Bayan ko : Kapit sa patalim ![]()
Un film de : Lino Brocka
Avec : Phillip Salvador, Gina Alajar, Claudia Zobel
Sortie en France : le 06 novembre 1985
Nationalité : Philippines
Genres : Drame, Thriller
Durée : 1h49
Synopsis :
La femme de Tuning, ouvrier-imprimeur philippin, est enceinte et ils sont endettés. Dans cette situation, Tuning signe un engagement à ne participer à aucun mouvement social. Lorsque la grève éclate dans son entreprise, il ne s'engage pas aux côtés de ses compagnons. Aussi, le couple se retrouve seul et sans aide…
Bande-annonce : https://www.youtube.com/watch?v=dB2pPiIzkdM
Le saviez-tu : Bayan ko (littéralement : Mon pays) est le nom d'un célèbre chant patriotique philippin.
C'était sympa.
À l'instar de ses prédécesseurs les plus fameux, le film adopte l'approche quasi-documentaire chère à son réal, et se fait ainsi une énième description de la société philippine d'alors par le truchement du drame intime et familial (avec ses soucis inédits ici - histoire de ne pas trop bégayer : difficulté à avoir un bébé et reniement du beau-père) ; peinture sociale de nouveau couplée au thriller/action comme pouvait l'être deux ans plus tôt son Cain & Abel (mais d'une façon que j'ai trouvée beaucoup plus fluide et mieux dosée ici), mais aussi beaucoup plus frontalement engagée et démonstrative que ne l'étaient Manille, Insiang ou Bona en leur temps :
La charge politique y était déjà évidente dans ces derniers (qui nous montraient sans fard les conditions de vie indignes de tout un prolétariat laborieux), mais le père Brocka met franchement les pieds dans le plat ici, en plaçant son couple (à l'écran) de protagonistes et son intrigue dans une imprimerie manilène dont les péripéties syndicales vont se télescoper avec les emmerdes persos du mari jusqu'au point de non-retour. L'occasion ici pour Brocka d'épingler en prime explicitement le patronat, montré comme retors (le chantage à la signature), hypocrite (le discours de suçage de boules corpo suivi d’une réception… dont sont privés les ouvriers) et même violent (le recours à une milice pour goumer les grévistes) ; mais aussi la police (corr... complice), l’administration (avec cet hôpital privé et son cercle vicieux quant au droit de sortie payant) ou encore les médias (dans son dernier acte).
Autant d’institutions en face desquelles la précarité nue des prolos (dont notre couple phare est un digne représentant), sans droit au chômage ni protection sociale, contraints pour joindre les deux bouts de courber l'échine devant leur patron, céder à leur chantage, enchaîner les heures supp… avant de rentrer le soir dans leur clapier dégueulasse manger la même tambouille que la veille et que le lendemain.
(toute ressemblance avec un pays existant en big 2k26... fortuite... je condamne... etc etc)
Bref, un Brocka sans pincette sur le fond qui, comme je l'évoquais plus haut, amalgame ici son drame social à un thriller spé fusillades, comme il l'avait déjà tenté sur son Cain & Abel, mais avec ici plus de bonheur selon moi, l'enchevêtrement d'évènements y étant plus plausible et la bascule fatidique moins brutale - ladite bascule étant très vite évidente, parce que le film place très tôt ses pions. Et j'ai à ce niveau-là songé à plusieurs reprises devant ce Bayan ko à L'impasse de De Palma (chef d’œuvre s'il en est, lâcher immédiatement mon présent torchon pour aller le mater si pas déjà vu), pour son héros pris dans un engrenage infernal le poussant au crime, mais aussi pour ses quelques éclairs gangsters (les séquences en club de strip-tease en tête). Comme pour Carlito, on sait et on sent que ce Turing (Phillip Salvador, qui se bonifie avec le temps) ne veut pas plonger et rester dans la légalité, mais chaque péripétie le rapproche du point de non-retour… Il est baisé, on le sait comme spectateur bien avant que lui ne le découvre, et on assiste impuissant à sa fuite en avant vers le destin criminel (funeste) que les dieux semblent lui avoir réservé. (A noter quand même qu’il est un peu con et marque le gros CSC de son parcours en cognant sa femme enceinte. Une cascade à ne pas reproduire chez vous !)
Acculé face aux dettes, pris à la gorge par la vie (qui est une chienne, faut l’savoir), tiraillé par des conflits moraux et de loyauté (entre ses collègues cols bleus et son patron, entre son pote d’enfance devenu voyou et sa femme à l’honnêteté chevillée au corps), le piège se referme impitoyablement sur lui : son acharnement à rester intègre ne le sauvera pas, la spirale est telle qu’il ne sortira de la précarité que par le crime.
Bref, un merdier tragique, qui s’inscrit dans la droite lignée de ses aînés Manille/Insiang/Bona dans son approche formelle et son propos social engagé - procédure brockienne habituelle -, mais dans une version frontalement plus militante et révoltée, qui n’a pas été sans me faire penser à du Cayatte dernière époque (notamment sa scène finale, que n'aurait pas reniée le bonhomme).
Bien aimé donc, même si je confesse une légère préférence pour la simplicité et le dénuement de ses premiers titres (arrivés jusqu’à nous).
Et plus sérieusement sinon : le Shitboy, on en talke... ? 
Pour ceux qui veulent des sous titres francais.
https://subdl.com/an/subtitle/sd1616943/this-is-my-country/french
Ahi la scene à l'Hopital.
Le Laissez-Passez A38 ! 
Sinon :
(En plus on a enfin des boobs).
Enfin un film de Brobro que je peux dire maitrisé.
Tout le dernier tiers est trippant, déso lino j'ai dis pour Cain et Abel que t'etais nul pour l'action.
Tu l'etais mais tu ne l'es plus. 
On regrettera l'absence du goat : 
Le 03 août 2026 à 22:50:40 :
Et plus sérieusement sinon : le Shitboy, on en talke... ?![]()
Quand il prononce enfin sa phrase fetiche, accroupi sur le sol de la cuisine putain. ![]()
It's Shittoy' Time ! 
J'ai cru qu'à un moment quelqu'un allait glisser dessus d'ailleurs, pour suivre le fameux [OBJET BANAL] de Tchekov et crever en se cogant la tête.
J'ai ete décu. 
Tout le dernier tiers est trippant, déso lino j'ai dis pour Cain et Abel que t'etais nul pour l'action.
Tu l'etais mais tu ne l'es plus.
Je sais pas si formellement y'a une nette amélioration en fait (c'est fonctionnel, ni plus ni moins), je dirais surtout qu'elle surgit ici de façon beaucoup plus fluide et compacte/efficace que dans C&A, et porte avec elle une tension dramatique bien plus forte (là où dans C&A, toute la seconde moitié du film enchaînait les fusillades entre PNJ dont on se foutait, y'avait juste Cain dans un camp et Abel dans l'autre dont le sort nous importait). Dans ce final, chaque perso en jeu existe et compte : Turing, son poto, Shitboy, la femme du patron et (par essence plus qu'autre chose OK mais du coup ça fonctionne) les deux gamines.
On regrettera l'absence du goat :
Il tournait la S2 de Mandalorien à cette époque-là, c'est pour ça.
Le 03 août 2026 à 22:50:40 :
Et plus sérieusement sinon : le Shitboy, on en talke... ?![]()
Quand il prononce enfin sa phrase fetiche, accroupi sur le sol de la cuisine putain.
It's Shittoy' Time !
Les frissons putain.
J'ai cru qu'à un moment quelqu'un allait glisser dessus d'ailleurs, pour suivre le fameux [OBJET BANAL] de Tchekov et crever en se cogant la tête.
J'ai ete décu.![]()
C'aurait été excellent que Turing glisse dessus à un moment fatidique, oui. Ca m'a effleuré l'esprit mais finalement, c'est purement gratuit, ce qui rend le truc iconique.
Je suis globalement d'accord avec Serval, on retrouve dans ce film pas mal de Manille et un petit peu de Cain et Abel. La partie doc et démonstration politique est vraiment bien amenée, en plus on te montre pas un working class hero mais un gars qui fait le choix d'être un jaune, puis la délinquance. La toute fin est assez terrible par rapport aux médias.
L'acteur est au meilleur de sa forme c'est vrai et les autres sont pas mal non plus d'ailleurs.
Bon, soit je m'habitue, soit je suis moins bluffé que les trois premiers pour le côté "immersif", après les scènes de manifestations sont très bien (y'a pas des images d'archives?).
Bon toujours cette manie des tragédies en série, faut s'y faire. Ce film est vraiment celui qui a le plus d'"humour" par rapport aux autres, bon point
Bref, très bien, mais en-dessous du top 3 pour moi.
Vous donnez envie avec votre cinéma Philippin, ça a l'air intéressant !
Le 10 août 2026 à 12:12:49 :
Vous donnez envie avec votre cinéma Philippin, ça a l'air intéressant !
Rejoins nous. Il n'y pas beaucoup de sexe, le visionnage familial est donc à proscrire. Mais c'est de qualité pour l'instant.
Le 10 août 2026 à 11:10:01 joelindien999 a écrit :
Je suis globalement d'accord avec Serval, on retrouve dans ce film pas mal de Manille et un petit peu de Cain et Abel. La partie doc et démonstration politique est vraiment bien amenée, en plus on te montre pas un working class hero mais un gars qui fait le choix d'être un jaune, puis la délinquance. La toute fin est assez terrible par rapport aux médias.
L'acteur est au meilleur de sa forme c'est vrai et les autres sont pas mal non plus d'ailleurs.
Bon, soit je m'habitue, soit je suis moins bluffé que les trois premiers pour le côté "immersif", après les scènes de manifestations sont très bien (y'a pas des images d'archives?).
Bon toujours cette manie des tragédies en série, faut s'y faire. Ce film est vraiment celui qui a le plus d'"humour" par rapport aux autres, bon point
Bref, très bien, mais en-dessous du top 3 pour moi.
Exact, pour l'humour ! Léger mais il y en a un peu, vs pas du tout dans les premiers. ![]()
Et je sais pas du tout pour les images de manif, mais ça ne m'étonnerait pas en effet. Et ce serait cohérent/crédible, compte tenu des circonstances compliquées dans lesquelles a apparemment bossé plus ou moins toute sa carrière Brocka dans son pays.
Le 10 août 2026 à 12:33:59 mlgz1100507 a écrit :
Le 10 août 2026 à 12:12:49 :
Vous donnez envie avec votre cinéma Philippin, ça a l'air intéressant !Rejoins nous. Il n'y pas beaucoup de sexe, le visionnage familial est donc à proscrire. Mais c'est de qualité pour l'instant.
Not ready pour le suivant.
Mais oui, ramène ta fraise Cryptid, le cinéma philippin n'attend plus que toi pour percer !
après les scènes de manifestations sont très bien (y'a pas des images d'archives?)
Si tu veux avoir un contexte de la situation politique du pays, tu trouveras ça dans ce court metrage de Mike De Leon :
( https://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=307526.html )
https://www.youtube.com/watch?v=ryXE2s2as0g&list=RDryXE2s2as0g&start_radio=1 ![]()
Les titres des films de Brocka, ces bijoux : Bayan Ko - Mon Pays, Kapit sa patalim - Accroche toi au couteau.
L'histoire d'un homme toujours a coté (car il n'a pas la conscience de sa place), des manifestants, des grevistes, des bandits.. et meme de sa famille.
C'est son plus beau film ![]()
Je suis en retard, j'essaie de mater ça ce soir 
Le 23 août 2026 à 10:40:32 :
après les scènes de manifestations sont très bien (y'a pas des images d'archives?)
Si tu veux avoir un contexte de la situation politique du pays, tu trouveras ça dans ce court metrage de Mike De Leon :
( https://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=307526.html )https://www.youtube.com/watch?v=ryXE2s2as0g&list=RDryXE2s2as0g&start_radio=1
Les titres des films de Brocka, ces bijoux : Bayan Ko - Mon Pays, Kapit sa patalim - Accroche toi au couteau.
![]()
L'histoire d'un homme toujours a coté (car il n'a pas la conscience de sa place), des manifestants, des grevistes, des bandits.. et meme de sa famille.
Ah du coup c'était pas un hasard ce plan où le héros de Manille ne fait que traverser une manif de syndicalistes. Il m'avait marqué, bizarrement.
Le 23 août 2026 à 10:44:49 :
Je suis en retard, j'essaie de mater ça ce soirLe 23 août 2026 à 10:40:32 :
après les scènes de manifestations sont très bien (y'a pas des images d'archives?)
Si tu veux avoir un contexte de la situation politique du pays, tu trouveras ça dans ce court metrage de Mike De Leon :
( https://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=307526.html )https://www.youtube.com/watch?v=ryXE2s2as0g&list=RDryXE2s2as0g&start_radio=1
Les titres des films de Brocka, ces bijoux : Bayan Ko - Mon Pays, Kapit sa patalim - Accroche toi au couteau.
![]()
L'histoire d'un homme toujours a coté (car il n'a pas la conscience de sa place), des manifestants, des grevistes, des bandits.. et meme de sa famille.
Ah du coup c'était pas un hasard ce plan où le héros de Manille ne fait que traverser une manif de syndicalistes. Il m'avait marqué, bizarrement.
Exact. Il situe jamais au hasard ses personnages vis a vis du peuple (il me semble que c'est déja une manif antifasciste, psq Marcos à imposé la loi martiale depuis environ 2 ans). Et c'est parce qu'il la traverse, que lui meme est traversé par l'esprit de révolte.. annonçant la suite. ![]()
PS : https://www.youtube.com/watch?v=pWLEg9HRLds&list=RDpWLEg9HRLds&start_radio=1 ![]()
Cool de vous revoir dans la courses les potos ![]()
C'est son plus beau film
C'est vrai qu'il était très bon, même si je lui ai préferé, de peu, les 3 premiers. C'est vraiment très subjectif tout ça, j'ai mis Bona en 1 pque j'aime les personnages et les histoires bizarres, tout comme l'année dernière chez Immamura j'avais préféré Désir meurtrier, avec qui d'ailleurs Bona a quelques similitudes.
En parlant de similitudes, Isiang m'a vraiment fait penser à "Dans l'ombre du loup" de Hideo Gosha avec le grand T.Nakadaï. Au niveau de l'ambiance même si l'histoire est pas du tout la même.
C'est vraiment très subjectif tout ça, j'ai mis Bona en 1 pque j'aime les personnages et les histoires bizarres, tout comme l'année dernière chez Immamura j'avais préféré Désir meurtrier, avec qui d'ailleurs Bona a quelques similitudes.
Tu veux dire qu'on fait des retro que sur des reals bizarres ?
![]()
J'ai bien aimé. Je crois que je préfère légèrement les films de Brocka avec des mecs en perso principal, on verra par la suite.
Jolie la chanson + marrant l'hôpital kafkaïen.
Le 24 août 2026 à 09:28:12 :
C'est vraiment très subjectif tout ça, j'ai mis Bona en 1 pque j'aime les personnages et les histoires bizarres, tout comme l'année dernière chez Immamura j'avais préféré Désir meurtrier, avec qui d'ailleurs Bona a quelques similitudes.
Tu veux dire qu'on fait des retro que sur des reals bizarres ?
![]()
![]()
Oh moi ça m'irait très bien! Je dis que parmi la filmo je vais avoir tendance à préférer les bizarres à qualité égale.
Très chouette oui, mon préféré pour le moment.
Cahiers 366 :
Cahiers 783 :
Merci pour les articles, on apprécie d'autant plus (a posteriori) le film quand on connait le contexte et politique, et du tournage.
Cimer Lionel pour cet énième partage - une interview de l'intéressé en plus, encore mieux. Intéressant. ![]()