Le 11 août 2015 à 01:19:11 HappyGameuse a écrit :
Un parcours troublé et troublant d'une chanteuse pleine de talent que la célébrité a bouffer.
Un documentaire touchant a en chialer,et sans pathos.
Tout à fait.
Ma critique version longue. Attention
"Amy" (A.Kapadia) : comme beaucoup je pense, le single "Rehab" m'avait saturé les oreilles et cette chanteuse à la mode, en mode rebelle, me saoulait (c'est le cas de le dire) à sa grande époque. Et puis il y a eu "Back to Black". L'une des plus grandes chansons du monde. Et l'album, très bien. Quand Amy annulait des concerts, je me disais que les starlettes divas, c'était démodé. Mais quand Amy est morte, j'ai écouté "Back to Black" en boucle, et tout ce délire autour des stars mortes à 27 ans me débectait.. Je devais donc voir ce doc. Et il est indispensable. Ok, la musique originale est mauvaise, et on se dit, pourquoi en mettre quand on a une telle musique comme bande-son possible ? Autant le silence...Attention, les morceaux d'Amy sont bien là, et remarquablement mis en valeur, avec en plus des versions inédites (et les traductions sont bonnes). Ok, l'histoire d'amour fusionnel autodestructrice, avec un cakos qui ressemble à rien, est une caricature de junkie cradingue à côté duquel Doherty est le parangon de la sobriété, et qui n'a rien fait de sa vie, c'est banal. Mais le reste...C'est Amy. Cette petite juive de Londres, boulimique et en manque de père qui, sans aucune formation, chante comme une déesse, écrit (paroles et musiques) des chansons instantanément classiques...Tony Bennett la compare à Ella Fitzgerald et Billie Holiday, et comment lui donner tort ? Le documentaire n'est pas passionnant pour ce qu'il raconte de l'amour destructeur d'Amy et Blake, mais sur tout le reste : comment le système du show business a mangé vivante Amy. Comment les obligations de tournées l'ont poussée au pire. Comment l'avidité de ses proches, notamment son père, l'ont détruite. Les archives réunies pour le doc sont surprenantes ! Il y a des choses très privées, et c'est assez étonnant que le père et Blake (l'enculé de boyfriend) aient participé, alors qu'ils n'ont pas franchement le beau rôle...Le doc est d'ailleurs intéressant, aussi, sur ce qu'il dit d'une génération : depuis son enfance, Amy est filmée par camescope; elle continue à se filmer, et ses proches avec elle, la célébrité venant, ce qui donne des trucs hallucinants (et parfois glauques). C'est le pré-Facebook, le pré-selfie. Et puis, il y a les vautours. Parce que ceux qui ont tué Amy, ce n'est ni son père, ni son déchet de boyfriend, mais le système. Les images avec les paparazzi sont juste hallucinantes...Les blagues des animateurs télés sur son alcoolisme à gerber...Le cynisme du show business est montré cru, et ça fait peur. Enfin, le doc montre que la mort d'Amy laisse un énorme vide. En 2008, Amy rafle tout aux Grammy. C'est l'une des meilleures scènes du film. On la voit, à Londres, sur scène -en duplex- , comme une gamine (son idole, Tony Bennett, remet la récompense) attendre les résultats. Elle concourt dans la même catégorie que les Foo Fighters, Beyoncé, Rihanna/Jay-Z, Justin Timberlake...Elle gagne, mais avec le recul le contraste est terrifiant. On a quoi aujourd'hui ? Les sus nommés sont toujours là et cartonnent. Si Grohl et les Foo ont l'avantage de ne jamais se prendre au sérieux, les autres continuent de régner sur le show business avec un cynisme absolu. Tout est sous contrôle, jusqu'à la cambrure de Beyoncé et de Rihanna. Et avec ce passage, on voit ce qu'on a perdu : une vraie artiste, imparfaite mais sincère, un petit oiseau décharné tombée de son nid, au talent hallucinant. Nous restent seulement les produits...