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Liste des sujets

Happy Hour - Ryûsuke Hamaguchi

sadako_me_voit
sadako_me_voit
Niveau 11
10 décembre 2015 à 16:15:54

Happy Hour (ハッピーアワー ; Happii Awaa)

2015, Japon

de Ryûsuke Hamaguchi

Durée : 5h17

Avec :

Sachie Tanaka

Hazuki Kikuchi

Maiko Mihara

Rira Kawamura

...

Synopsis :

"Kobe, Japon. Jun, Akari, Sakurako et Fumi pensent sincèrement pouvoir tout se confier l’une à l’autre. Mais un soir, lors d’une fête, Jun avoue qu’elle demande à divorcer de son mari et cette annonce semble contrarier les trois autres. Elles suivent son procès et sa tentative de gagner la procédure contre la volonté de son mari. Pour se réconcilier et réparer tout sentiment d’amertume, elles partent ensemble en voyage à la station thermale d’Arima où Jun disparaît… Cette disparition marque le début d’une série d’événements imprévus dans la vie de celles qui restent."

Trailer :
https://www.youtube.com/watch?v=y1vhE7mx_sM

Quelques critiques :
http://www.sancho-asia.com/articles/happy-hour
http://www.filmdeculte.com/cinema/actualite/Happy-Hour-21777.html

Ça a l'air d'être un sacré morceau ! Il divise énormément, les critique coté presse sont globalement très élogieuse, mais il se tape une moyenne catastrophique sur IMDB. Ça me donne d'autant plus envie de le voir. :bave:

sadako_me_voit
sadako_me_voit
Niveau 11
27 décembre 2016 à 18:12:35

Pour info il fait partie de la sélection du festival Kinotayo qui commence dans quelques jours. Donc réservez 5h17 de votre temps pour aller le voir en salle. :hap:

Officer-K
Officer-K
Niveau 10
28 décembre 2016 à 00:49:03

Ah merde; 5 heures :rire:
J'allais le voir sans aucune info. J'ai partiel le lendemain :rire: J'hésite du coup :noel:

sadako_me_voit
sadako_me_voit
Niveau 11
14 janvier 2017 à 15:35:12

C'était excellent.

Je sais pas trop par ou commencer, c'est un film difficile à aborder dans le sens ou même s'il dure plus de cinq heures il est au final très simple. Il ne s'agit en aucun cas d'une gigantesque fresque à la Love Exposure par exemple, le film ne change jamais vraiment de rythme et encore moins de registre.

En fait le film est construit comme ses personnages, comme leurs vies, qui sont finalement très linéaires et plates. Ça les ronge, tous à leur façon ont des vies de merde. Et ce à quoi on assiste à travers le film, et à la fuite de des quatre héroïnes, à comment à elles s'y prennent pour enfin faire bouger leurs vies chiantes et usantes. Chacune à leur façon, jamais en y arrivant complètement d'ailleurs, mais au moins elles essayent (sans forcément s'en rendre compte d'ailleurs).
Les personnages eux même sont presque tous déshumanisés, désincarnés. Enfin non, c'est pas vraiment ça, c'est plutôt qu'ils ont abdiqués. On ne peut pas dire qu'ils soient devenus des robots insensibles, parce que c'est tout sauf le cas, mais ça fait tellement longtemps qu'ils encaissent qu'ils ont fini par ne plus réagir.

Le film est construit quasiment uniquement sur des dialogues très posés, souvent avec un coté très mécanique, très distant, presque froid. La plupart des scènes sont très longues d'ailleurs, mais étrangement ça passe toujours très bien. Je n'ai ressenti quasiment aucune longueur de tout le métrage sauf durant la première heure on va dire, et encore je me faisais pas chier pour autant. C'était juste un peu longuet quoi.
En fait c'est pendant cette partie que le film prend lentement le temps de nous présenter ses héroïnes. Tout doucement, très subtilement, il nous fait comprendre qui elles sont, comment elles sont et l'état dans lequel elles sont. Le film mise énormément sur sa longueur justement, pour nous les rendre familière.
Le producteur était d'ailleurs présent pendant la projection et nous a un peu parlé de la longueur du film. Il nous a expliqué qu'à la base lui et le réalisateur avaient fait un montage d'environ trois heures, mais que finalement ça ne fonctionnait pas, qu'il manquait quelque chose. Du coup ils ont fait le montage qui leur semblait le plus juste, et ils l'ont conservé. Plus de cinq heures, c'était ça ou rien selon eux. Sans cette longueur le film ne prenait plus assez son temps et tombait à l'eau. Après l'avoir vu, je confirme que je ne vois pas vraiment comment le tout aurait pu être construit autrement tant chaque scène contribue à bâtir la personnalité et l'évolution de chaque personnage et des interactions qu'ils ont entre eux.

Pour en revenir au film lui même donc, je parlais du coté léthargique des personnages. Étrangement ça ne donne jamais l'impression d'être face à un film chiant avec des acteurs qui surjouent les poker faces, au contraire le film est hyper naturel dans sa façon de présenter des personnages qui eux ne le sont plus.
Des personnages à la recherche d'un regain de vie, de passion, de sensualité, de sexualité, ou même juste de contact physique. Tout simple, minime, mais du contact. Sans s'en rendre compte, lentement, ils ont tous perdu la sensation d'être en vie. Ils ont même fini par devenir limite autistes pour certains.

En parlant d'autisme, l'un des personnages, le mari de Jun pour être précis, l'est complètement. Il a une forme très prononcée d'autisme que je connais très bien pour m'y être souvent confronté dans la vie. Et oui, le père de ma copine a exactement cette forme là d'autisme, et je peux vous dire que c'est pas facile. :hap:
Le traitement du personnage, de sa personnalité, est assez exemplaire. S'il est au départ détestable, ou au moins insupportable, le film le traite finalement d'une façon beaucoup plus complexe qu'il n'y parait. Il a beau être robotique comme pas possible, c'est peut-être finalement le personnage le plus passionné et le plus humain de toute l'histoire. Le plus étrange aussi, définitivement le plus en décalage avec tout ce qui l'entoure, mais clairement le plus passionné et humain. Il l'est juste à sa façon, et malheureusement je comprends parfaitement que ça puisse provoquer le rejet des autres. Lui même le comprends d'ailleurs.
Sans en faire un victime ou un saint, sans en faire un mec tout blanc ni un simple objet de pitié, le film arrive à humaniser, à nuancer et à rendre touchant un autiste de ce type sans jamais le transformer en une personne au fonctionnement normal, sans jamais le rendre proche de nous, sans jamais le rendre sympathique pour essayer de nous faire ressentir telle ou telle chose.

D'ailleurs je me suis attardé sur lui parce que ça m'a particulièrement marqué, mais le traitement des maris de façon générale est très bien fichu. Pourtant ils sont secondaires, le coeur de l'intrigue restant les héroïnes. Mais le film arrive, encore une fois sans en faire des victimes ni les rendre sympathiques, à nous faire porter un regard plus compréhensif sur ces mecs. Ça ne change rien à ce qu'ils font, à ce sur quoi ils merdent, ni au fait qu'on aimerait pas forcément fréquenter des gens pareils, mais en tout cas ils dépassent largement le stade de simples personnes indésirables.

Au delà du traitement des personnages dans son ensemble, j'aime aussi beaucoup la façon dont le film prend son temps sur des conversations anecdotiques. Comment il arrive à faire passer une même discussion d'une chose à une autre, d'un sentiment à un autre, sans jamais forcer le trait. Une même conversation va pouvoir passer d'un truc un peu chiant et formel à un truc beaucoup plus intime, puis à un truc drôle, puis à un truc tendu, et finalement à un malaise, le tout en passant de l'un à l'autre de façon super subtile.

Et puis la gestion de l'émotion chez les personnages est excellente. Ils sont devenu tellement léthargiques, tellement stoïques, ils intériorisent tellement tout que le moindre sursaut d'émotion affichée sur leur visage devient vraiment puissant. J'adore comment le film joue là dessus, souvent de façon extrêmement fine, à peine perceptible.
J'ai en tête une scène ou une romancière fait une lecture publique et ou l'une des héroïnes, dans l'assemblée, verse une larme (je ne vous dirais pas pourquoi, mais toute cette scène est super). Là ou on aurait pu avoir un gros plan et de chaudes larmes, ici on a un plan assez large, une expression très subtile de tristesse, et une simple larme à peine visible qui coule sur la joue du personnage (je suis sûr que la moitié des gens n'ont même pas remarqué la larme). C'est très peu appuyé et pourtant c'est très fort, surtout quand on remet tout ce qu'on a vu du personnage en perspective et qu'on replace ça dans la scène de lecture dnt je parlais.

Bon en gros c'est très beau. Très simple, très épuré, très autiste ( :hap: ) dans cette façon de s'attarder vraiment longuement sur les choses, sur les émotions, sur les ressenti et les perceptions, pour les détailler le plus possible sans jamais tomber dans la démonstration, et au final c'est excellent.
Alors non ça n'est pas un chef d'oeuvre, non ça n'est pas un truc complètement dingue qui réfléchit de façon archi profonde et méta sur le médium cinéma, sur les questions existentielles de la vie (quoi que), non ça n'est pas bourré de personnages aux caractères extrêmement affirmés est forts, non vous n'aurez pas de grandes envolées de mise en scène ni d'expérimentations sur la photo, mais n'empêche que ça fonctionne super bien.
Rares sont les films aussi épurés et stoïques qui ont compris pourquoi et comment prendre son temps pouvait s'avérer extrêmement bénéfique.

Sinon quasiment tout les acteurs du films sont des amateurs. La plupart n'avaient même jamais fait d'acting en amateur en fait, et chapeau à eux.
Chapeau aussi à toute l'équipe qui s'est accrochée pendant un tournage de plus de huit mois alors qu'ils pensaient que ça durerait à peine plus d'un mois. :hap:

sadako_me_voit
sadako_me_voit
Niveau 11
14 janvier 2017 à 15:35:45

Tout comme le film, j'ai écrit un avis qui prend son temps. :rire:

sadako_me_voit
sadako_me_voit
Niveau 11
05 avril 2018 à 22:00:59

http://eastasia.fr/2018/04/03/la-fresque-japonaise-senses-en-salles-a-partir-du-2-mai-2018/

Le film sortira en France dans seulement quelques semaines ! Mais il y a eu quelques modifications au passage.
Déjà il ne s'appelle plus Happy Hour mais Senses. Ensuite, et c'est nettement plus important, il ne sera plus diffusé comme un film mais comme une série en cinq épisodes.

Autant je suis content de voir le film arriver en France, autant j'ai beaucoup de mal avec le choix de transformer le film en série. Je comprends que projeter un film de plus de cinq heures c'est très compliqué d'un point de vue distribution, mais le souci c'est que la longueur de Happy Hour fait intégralement partie de l'expérience. Ne plus assister à une immense fresque ininterrompue ça va forcément altérer la façon de percevoir le film.
Je suis assez dubitatif. :(

zairoisbdh
zairoisbdh
Niveau 23
24 novembre 2018 à 17:11:05

Je lance le film (version originale non séparée)

zairoisbdh
zairoisbdh
Niveau 23
25 novembre 2018 à 00:08:01

C'est vrai donc c'est beau.

Kalhas
Kalhas
Niveau 81
15 mai 2022 à 11:39:16

Je up car le film passe inaperçu du fait d'avoir été renommé SENSES chez nous.

Pour l'instant c'est le film que j'ai préféré des 3 que j'ai vus du réalisateur. (Drive my car et Asako I&II)

Quant à la durée je l'ai découvert quand il était sur la chaîne YouTube d'Arte, comme si j'avais maté une série. C'était en 4 épisodes je crois. (Donc je m'étais peut-être influencé avec des attentes plus modestes d'ailleurs ?)

Globalement j'ai passé un super moment, c'était agréable, tout simplement.

En fait si j'ai aimé le film c'est surtout pour la crédibilité des acteurs, et surtout les actrices... Ça faisait vraiment réaliste par moment, je les ai trouvées vraiment excellentes. Et les différents propos eux même de l'œuvre quant à la psychologie humaine sont relativement bien conduits pour certains.
Simple mais agréable.

Je me rends compte que j'aime beaucoup ce genre de films plutôt intimistes, mais j'en connais peu qui soient vraiment réussis. Si vous avez des suggestions n'hésitez pas.

Message édité le 15 mai 2022 à 11:39:49 par Kalhas
Kalhas
Kalhas
Niveau 81
15 mai 2022 à 19:09:01

[15:35:12] <sadako_me_voit>

Sinon quasiment tout les acteurs du films sont des amateurs. La plupart n'avaient même jamais fait d'acting en amateur en fait, et chapeau à eux.
Chapeau aussi à toute l'équipe qui s'est accrochée pendant un tournage de plus de huit mois alors qu'ils pensaient que ça durerait à peine plus d'un mois. :hap:

Choqué, car, les meufs en tout cas, étaient d'une crédibilité excellente ! Incroyable.

OGrandRutten
OGrandRutten
Niveau 55
28 mars 2025 à 15:09:20

Quel plaisir que d'avoir pu voir ses docu (assez fondateur de son cinéma) en salle. Encore cimer le Cinéma du réel (festival dont est Hamaguchi est spectateur de longue date) :cool:

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