Réalisateur : Joseph Kahn
Année : 2018
Pays : USA - Canada
Genre : Drame ; Comédie et film musical
Durée : 120 minutes
Plateforme : Youtube Premium
Synopsis : Un étudiant américain blanc qui prépare une thèse sur les battles de rap rencontre le succès et sème le trouble dans le milieu autant que dans sa vie personnelle lorsque son intérêt pour la discipline vire à l'obsession.
Avis:
Waouh, vraiment j'ai peu de mots pour décrire la déferlante que j'ai pu prendre en regardant ce film, cette gifle qui m'a juste rendu extatique lors du défilement du générique. Produit notamment par Eminem, la filiation à 8 mile n'étant jamais très loin, ce film va te plonger au coeur d'une Amérique où le bon mot est devenu d'un côté une arme permettant d'abattre rhétoriquement ton adversaire et de l'autre un sujet de tension pour une société en mal de sensation forte et de têtes à couper. Et là se trouve la force de ce film, cette dichotomie incarnée par le personnage principal qui intègre un univers qui semble au premier abord en inadéquation avec sa couleur de peau pour faire passer l'idée que finalement ça a peu d'importance si tu décides de t'approprier à ta sauce les codes des Battles ( D'ailleurs le mot "Nigger" sert de baromètre dans cette évolution du personnage principal, considéré comme l'affront suprême lorsqu'un blanc ose prononcer ce mot, son utilisation en devient normalisée une fois que le personnage décide de s'imprégner totalement de l'univers des Battles). Un beau pied de nez à la caste des SJW, plus prompt à juger un mot sans comprendre le décorum et ainsi imposer leur avis à tous pour "moraliser" le monde des battles.
Mais le film n'a pas cette vision binaire de la société, il pointe aussi du doigt les stéréotypes dont peuvent être victimes les différentes ethnies qui sont confinées à se prendre des punchlines peu subtiles et surtout redondantes lors des battles à base de "Petit zizi de chinois", " Noir = délinquances" ou encore " Blanc = intello" qui finalement ne font qu'entretenir des stéréotypes qui appauvrissent lyriquement ces joutes verbales.
L'autre force de ce film, c'est vraiment son personnage principal qui va continuellement évoluer entre deux flots jusqu'à l'accomplissement de son personnage qui devient aussi impressionnant par la qualité de ses punchlines que dérangeant lorsqu'il décide de tout mettre à profit pour détruire l'autre psychologiquement. Son personnage évolue et pas forcément de la façon la plus agréable qui soit mais cette nouvelle force destructrice donne lieu à 30 minutes complètement folles à la fin. Personne n'est gentil ou méchant, ce qui compte c'est de mettre KO l'autre rhétoriquement pour obtenir le respect d'autrui, très peu de places pour les sentiments ou la camaraderie.
Outre ce fond assez foisonnant, on se retrouve avec une mise en scène vraiment délirante avec certaines idées vraiment drôles ( comme le coup de l'archivage des informations sur l'adversaire), des couleurs chaudes qui alternent avec les couleurs froides et tranchantes lors des Battles ou même le fait d'afficher les noms de scène des combattants avant chaque joute. Le film va à deux mille à l'heure mais ne perd jamais son spectateur, il arrive à alterner le comique pour retomber dans la tragédie, enchaîne les battles en leur donnant une ambiance propre à chacune et surtout propose un constat sur une Amérique verbeuse mais qui ne se comprend pas.
Seul point noir du film si on veut, c'est les sous-titres qui ne sont pas mauvais mais qui ne peuvent pas rendre hommage aux punchlines et aux références. Je pense que c'est impossible pour un non-américain de tout comprendre aux battles et vraiment respect aux personnes qui ont du faire les sous-titres car malgré tout on est porté par l'ambiance et certaines punchlines font mouche en français aussi.