J'ai beaucoup d'affection pour le studio Folimage. D'abord parce qu'il est basé tout près de chez moi, à Bourg-les-Valence, et que j'ai déjà eu l'occasion de discuter avec des gens qui y travaillent, mais aussi parce qu'il produit des films de qualité et peut être amené à prendre une place importante dans l'animation française. Le premier long-métrage de Folimage pour le cinéma, La Prophétie des Grenouilles, avait connu un grand succès au box-office en 2003 et a permis au studio de pouvoir gagner en moyens et en visibilité. Pourtant, 12 ans plus tard, c'est dans l'anonymat le plus total qu'est sorti Phantom Boy. Malgré les éloges de la presse spécialisée (il a été sélectionné au festival Télérama), très peu de monde s'est déplacé pour aller le voir.
Je l'ai moi-même raté à sa sortie, je suis donc le premier à vilipender, mais je regrette beaucoup de l'avoir laissé passer ! Car Phantom Boy est un petit bijou. Le synopsis parle d'une histoire de gangster, et c'en est une, mais de la même manière qu'''Une Vie de chat'', la trame principale ne se suffit pas à elle-même et est surtout prétexte à un sujet de fond. Ici, c'est le cancer dont il est question. Thématique à la mode au cinéma, elle donne souvent lieu à des œuvres misérabilistes et très peu subtiles. Dans ''Phantom Boy'', c'est traité avec beaucoup de finesse. Nous nous retrouvons face à un petit garçon atteint du cancer qui a la faculté de s'évader de son corps en devenant un fantôme pour quelques minutes. Ce don, qui lui permet d'aller n'importe où sans qu'on ne le voit, je l'ai perçu comme une métaphore de l'esprit d'un enfant, à la fois très imaginatif et très intelligent, capable de comprendre bien plus de choses qu'il n'y parait. La séquence où, après s'être évanoui, Léo s'échappe de son corps et observe ses parents parler de lui avec inquiétude va d'ailleurs dans ce sens. Eux n'oseront pas le lui dire en face, mais lui sait ce qui se passe, il est conscient qu'il est en danger et qu'il risque de mourir. Le film est parsemé de plusieurs beaux moments de ce genre, bien plus forts et touchants que n'importe quelle scène larmoyante que l'on pourrait retrouver dans ''Nos étoiles contraires'' ou autre...
Je parle du garçon, mais les autres personnages sont intéressants aussi. Très simples, dans leur traitement comme dans leurs interactions, mais tout de même vivants à l'écran. C'est à l'image de la trame principale d'ailleurs. Un grand méchant qui veut s'emparer de New-York via un virus, ce n'est pas très original. Pourtant on s'y plait bien dans cet univers, et on suit cette histoire avec beaucoup de plaisir, notamment grâce à la tendresse du dessin qui, sans être magnifique, a une vraie personnalité. On sent également une certaine maîtrise des codes du genre, parfois parfaitement utilisés, d'autres fois tournés en dérision. C'est aussi un film qui sait vivre dans son époque. Beaucoup de séquences tournent autour de l'utilisation du téléphone portable, mais tout ça est très bien géré, jamais lourd, jamais en mode "vous voyez comme je suis dans le vent ?" (comme peut le faire Zootopie par exemple).
Bref, on a souvent dit que 2015 a été une très mauvaise année pour le cinéma d'animation. Ce n'est pas complètement faux, mais ce n'est pas non plus une raison pour bouder tous les dessins animés sortis cette année. Ghibli a produit le sympathique Souvenirs de Marnie, Aardman le très bon Shaun le mouton et Pixar le génial Vice-Versa. Mais pour moi le meilleur film d'animation de l'année vient de Folimage, et il s'appelle Phantom Boy.