Je ne comprends pas le masochisme de certains qui se polluent l'existence avec des IA inutiles qui vont terriblement ralentir la progression, voire la bloquer, et quand ils s'en sont enfin débarrassés ils se retrouvent au même point que sans IA.
Une victoire à la manière de Pyrrhus.
La meilleure façon de gagner une guerre, c'est de ne pas la faire.
Salut et fraternité*
Je me rappelle avoir merdé un bon bout de temps dans l'arête N de l'aiguille de Blaitière au lieu-dit "fausses vires Fontaine". Un petit mur très compact, sans une moindre fissure ni un moindre gratton (prise de bout de doigts), me bloquait le passage. Tentative à gauche, essai à droite, le petit mur menait par 2 à 0.
J'ai essayé d'empiler quelques gros blocs traînant par là, j'ai grimpé dessus, c'était très instable et la place était chichement mesurée, rien à faire.
Le petit mur menait par 3 à 0.
Je me suis alors dit que cette voie avait été ouverte au début du 20e siècle et qu'à cette époque les alpinistes se faisaient souvent la courte-échelle. J'ai fait monter mon compagnon de cordée, très léger, sur mes épaules, c'était très dangereux parce qu'une chute aurait été mortelle, rien à faire.
Le petit mur menait par 4 à 0.
J'ai alors pensé à Walter Bonatti quand il ouvrit en solo le pilier SW des Drus. Dans une situation sans issue, ne pouvant ni monter ni descendre, ni traverser d'un côté ou de l'autre, il avait attaché à une corde un paquet de "quincaillerie" et avait lancé cela vers le haut, au 3ème essai cela s'était coincé, alors il avait fait sa prière et il avait grimpé sur la corde...
C'est par là que j'aurais dû commencer.
Mon lancer de corde fonctionna au 2ème essai, quelques mouvements de gymnastique et le petit mur était enlevé. J'avais perdu une bonne heure et pris des risques inutiles.
Tita Piaz fit un truc comme ça lors de la 1ère ascension de la Guglia De Amicis, dans les Dolomites. C'était le meilleur grimpeur de son époque et il avait essayé par tous les côtés, accumulant les buts (les échecs). Alors il monta sur le plateau en face de l'aiguille pour examiner les lieux... et il eut une idée de génie : il lesta une corde et la lança vers le sommet de la Guglia, elle s'accrocha, il la fixa solidement et il traversa le canyon sur la corde, priant comme un damné.
Il venait d'inventer la tyrolienne (la région s'appelle Tyrol) et il fixa une broche solide au sommet, puis il traversa dans l'autre sens, rappela sa corde et écrivit à Henri De Amicis, président du Club Alpin, pour lui dire qu'il avait réussi l'ascension et l'inviter à venir réaliser la Première (à l'époque, les premières ascensions en solo n'étaient pas comptabilisées faute de témoin) et lui verser la prime promise.
Je suis allée sur place et franchement je tire mon chapeau à Piaz. Il fallait un sacré culot pour tenter une manoeuvre aussi risquée.
Quant à la fissure Piaz, à la Torre Delago !... c'est le passage le plus dangereux et le plus invraisemblable qu'il m'ait été donné de franchir. Normalement j'aurais mis un but, comme tout le monde, mais je savais que Piaz était passé, sous la menace du revolver de son client allemand, avec les chaussures de l'époque. Cela ne fait qu'une vingtaine de mètres mais c'est long, 20 mètres, sur une paroi verticale, quand il est impossible de s'assurer et qu'il n'y a aucune autre prise que de minuscules encoches faites d'un coup de semelle, et Piaz n'avait pas eu cette ressource.
Chapeau Monsieur Piaz !
Quand ma compagne de cordée se trouva au pied de la fissure, elle ne comprit pas comment j'avais fait pour passer. Je lui répondis : "c'est simple, il suffit de savoir grimper" en ajoutant immédiatement comment j'avais fait. Elle trouva le passage très désagréable mais finalement pas si difficile que ça... en étant bien assurée par la corde.
C'est ça les "victoires à la Pyrrus", victoires en peau de lapin dans des situations où on aurait été bien avisé de ne pas se lancer.