Beaucoup aimé.
Un Lino Brocka plus romantique qu’à l’accoutumée qui, tout en poursuivant sa traversée quasi-documentaire du Manille populaire d’alors (on aime), s’ouvre ici à une sensualité décomplexée (on adore) et une mélancolie intense (itou).
Une énième plongée dans la tourbe philippine qui se fait de nouveau par l’angle de la prostitution, sujet déjà abordé sommairement dans Manille (volets masculin et féminin) en 75 puis au cœur de son White Slavery dix ans plus tard (consacré à son seul volet féminin ce coup-ci). Il en fait de nouveau ici son sujet central, en abordant derechef les deux volets masculin et féminin. Et c’est bien le premier qui est la principale attraction de ce nouvel opus et qui lui donne tout son charme (!) car, si le père Lino nous y dépeint une fois encore un personnage de jeune provinciale réduite en esclavage sexuel à la capitale (et qu’il va s’agir une fois encore de sauver des griffes de ses maquereaux), il nous introduit surtout avec son personnage masculin au macho dancing - qui donne au film son titre… et ses plus belles scènes.
Et si la prostitution féminine y est glauque, la masculine beaucoup moins (et déjà dans Manille) : les intéressés y viennent par eux-mêmes, quoique par nécessité financière, puis s’exécutent sans rechigner à la tâche ensuite, tout en se serrant les cou… des en coulisses. Les rares scènes de passe se font dans un apparent respect mutuel, et surtout laissent la place à ce qui est le principal spectacle de cet opus brockien : ses scènes de show, justement. La séquence du nightclub de son Bayan Ko teasait déjà son potentiel en la matière, et effectivement, le Lino s’y épanouit avec gourmandise ici : si vous vous demandiez comme moi pourquoi ce Macho Dancer dure trente minutes de plus que ses autres films, la réponse est là : trente minutes compilées de show (essentiellement du macho dancing donc, mais je ne suis pas un expert en la matière et ne saurai pas dire si les scènes d’astiquage collectif sur scène en relèvent aussi).
Et (en toute hétérosexualité) c’est assez sublime, d’une sensualité folle, assez gaie (et franchement gay donc) et en même temps très mélancolique, avec cette superbe zic très 80s aux synthé et saxo. Ces séquences de quelques minutes chacune ponctuent régulièrement la première moitié du film, puis se font plus rare ensuite (la romance avec Bambi et l’intrigue sur la frangine captive prenant l’ascendant), mais l’irriguent globalement jusqu’à son terme (l’avant-dernière scène), et font franchement tout le sel de ce Brocka. Crues mais pas glauques pour un sou (et en aucun cas sordides comme pouvait l’être White Slavery), on sent que Brocka s’est fait plaisir derrière la caméra, mais il arrive à le partager (en tout bien tout honneur) et ça c’est beau.
Des séquences qui contribuent grandement au souffle romantique et mélancolique du film.
Et bien qu'elle ait sa dose de drame elle aussi (un décès au compteur - je ne dis pas lequel), comme de regrets (concernant…), la conclusion de ce Macho Dancer est nettement la plus optimiste et apaisée de tous les Brocka que j’ai vus, et sans aller jusqu’à parler de happy end (ce serait obscène), presque porteuse d'espoir.
Bref, une bien belle note pour conclure cette rétro brockienne !