La parution simultanée d’une biographie dessinée et du premier volume d’une intégrale de son œuvre rappellent en quoi Gotlib demeure une figure indépassable du neuvième art.
Bientôt dix ans que Marcel Gotlib nous a quittés. Bien qu'il ait cessé de dessiner dès le milieu des années quatre-vingt, cette absence pèse d'un poids considérable. Deux ouvrages qui paraissent ces jours-ci offrent l'occasion de mesurer l'ampleur de son héritage: le premier tome d'une intégrale de son œuvre consacré à l'année 1967, et une biographie en bande dessinée signée Julien Solé et Arnaud Le Gouëfflec.
Un artiste révolutionnaire
Né en 1934, Marcel Gottlieb (dit Gotlib) a doublement révolutionné la bande dessinée. D’abord en contribuant à faire grandir son médium en même temps que ses lecteurs: en progressant de l'enfantine «Rubrique-à-Brac» à des séries bien plus dévergondées («Rha Lovely» et «Rha Gnagna»), il a démontré que la bande dessinée pouvait s'adresser à un public exclusivement adulte, se permettant de franchir toutes les frontières du bon goût «classique», jusqu’à s'autoriser le blasphème et la pornographie.
L'artiste a également bouleversé l’histoire de la presse BD avec la création de L'Écho des Savanes puis de Fluide Glacial: deux revues qui, après les événements de mai 1968, accompagnèrent les révolutions sociétales de l’époque et autorisèrent de nouvelles expérimentations graphiques impossibles auparavant.
Ces accomplissements ne doivent pas occulter l'essentiel: Gotlib fut un génie du dessin que l'on peut sans exagération hisser au niveau de Tex Avery et Moebius. Un virtuose qui travaillait quasiment sans crayonné ni dessin préparatoire, et n’a jamais cessé de multiplier les trouvailles et les innovations.
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