Et en plus, vous êtes fiscalisés ensuite. Imaginez : vous placez 100, vous sortez avec 110 et pendant ce temps, l'indice des prix a pris 10%. Vous ne vous êtes pas enrichis en termes réel, vous avez juste préservé votre pouvoir d'achat. Mais pour le fisc, vous avez fait une plus-value
donc vous êtes imposés, et à la fin vous vous appauvrissez presque à coup sûr.
B) Amortisseur : or
Une autre option naturelle lorsqu'il s'agit de conserver de la valeur est de détenir de l'or. Ici, j'ai simplement repris les cours historiques de l'or, corrigés des frais d'un ETC Or en dollar : https://www.amundietf.fr/fr/professionnels/produits/commodities/amundi-physical-gold-etc-c/fr0013416716
L'or-papier est l'option la plus simple pour une simulation. Avec de l'or physique, il faudrait déterminer les coûts de stockage et d'assurance... c'est plus simple d'appliquer les frais d'un fonds.
Et évidemment, vous payez l'impôt au taux du CTO à la sortie.
Verdict :

Là encore, l'utilité de l'or est maximale dans les centiles les plus faibles de rendement du Nasdaq. Toutefois, dans le second graphique, on constate que l'or, contrairement au monétaire (le sans-risque) est présent dans tous les portefeuilles optimaux quand on remonte la distribution cumulative, alors même que le levier 1 disparaît. De même, quand on regarde les portefeuilles optimaux "au centre", on retrouve à peu près les mêmes résultats que dans le modèle de base (100% levier 2 optimal jusqu'aux 80% "centraux") *mais* l'or remplace le levier 1 quand on incorpore les extrêmes.
Logique : à défaut de vous rendre riche, l'or vous laisse votre bras là où l'ETF vous l'aurait tranché. Donc si vous voulez vous couvrir contre les cygnes noirs, or > ETF sans levier.
Au fond, je ne suis pas du tout un partisan de l'investissement en or, j'ai fait cette simulation parce que l'or est souvent considéré comme la valeur-refuge par excellence. Cela dit, n'importe quel actif décorrélé du Nasdaq ferait probablement l'affaire, avec les mêmes résultats que l'or : par exemple des actions qui suivent un cycle différent et gagnent de l'argent quand les valeurs de croissance se font massacrer (si vous avez chopé Total sous les 40€, gardez vos titres, ils sont précieux
), des tanks (Air Liquide), des indices sur une cyclicité propre (les émergents ne sont pas trop mon truc, mais pourquoi pas), voire des actifs plus exotiques (art, vins)... bref, tout ce qui résiste quand le Nasdaq dévisse fort.
Pour finir cette section, je vous donne l'historique et la distribution des rendements au taux sans risque, et de l'or, nets d'inflation et d'impôts :

Où l'on voit clairement que l'investissement monétaire (sans risque) appauvrit lentement mais sûrement, et que l'or est globalement contra-cyclique, avec des rendements opposés au Nasdaq et à ses leviers. Sur les diagrammes à moustaches, on observe un rendement médian presque exactement nul pour l'or, et légèrement négatif pour le sans risque. La légère variance du rendement réel au taux sans risque (paradoxe) est due à l'inflation.
Conclusion : "oui mais moi je DCA !"
Et là vous me direz : "ok mais tes tests sur 10 ça concerne personne en vrai, ici tout le monde DCA". C'est vrai, mais... les résultats d'un DCA peuvent être aisément déduits de tout ce qui précède. Le principe d'un DCA, c'est de lisser les coûts d'entrée. Vous minimisez la probabilité et donc l'impact des événements extrêmes, dans les deux sens : vos investissements rekt par la bulle internet sont dilués, de même que le jackpot d'une entrée en 1989 ou en 2010. Avec un DCA, la distribution des rendements se tasse vers le milieu, les queues de distribution s'aplatissent. Or on a vu, et c'est l'un des principaux résultats, que le levier 2 est parfaitement adapté si vous regardez uniquement le centre de la distribution des rendements, en oubliant les extrêmes (qui justifient d'un côté le levier 3, de l'autre l'absence de levier ou plutôt un amortisseur comme l'or). Par suite, le DCA augmente la probabilité de tomber dans les zones optimisées par le levier 2 ![]()
Sources
Je crois aux vertus de la science et du code ouverts
et j'ai un intérêt matériel à éprouver au maximum mes recherches, étant donné qu'elles impactent ma propre gestion. Donc, pour les déters et les curieux, voilà mon code R
Vous avez tout, y compris les liens de téléchargement des données. Si vous trouvez une merdouille, n'hésitez pas ![]()
https://pastebin.com/vDkCaaL5
Ultra complet + epingle
![]()
Merci beaucoup pour ce topic très instructif.
Modo épingle
+ je change mon vote pour le khey de l'année : Magean

Merci à toi
Merci pour le pavé
prions le messi 
Cette redpill sur les coûts d'emprunt ![]()
Mais excellentissime pavé encore, bravo ![]()
Flemme de lire, en gros c bien ou c mal ?
Le 09 décembre 2023 à 18:22:46 :
Flemme de lire, en gros c bien ou c mal ?
Y un tl;dr en gras tout en haut ![]()
J'ai tout lu, super instructif merci. Je savais pas pour le Libor ![]()
En cas de bulle internet BIS ou de Subprime BIS en dehors du fait de miser sur des secteurs contra cycliques pour limiter la perte comme tu l'expliques, il est donc préférable de garder ses positions sur le NSDQ levier si on en a ou d'accepter la perte et de revendre ?
Excellent khey
Ce topax de qualité ![]()
Team malchance donc je vais réfléchir à balancer un peu d'or sur le portif 100% nasdaq 1X (que je considère déjà comme une allocation agressive) 
Le 09 décembre 2023 à 18:19:13 :
Cette redpill sur les coûts d'empruntMais excellentissime pavé encore, bravo
Ouais, chaque part de LQQ aux cours et taux actuels génère 12 centimes par jour d'intérêts pour la banque qui finance le levier. Soit 43 euros par an, mine de rien ![]()
Le 09 décembre 2023 à 18:46:36 :
J'ai tout lu, super instructif merci. Je savais pas pour le Libor
En cas de bulle internet BIS ou de Subprime BIS en dehors du fait de miser sur des secteurs contra cycliques pour limiter la perte comme tu l'expliques, il est donc préférable de garder ses positions sur le NSDQ levier si on en a ou d'accepter la perte et de revendre ?
Ah, bah là, c'est tout le problème du timing. Passé un certain point ça sert plus à rien de vendre, autant garder quand on est à -99%
sachant que contrairement à Orpea, le sous-jacent n'est pas définitivement détruit.
Après, en pratique, faut pas être trop cupide, si tu vois que les marchés baissent, tu peux te fixer une règle du type "je commence à sortir par tranches dès que ça atteint -x%, puis -y%" etc. Comme un DCA à l'envers.
Je vais DCA plus sereinement désormais
, merci Magean pour le travail, la pédagogie et les sources ![]()