L’honneur guerrier se mesurait d’abord par le courage personnel d’un chevalier et ses prouesses au combat, ensuite par sa loyauté et son dévouement envers son roi ou son seigneur.[41]
Ce sont deux dimensions primordiales pour comprendre la représentation que les croisés se feront des Grecs. D’abord, le courage était impératif pour l’honneur d’un chevalier, autant que la pureté sexuelle était une des conditions premières de l’honneur de la femme.[42]
Les commentaires unanimes des chroniqueurs concernant la fuite d’Étienne de Blois devant Antioche en 1098 expriment très bien la très grande importance que les chevaliers attribuaient au courage. Étienne, en effet, s’était condamné à une disgrâce éternelle en abandonnant les autres croisés.[43] Ainsi, sans courage, le chevalier perdait son honneur, sa fierté, voire même sa virilité.[44]
La fuite au combat et le manque de fermeté devant l’ennemi étaient parmi les actes les plus déplorables pour un chevalier, puisqu’ils lui retiraient non seulement son honneur et sa raison d’être, mais le rabaissaient même au rang d’une femme. Le manque de courage attribué aux Grecs pendant les croisades, nous le verrons, fut un facteur important dans l’image des Grecs chez les croisés.
La honte et le déshonneur étaient donc grandement associés à la couardise et à la trahison, deux choses dont les croisés accusaient les Byzantins. Puisqu’il était sans courage et sans parole, les Grecs étaient perçus dans un contexte féodal comme des êtres sans honneur.
L’honneur était à ce point important pour le chevalier que de le perdre, que ce soit par ses propres actions ou par celles d’un autre, constituait l’un des pires maux sociaux qui pouvait l’affliger.
En effet, l’honneur était déterminé sur une base personnelle, c’est-à-dire sur une satisfaction individuelle de son mérite, mais il était mesuré également par la société elle-même, qui agissait comme un tribunal de moralité. Le déshonneur du chevalier résidait donc davantage dans l’opinion publique que personnelle, ce qui pouvait engendrer des sanctions sociales parfois sérieuses.[48]