Alors, Ralph Azham
Genre : Fantaisie moins héroïque
Scénario et dessin : Lewis Trondheim
Couleur : Brigitte Findakly
Éditeur : Dupuis
Statut : En cours, 10 tomes, le premier paru en mars 2011 (oui, il était temps de faire un topic...). La série est pré-publiée dans le Spirou magazine.
Est-ce que j'ai besoin de vous présenter Lewis Trondheim? Probablement pas, étant donné le statut quasi incontournable du bonhomme qui a son actif plusieurs dizaines de séries, dont Donjon, qu'il scénarisait avec Joann Sfar (je vous ne le présente pas, lui non plus...).
En 2011, alors que la saga humoristico-fantastique Donjon n'était pas complètement bouclée, Trondheim s'est lancé en solo dans une nouvelle série d'heroic-fantasy, cette fois-ci plus sérieuse et centrée autour d'un seul héros : Ralph Azham.
Synospis : Sur le continent principal, chaque conjonction lunaire est attendue de pied ferme par les villageois comme les notables. Tous les 12 ans environ, les deux lunes s'alignent, et quelques individus se voient dotés d'un pouvoir aléatoire. Jusque dans les villages les plus reculés, on espère qu'un de ces élus, reconnaissables par la teinte bleuie de leurs cheveux, soit désigné par l'oracle comme celui qui sera à même de vaincre les armées de Von Syrus, le dirigeant de l'île voisine qui terrorise le continent.
Ralph est un bleui, et est pourtant devenu la honte de son village. Outre son pouvoir bien étrange, détecter le nombre d'enfants qu'un individu a, Ralph ne semble pas avoir attiré l'attention de l'Envoyé.
Traité comme un paria, Ralph va enfin avoir l'occasion de fuir sa vie miséreuse lorsque son père disparaît dans une attaque de soldats sur le village.
Dépourvu désormais de toute attache à son village d'origine et disposant désormais d'un nouveau pouvoir, Ralph va tenter de rejoindre les autres bleuis à Astolia et rencontrer l'oracle. Malin et très pragmatique, le jeune canard ne se doute pas qu'il est sur le point de mettre à l'épreuve tout l'ordre social établi autour du roi et du culte des quatre dieux.
Avis : Alors, j'ai dû m'appliquer pour ne pas trop spoiler, et il est pourtant tellement tentant de vous en dire davantage, tant le scénario de Ralph Azham est imprévisible et bien rodé. D'apparence peu développé, l'univers accroche en réalité non pas par sa complexité mais par le fait que chaque étape du voyage de Ralph lève un peu plus le voile sur un jeu de miroir où la magie se confond souvent avec l'artifice et le complot.
La plus grande force de la série est selon son personnage principal, à la fois décalé, drôle, désabusé, et pourtant aux prises avec un monde redoutable dans lequel il tente de trouver un équilibre. Ralph a connu une enfance amère, et est pourtant persuadé qu'autour de lui, le monde pourrait être moins moche. Il est amené à faire des choix éthiques délicats, à menacer et à tuer là où ses convictions l'ont toujours poussé à choisir une alternative. Seulement, Ralph est conscient qu'il évolue dans un monde cruel, où seuls les méchants arrivent à tirer leur épingle du jeu.
Ce qui fait de Ralph un héros aussi atypique est donc ce recul parfois cynique mais toujours animé d'un fond d'espoir : lui et ses amis ont compris qu'à défaut de faire le bien, il devraient s'efforcer de faire le moins de mal possible.
Au niveau du dessin, si cela fait bien évidement d'abord penser à Donjon, les couleurs plus froides et le travail de reconstitution plus réaliste des décors médiévaux font vite oublier la fausse naïveté du graphisme.
Bref, pour son héros original et son ton très mature, Ralph Azham mérite votre attention, et j'espère que vous apprécierez autant que moi cette série 