Debout au bord du précipice, le chevalier faisait face à l'immensité des paysages qui s'étendaient à ses pieds, épée et bouclier en main. Mais il ne voyait rien du spectacle qui se présentait à lui. Il était ailleurs, dans le triste monde de ses pensées. Les bras ballants, vide de toute combativité, le chevalier était avec ses frères d'armes. Créon, ce guerrier téméraire, toujours souriant, farouche au combat, animant la vie de groupe. Ansec, le sorcier de l'équipe, le cerveau, le réfléchi. Le plus responsable de tous, celui qui imaginait toujours les meilleurs plans d'attaque, et qui maniait les forces magiques avec une telle grâce. Donnalet, le clerc joufflu, peureux mais courageux, le plus empathique, le plus enclin à partager.
Que restait-il d'eux ? Pas même un visage. Créon, Ansec, Donnalet – ou peut-être était-ce Jiméon, Thornes et Pimlar ? Cela n'avait plus d'importance, maintenant – , n'étaient qu'un vague souvenir. D'eux il ne restait qu'une floue sensation de bien-être, ainsi que leur dernier râle.
Seul survivant de son groupe, le chevalier contemplait le vide. Alors, il porta son regard vers le Soleil salvateur, mais il ne lui fut d'aucun réconfort. Sa lumière grise porteuse de désespoir laissa seul le Mort-Vivant en armure.
L'homme baissa les yeux vers le sol, quelques centaines de mètres en contrebas. Une ultime vision de son trio d'amis lui traversa l'esprit.
Une larme roula sur sa joue.
Son épée et son bouclier tintèrent au sol, bientôt rejoins par son casque. Montrant aux Dieux son visage maintes fois blessé, priant une ultime fois le Soleil, le chevalier se laissa basculer en avant, tombant dans le vide.
Alors que le repos de la mort s'approchait à grande vitesse, le chevalier sourit. Il allait enfin être libéré de ses démons – ou les rejoindre, après tout.
***
Mais les Dieux lui refusèrent ce qu'il souhaitait le plus au monde : la libération salvatrice, la mort. Empreint de la Malédiction, le chevalier ne parvint pas à trouver le repos.
Ne pouvant supporter davantage le poids de ses erreurs, il s'enfonça lentement dans la forêt, condamné à errer, seul à jamais. Ce faisant, ses pensées, enchaînées à son Âme et sa Raison, le quittèrent, et la Carcasse disparut à jamais dans les méandres de la forêt.