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Sujet : [Fic] Une vie d'élu

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BlackDeViL24
BlackDeViL24
MP
06 janvier 2021 à 18:52:45

En fait j'ai utilisé le même principe que pour la deuxième trilogie, c'est à dire prendre un perso très secondaire de la précédente pour en faire le principal de l'actuelle (cf Miara, qui était plutôt anecdotique dans une vie à la Morag Tong et qui devient le perso principal dans une vie de criminel, sous la fausse identité de Nilvyn )
C'est quelque chose que j'aime bien faire oui, parce que ça donne une lecture différente du dit personnage quand on relit la trilogie précédente. :hap:

Du reste, comme pour Miara/Nilvyn , il me fallait un perso secondaire et relativement anecdotique qui soit une Dunmer, et finalement il n'y en avait pas des tas (Balsa est trop importante dans l'histoire, par exemple). Je mentirais en prétendant que je connaissais déjà le statut d’héroïne de Teleri lorsque j'ai créé ce personnage dans une vie de criminel, mais par contre, elle faisait déjà partie des prétendants à l'époque oui. En gros, elle était secondaire, peu développée dans l'absolu, mais relativement récurrente malgré tout. Idéal pour développer un vrai personnage principal par la suite.

Bon et je l'ai pas choisie sur un coup de tête. Comme je le disais, je l'avais déjà en ligne de mire pendant l'écriture de la deuxième trilogie, et mon choix s'est définitivement arrêté sur elle après mon cafouillage de 2013 ("Une vie d'élu" de l'époque que j'avais mal entamé narrativement et que j'ai supprimé dans la foulée, ce qui a d'ailleurs débouché sur "jusqu'au bout du monde" )

Pavé, mais voilà, t'as une idée du coup. :hap:

Message édité le 06 janvier 2021 à 18:53:55 par BlackDeViL24
BlackDeViL24
BlackDeViL24
MP
06 janvier 2021 à 18:55:49

Bon et par contre, il était prévu dès le départ que le perso de la troisième trilogie serait, durant la deuxième trilogie, un agent infiltré dans le milieu carcéral. Sauf qu'évidemment, on ne l'apprendrait qu'au début de la troisième trilogie.

Message édité le 06 janvier 2021 à 18:56:28 par BlackDeViL24
Newradion44
Newradion44
MP
07 janvier 2021 à 19:02:48

C'est super intéressant black.

Tetrazbi
Tetrazbi
MP
08 janvier 2021 à 21:31:00

Il y a un côté Morag Tong mais vu du côté des Impériaux. Avec plus de descriptions aussi.

BlackDeViL24
BlackDeViL24
MP
10 janvier 2021 à 19:11:00

Le chapitre suivant arrive ce soir les kheys.

BlackDeViL24
BlackDeViL24
MP
10 janvier 2021 à 20:48:59

Chapitre 17 : Cocotte minute.

Je me tenais droite, silencieuse, patiente. Plongée dans le noir, une cagoule sur la tête, je gardais mon esprit vide, calme, détaché de toute réflexion parasite. Je devais rester concentrée, maîtresse de moi même. Et ça justement, beaucoup de mecs avaient du mal à le faire, alors que moi au contraire, j'y arrivais plutôt bien...
-Prioriser et exécuter...Répétai-je tout haut dans ma tête. Prioriser et exécuter...
-Top ! Lança soudain quelqu'un au dessus de moi.

La cagoule fut brusquement retirée, laissant alors à mes yeux l'opportunité d'analyser immédiatement la situation qui leur faisait face :
Une petite pièce d'environ douze mètres carrés, Deux Tiber à ma droite, un opérateur blessé devant et un autre Tiber à ma gauche, tenant en joue un civil.
J'épaulai aussitôt mon arbalète à répétition et pressai sur la détente. Trois claquement secs retentirent. Les carreaux en caoutchouc touchèrent leurs trois cibles dans le haut du torse.
Les figurants s'affaissèrent alors, jouant le jeu.
-Clivia pour Reman un. Communiquai-je en baissant mon arbalète, jugeant qu'il n'y avait plus de danger dans l'immédiat. Trois Tiber neutralisés, un civil et un OBOMA, à vous.
-Reman un pour Clivia, bien reçu. Conclut le sergent Senarel au dessus de moi tout en arrêtant son chronomètre. Trois secondes quarante-huit. Et ben putain Othril, tu pulvérises tous les records...

Les cinq figurants se relevèrent rapidement, alors qu'au dessus de nos têtes, s’élevaient déjà des sifflements appréciateurs. En effet, perchés sur les passerelles qui surplombaient les zones d’exercices, une douzaine de personnes suivaient avec attention mes ateliers de tirs réflexe.
Le sergent Senarel bien sûr, mais également une dizaine d'opérateurs du RAC, ainsi que...
-Recommencez ! Ordonna sèchement le général Nero Sertorius.
-Monsieur ? Interrogea le sergent Senarel, perplexe. C'est déjà la huitième fois. Ses temps sont très bons, et même largement inférieurs à...
-Le RAC vise la perfection, sergent ! Coupa l'officier d'un air sévère. Je ne veux pas du « très bon », je ne veux pas de « l'excellent », je veux la perfection, le meilleur du meilleur ! Et je veux qu'elle arrête de rêvasser, et qu'elle descende sous les trois secondes !
-Bien monsieur. Obtempéra le sergent Seneral.

Ce dernier se tourna vers nous, leva discrètement les yeux au ciel pour mieux nous signifier son soutien silencieux, puis donna une nouvelle fois ses directives :
-Les figurants, remettez-vous en place et changez de disposition. Othril, pareil. Toi, raccroches-lui sa cagoule.

On me plongea de nouveau dans le noir, histoire de mieux me cacher le nouveau placement de mes ennemis. Face à moi, quelqu'un ronchonna furtivement quelque chose à base de marques de caoutchouc sur le front et de commandant casse-couilles.
-Othril, t'es prête ? Questionna la voix du formateur au dessus de moi.
-Prête. Répondis-je calmement.

Quelques secondes s'écoulèrent. Un silence concentré engloba toute la pièce.
-Prioriser et exécuter...Me répétai-je de nouveau.
-Top ! Lança la voix du sergent Seneral.

La cagoule fut immédiatement retirée, me permettant d'analyser aussitôt la nouvelle situation :
Deux Tiber en face, un otage assis à leurs pieds, et deux Tiber à gauche.
Quatre claquements d'arbalète retentirent...
...Puis un cinquième.
-Aïe ! Mais enfin ! Couina subitement l'otage, outré.
-STOP ! Aboya dans la foulée le général Sertorius.

Des éclats de rire s’élevèrent aussitôt parmi les opérateurs, alors que l'otage en question, une jeune Khajiit du service logistique, se massait douloureusement le front.
-...Capitaine Othril. Grinça Nero Sertorius d'un air pincé. Un opérateur échelon un coûte plusieurs millions de Septims à la société Impériale pour être formé et équipé. Nous ne sommes pas en Morrowind, et nous ne sommes pas des Ordonnateurs. En l’occurrence, votre mission est de sauver les citoyens de l'empire partout en Tamriel, et non pas de leur tirer dessus à bout portant. Auriez-vous dès lors l’amabilité de nous expliquer ce dernier exploit ? Car nous sommes tous ici impatients de vous entendre argumenter votre choix pour le moins saugrenu.

Des rires étouffés parcourent la passerelle. Même le sergent Senarel semblait avoir du mal à ne pas éclater de rire.
-Et bien monsieur. Expliquai-je posément. Cela fait précisément neuf fois que je répète cet exercice, tirant inlassablement sur les ennemis de l'Empire pour mieux sauver ses citoyens. Or à chaque fois, cet otage est resté parfaitement calme et immobile, ce qui ne correspondant absolument pas au comportement d'un prisonnier pris dans un échange de tirs. Eu égard de sa race et de son imperturbabilité, j'en suis arrivée à la conclusion que c'était probablement un espion du Thalmor.

Les opérateurs gloussèrent entre eux. L'un d'eux leva même l'index, l'air de dire « hé, elle a pas tord ! ». Le général Sertorius par contre, ne sembla pas partager leur amusement. Au contraire même, il continuait de me toiser d'un air vexé.
-Recommencez ! Ordonna-t-il finalement. Et je veux moins de trois secondes !

Les exercices durèrent une bonne partie de la journée, et tout comme les cours de lutte, nombre de personnes vinrent y assister.
-...Faut comprendre Othril. Me confia le sergent Hiriel le soir même, alors que nous mangions discrètement ma dernière commande de bouffe dans son bureau. Tu pètes tous les records, alors tout le monde vient te regarder. T'as vu tous ces mecs là ? Je devrais pas te le dire, mais dans l'unité Molag, plusieurs sections sont déjà en train de s'étriper pour t'avoir. Les sections Uriel et Weston notamment. Elles ont toutes les deux besoin d'un nouvel opérateur, et elles sont au taquet avec toi. Elles veulent pas te rater.

Le sergent se resservi un morceau de poulet aux épices, le tartina d'une généreuse dose de sauce, puis ajouta, l'air de rien:
-...Et elles font parties des meilleures sections de tout le RAC...

BlackDeViL24
BlackDeViL24
MP
10 janvier 2021 à 20:49:19

Personnellement, ce poulet ne me gouttait pas plus que ça. Non pas qu'il était mauvais, loin de là. C'est juste que je me sentais terriblement agacée, trop agacée que pour le savourer à sa juste valeur à vrai dire.
-C'est pas la question. Répondis-je après quelques secondes d'un mutisme obstiné. C'est l'autre là. Ça me casse les couilles qu'il essaie systématiquement de...
-Qui ça ? Questionna Roderic Hiriel, la bouche pleine.
-Ben Sertorius. Précisai-je. Ça me casse les couilles qu'il essaie systématiquement de me plomber. Je veux dire, c'est chiant quoi. Qu'on essaie de me casser et de me pousser dans mes retranchements, c'est normal. Ça fait partie du truc. Mais lui c'est différent. Il peut pas me blairer, ça crève les yeux. Il a déjà essayé de me démonter lorsque j'ai proposé mon dossier au RAC, et depuis que j'ai rejoint les sélections, j'ai l'impression qu'il essaie de me flinguer par tous les moyens possibles, peu importe ce que je fais. Je ramasse dix fois plus que toutes les autres recrues réunies, et ça me gonfle. C'est pas juste.

Le sergent Hiriel faillit se prendre le pot de sauce en pleine gueule lorsqu'il commença à imiter les sanglots d'un enfant. Heureusement pour lui, on m'avait toujours appris à ne pas gaspiller la nourriture.
-Tu te méprends sur le général Sertorius. Expliqua le formateur en se resservant cette fois-ci une portion de patates rissolées. Si il te casse les couilles comme ça, c'est justement parce qu'il reconnaît ton talent. Alors ouai, c'est un emmerdeur, c'est vrai, mais c'est un emmerdeur perfectionniste. Il n'ira jamais faire chier quelqu'un qu'il ne juge pas comme étant excellent. D'ailleurs, le simple fait qu'il se pointe à autant de tes entraînements en est la preuve, parce que je t'assure qu'on ne le voit presque jamais quand c'est les autres qui passent les ateliers.
-Les autres ne s'en sortent pas ? Questionnai-je, curieuse.
-J'ai pas dis ça. Rectifia le sous-officier. Ils sont très bons dans l'absolu, mais bon...C'est toi qui rafle toute l'attention, donc en comparaison, ils brillent moins, c'est un fait. Regarde Velarius par exemple. Il est excellent sur tout ce qui touche aux parcours d'obstacle ou aux exercices de tir. Il est pratiquement aussi bon que toi d'ailleurs. Par contre, tout ce qui touche aux procédures tactiques, aux progressions en formation et compagnie, putain...Enfin, il est pas débile hein, il y arrive. Mais il faut lui réexpliquer pas mal de fois. Je sais pas, tu sens bien que...

Le sergent Hiriel claqua des doigts, l'air de chercher ses mots.
-Enfin je veux dire, tu sens bien que c'est pas naturel chez lui quoi. Conclut-il. Tout ça pour dire : Sertorius s'est pointé une seule fois à l'un de ses entraînements. Il est resté trente secondes, a soufflé comme un phoque, puis s'est tiré. Et on l'a plus jamais revu à un exercice de Velarius.
-Résultat, il vient me faire chier moi, parce que je réussis mes ateliers. Marmonnai-je. Drôle de manière de considérer l'excellence...
-Ben c'est logique hein ! Constata le formateur. Les opérateurs comme toi êtes une véritable vitrine pour le RAC, et même pour toute la cavalerie impériale. Sertorius veut garder une image de prestige, et quel meilleur moyen de s'assurer que tu exploses tout et fasse honneur au RAC en te poussant constamment à aller plus loin ?

Je mâchonnai lentement mon poulet, pensive.
-Tu sais, il y a des rivalités assez fortes entre unités de forces spéciales. Poursuivit Roderic Hiriel. La DSM est un peu à part, parce que la marine est un peu à part de manière générale. Mais avec la DRI par contre, ça fait des décennies qu'on se tire la bourre. Et là, ça fait quand même quelques années que le RAC s'impose comme la référence en matière de forces spéciales. Sertorius tient à cette image. C'est normal qu'il fasse chier les recrues comme toi. Il veut que tu sois la meilleure, pour la gloire du RAC.
-Toujours ces rivalités à la con. Grommelai-je. C'est comme l'infanterie contre la cavalerie au final. Le nombre de fois où des petits officiers de l'infanterie sont venus nous faire chier quand j'étais dans le onzième de cavalerie...
-Ben c'est exactement ça en fait. Nota l'Impérial. La DRI appartient à l'infanterie, alors que le RAC appartient à la cavalerie. Et une fois encore, le RAC, donc la cavalerie, impose sa domination. Et ça tu penses bien ça les fait chier, tous les ploucs de l'infanterie.

Effectivement, aussi loin que remontait ma mémoire, l'infanterie et la cavalerie impériale avaient toujours entretenu une forte rivalité. Souvent, cette rivalité avait même prit des proportions exagérées, allant jusqu'à de la rétention d'information ou de matériel entre les deux éléments.
Le problème à la base, c'était la nature même de ces deux branches. Beaucoup de gens associaient l'infanterie aux piétons, et la cavalerie aux chevaux, mais c'était bien plus compliqué que ça.
En vérité, l'infanterie, c'était véritablement la grande armée de l'Empire. Elle était forte, massive, exhaustive et éclectique. Elle pouvait s’acquitter de toutes les fonctions, de toutes les missions, et c'était avant tout par elle que l'Empire dominait Tamriel depuis des milliers d'années. Rien que sa devise « sert et protège » en disait long sur son engagement total et inébranlable. Elle conquérait les régions inhospitalières, mais assurait également la sécurité des régions conquises. Elle combattait les envahisseurs, mais protégeait également les citoyens. Elle représentait en quelque sorte l'image que se serait fait n'importe qui à propos de la grande armée d'une grande civilisation.
Concernant la cavalerie, c'était un peu différent...En fait, à la cavalerie, on était beaucoup moins nombreux qu'à l'infanterie de base, car notre mission, notre raison d'être, n'était pas tout à fait la même non plus. Nous n'étions pas que des cavaliers. Nous étions également des fantassins, des matelots et des mages, à la différence près que nous n'avions pas pour objectif premier d'assurer directement la sécurité de l'Empire, contrairement à l'infanterie. Notre devise « toujours devant » parlait d'elle même. La cavalerie, c'était la branche offensive de la Légion Impériale. La cavalerie, c'était la branche des brutes, des sauvages, des bourrins, de ceux qui partaient toujours les premiers au casse-pipe, et qui ramenaient avec eux la victoire. La cavalerie, c'était ceux qui se battaient avec orgueil, pour la gloire de l'Empire, et qui voulaient être reconnus comme tels. Les différences de mentalité étaient notables entre ces deux branches. Souvent, elles provoquaient des tensions...L'infanterie formait des soldats, alors que la cavalerie formait des guerriers. L'infanterie assurait avec abnégation la sécurité de l'Empire et de ses citoyens, alors que la cavalerie voulait provoquer la peur et la mort chez ses ennemis. L'infanterie misait sur des stratégies prudentes, globales, alors que la cavalerie faisait la part belle aux tactiques agressives, voir spectaculaires. Enfin, l'infanterie incarnait le respect et l'humilité, quand la cavalerie affichait ostensiblement sa force et son impétuosité. Depuis toujours, l'infanterie voyait la cavalerie comme une branche remplie d'abrutis bagarreurs et sanguinaires, aimant se pavaner et se donner en spectacle alors que la cavalerie de son côté, voyait l'infanterie comme une branche de planqués, de fainéants et de couillons aigris. Évidemment, fallait-il que cette rivalité se perpétue jusque dans les unités de forces spéciales...
-...Ce qui fait chier les mecs de l'infanterie surtout, c'est que la cavalerie est protégée par la loi impériale. Conclut Roderic Hiriel, un sourire arrogant aux lèvres. On est la seule branche de la Légion à ne pas pouvoir être dissoute, réduite à une force symbolique, ou être fusionnée à une autre branche. Et ça ça les rend fous, eux qui ont essayé de nous absorber plein de fois.
-Ben ouai, ils voient ça comme un traitement de faveur supplémentaire, nous qui sommes déjà au centre de l'attention la plupart du temps. Fis-je remarquer. Puis protéger une branche militaire avec une loi...C'est rare. Je crois que les seuls autres à faire ça, c'est les Dunmers non ? Leurs Ordonnateurs et leur Morag Tong sont protégés par un décret spécial également. D'ailleurs quand on y pense, c'est fou. Même les Lames de l'empereur ne sont pas protégées par la loi. La preuve, ils ont carrément été démantelés.
-Officiellement hein...Railla Roderic Hiriel.
-Oui, bon, officiellement c'est vrai. Renchéris-je. Mais bon...
-Toutes époques confondues, la cavalerie est la branche de la Légion qui a participé au plus grand nombre de batailles, et à ramené le plus de victoires. Conclut le sous-officier. Et c'est la spécialité de l'Empire. C'est ce qui nous place au dessus de toutes les autres civilisations sur le plan militaire. Encore heureux que la loi nous protège. Bon enfin bref.

BlackDeViL24
BlackDeViL24
MP
10 janvier 2021 à 20:49:40

L'Impérial s’affaissa sur sa chaise, termina de mâchonner son poulet, puis tourna de nouveau la tête dans ma direction :
-Je te dois combien ?
-Euh...Neufs Septims. Comptai-je.
-Oh ça va.

Il prit une poignée de pièces dans sa poche, les recompta rapidement, puis me les tendit.
-Bon, motus hein. Insista-t-il. C'est pas très réglo ce qu'on fait là. Si jamais on nous crame...
-Mais oui va.

La journée du lendemain fut essentiellement dédiée à des parcours d'obstacles. En solitaire bien sûr, mais également en équipe. Et comme toujours, nous étions chronométrés et classés en fonction de nos résultats.
Le parcours d'obstacles en équipe fut le premier à nous être imposé. En l’occurrence, il s'agissait de faire transiter un brancard lesté par un faux blessé à travers une série de pontons, de fossés et de barricades de toutes sortes. Nous étions répartis en deux équipes de trois, et si l'itinéraire en lui même n'avait rien de compliqué dans l'absolu, le poids et l'encombrement du brancard rendaient tout de même la plupart des passages d'obstacles assez tendus. Il fallait se coordonner, s'épauler mutuellement, et se répartir astucieusement les tâches. Évidemment, on m'avait mis avec les deux plus gros nigauds de la sélection, à savoir Hastrel Velarius, le Khajiit, et Artus Vendicci, un jeune Impérial plein de fougue mais pas logique pour un sous. Et autant dire que c'était très mal parti :
dès le premier fossé, l'autre équipe nous avait mis au moins vingt mètres dans la vue...
-Mais qu'est-ce que vous foutez ?! Aboyai-je, furibonde, en voyant Hastrel et Artus tirer tous les deux du même côté du brancard. Vous forcez l'un contre l'autre bande d'abrutis !

J'aperçus les sergents Senarel et Hiriel glousser quelques mètres plus loin.
-...Dites, je sais pas si vous êtes en courant, mais le chrono est lancé hein ! Renchérit même le sergent Hiriel.
-Putain mais j'arrive pas à le... ! Grogna Hastrel en s'acharnant à tirer contre Artus.
-Mais non enfin ! Insistai-je. Moi je tire et vous, vous le soulevez comme ça !
-Mais il est coincé ! Renchérit Artus, alors que le brancard s'enfonçait un peu plus dans le fossé à chaque seconde.
-Mais pas comme ça bordel ! Criai-je, excédée. On va jamais y arriver si vous... !

Je sentis un feu ardent monter brusquement dans mes entrailles. D'un coup, je lâchai le brancard, me jetai dans la fosse, et commençai à pousser mes coéquipiers tout en leur gueulant dessus.
-Bon toi dégage ! Aboyai-je en direction d'Hastrel. Sors de la fosse et tire par ce côté là ! Artus, toi tu pousses comme ça, et moi je le porte comme ça !
-Mais d'où tu me donnes des... ?! Commença l'Impérial d'un air offensé.
-Ta gueule ! Fais ce que je dis ! Coupai-je.

Vu l'urgence de la situation – l'autre équipe était déjà deux obstacles plus loin – mes deux collègues obtempérèrent sans trop poser de questions, et firent exactement comme je leur en avais donné l'ordre. Quelques secondes plus tard, le brancard était enfin de l'autre côté de la fosse.
-Un de chaque côté et moi derrière ! Indiquai-je cette fois-ci. Allez allez allez !

Nous reprîmes la progression au pas de course, et arrivâmes rapidement à l'obstacle suivant, à savoir une succession de poutres de plus en plus hautes.
-La même ! Hastrel tu passes devant et nous on te le fait glisser ! Ordonnai-je.

Le brancard passa l'obstacle en quelques secondes à peine, et nous pûmes aussitôt reprendre notre course effrénée. Les pièges suivants furent d'ailleurs tous abordés de la même manière : Je gueulais, on s'exécutait, ça passait comme une lettre à la poste. On parvint même à rattraper notre retard sur l'autre équipe, puis à la dépasser.
-...Putain j'en peux plus...Haleta Hastrel, qui à défaut de faire preuve de logique, avait au moins le mérite de s'arracher sur le plan physique, comme à chaque fois.
-On y est presque ! Les encourageai-je alors que nous arrivions au dernier obstacle, à savoir une grande palissage bien lisse de trois mètres de haut. Posez le brancard et faites moi la courte échelle !

Mes deux collègues s'exécutèrent, et me permirent dès lors de gagner rapidement le sommet de la palissade. Ils me firent ensuite passer l'une des deux extrémités du brancard.
-Poussez ! Insistai-je.

Par nos forces combinées, ainsi que par effet de levier, le brancard se retrouva soudain au sommet de la palissage lui aussi, en équilibre précaire, mais en équilibre quand même.
-Hastrel ! Appelai-je ensuite en tendant ma main.

Le Khajiit prit son élan, couru, prit appuis contre la palissage avec son pied, et attrapa ma main à la volée. J'eus l'impression que j'allais me rompre une artère, mais parvins tout de même à le hisser et à le faire passer de l'autre côté.
-Prépare toi à réceptionner le brancard ! Indiquai-je, avant de me retourner vers Artus et de l'appeler à son tour.
-Nan c'est bon ! Grogna l'Impérial. Je peux me débrouiller tout seul !

Il imita le geste d'Hastrel en prenant bien soin d'éviter ma main tendue, sauf que je l'attrapai sauvagement par le col de sa tenue, le hissai furieusement par dessus la palissade, et le fis basculer de l'autre côté.
-Putain mais nique ta mère sérieux ! Aboya l'Impérial en chutant, sans gravité heureusement, à côté de Hastrel.
-Attrapez-le ! Poursuivis-je sans lui prêter plus d'attention.

Je fis précautionneusement glisser le brancard dans leur direction, jusqu'au point d'équilibre.
Heureusement, Hastrel le réceptionna juste avant qu'il ne commence réellement à chuter.
L'instant d'après, nous étions tous en bas, sur la ligne d'arrivée, les poumons en feu, mais victorieux.
-Deux minutes quarante-quatre. Nota le sergent Senarel avec une moue étonnée. Et ben, autant ça partait mal, autant vous vous êtes sacrément bien rattrapés !

Mes collègues et moi restâmes silencieux, penchés en avant, les mains sur les genoux, tentant tant bien que mal de reprendre notre souffle.
-...Au passage Othril. Reprit le sergent Senarel tout en annotant son carnet. Tu donnais les ordres, mais c'est quand même toi qui portais pratiquement toute la charge, alors que t'es la plus petite. C'est bien beau de vouloir faire gagner ton équipe, mais le nivellement par le bas, c'est pas trop notre truc au RAC. En l’occurrence, c'est à eux de s'élever à ton niveau, pas à toi de compenser le leur.

Je ne répondis pas, mais aperçus clairement le regard mauvais que me lança Artus Vendicci.
Quelques secondes plus tard, la deuxième équipe débarqua enfin, à bout de souffle, et surtout, bien déconfite par la tournure de l’exercice.
-Félicitation messieurs ! Acclama ironiquement le sergent Senarel en se tournant dans leur direction. Votre lenteur vous a permis de rater votre fenêtre d'exfiltration. Maintenant, vous avez seuls, très loin de chez vous, et avec un blessé grave sur les bras qui plus est.

BlackDeViL24
BlackDeViL24
MP
10 janvier 2021 à 20:49:59

Le parcours individuel fut bien plus facile en fin de compte. Il était certes plus technique, mais je n'eus pas à m'encombrer de coéquipiers stupides cette fois-ci. Je pus donc sauter, ramper, escalader, grimper et me balancer d'obstacle en obstacle sans trop de peine. Et je gagnai pas mal d'avance sur les autres d'ailleurs, ce qui permis notamment de relâcher un peu ma concentration, et de remarquer alors la présence de deux opérateurs du RAC, occupés à arpenter les abords du parcours tout en nous observant avec attention.
-...Tu vois ? Commenta un colosse barbu au moment même où je passais devant lui.

Colosse barbu que je reconnus aussitôt comme étant le sergent Rexus Frey, à qui j'avais collé une énorme rouste à mon entraînement de lutte quelques jours plus tôt.
-Mouai, je sais pas...Grogna son collègue, un Dunmer un peu plus petit, mais costaud et hirsute lui aussi.

Je continuai mon parcours au même rythme, et passai plusieurs nouveaux obstacles alors que les deux soldats semblaient débattre vivement à mon sujet.
-...Tu râles parce qu'elle a pulvérisé tous tes records. Railla la voix de Rexus Frey dans mon dos.
-Pas du tout ! Répondit celle du Dunmer. C'est juste que j'aime pas les grandes gueules, et elle a l'air d'avoir une grande gueule !
-Oh arrête hé ! Insista Rexus Frey. Tu tolères bien Linus !
-Justement, je veux pas d'un autre Linus dans l'équipe ! Rétorqua le Dunmer.
-Othril ! Concentre toi au lieu d'écouter les conversations ! Me rabroua brusquement le sergent Hiriel au moment même où je passais devant lui. Velarius est en train de te rattraper je te signale !

Je perçus soudain le souffle rauque du Khajiit quelque part derrière moi, et me remis aussitôt à accélérer. Les deux derniers obstacles furent une escalade à la corde, suivi d'un pont de planches particulièrement casse gueule. Heureusement, je passai la ligne d'arriver sans plus d'encombre, et terminai première, quelques secondes devant Hastrel Velarius.
-Bon, ça roule pour vous deux. Nota le sergent Senarel en arrêtant son chronomètre.
-...Putain...Souffla le Khajiit en tentant de reprendre son souffle. T'es trop avantagée sur les portions d'escalade avec ton poids plume...
-Et toi t'es avantagé partout ailleurs avec tes grandes jambes musclées. Fis-je remarquer.

Il fallut attendre pas mal de secondes pour voir arriver les suivants. Hlaano, Salvarus, Previa...Et en dernier, Artus Vendicci.
-M'ouai...Bof bof hein...Grinça le sergent Senarel à leur encontre. Bon, repos de quelques minutes. Je dois apporter les résultats au bureau.

Les différentes recrues reprirent leur souffle, méditant sur leurs parcours, certains pestant silencieusement contre leurs résultats. Sauf Artus Vendicci du moins, qui pour une raison que j'ignorais totalement, décida soudain de rediriger toute sa rancoeur contre moi.
-Tu regardes quoi toi ?! Cracha-t-il. Arrête de te la péter !
-Pa...Pardon ? Répondis-je, interloquée.
-T'as très bien entendu ! Insista l'Impérial. Regarde ailleurs pour commencer !
-Hey gros, calme toi...Intervint Hastrel Velarius.
-Mais qu'est-ce qui lui prend à ce taré ? Questionnai-je en haussant un sourcil. Pourquoi tu t'excites comme ça ? C'est quoi ton problème ?
-Mon problème c'est que tu casses les couilles ! Lâcha Artus Vendicci. Tu fais la meuf, tu te la pètes, tu suces les formateurs mais en vrai t'as rien à foutre ici !
-Je suis plus ici à ma place que toi pauvre con ! Répliquai-je brusquement en sentant une colère sourde monter en moi. Et je suce personne, arrête de dire des conneries !
-Mon cul ! Insista l'Impérial. T'es avantagée à mort sur toutes les épreuves ! Ça crève les yeux !
-Non mais mec, arrête...Intervint à son tour Bildren Hlaano, l'autre Dunmer de la sélection. Elle fait les mêmes exercices que nous. Elle est meilleure, c'est tout...
-...Et vas-y que ça fanfaronne, et vas-y que ça fait l'aguicheuse pour gratter des bonnes notes...Persista Artus Vendicci sans même l'écouter. La vérité, si t'étais pas une meuf et que t'étais pas dans les petits papiers de Sertorius, tu te serais faite gicler de la sélection depuis longtemps !
-Moi dans les petits papiers de Sertorius ?! Répétai-je, outrée.

Je sentis la colère me gagner de plus en plus. Pour qui se prenait-il, ce petit fils de pute, à me dénigrer ainsi ? Pour qui se prenait-il, à réduire mes efforts et ma détermination derrière l'argument bidon de mon sexe ?
-...C'est vrai quoi, vous avez pas remarqué ? Poursuivit l'Impérial en prenant soudain à parti les autres recrues. C'est évident qu'elle est avantagée !
-Regardez-la, cette raclure, à essayer de ramener du monde à sa cause...Répliquai-je d'un air mauvais. La vérité, c'est que t'es salé parce que t'as perdu. La preuve, tu viens encore de terminer dernier. Et donc tu deviens mesquin, comme tous les perdants. Perdant dans les épreuves, perdant dans ta tête.
-Bon bon, on se calme hé. Intervint de nouveau Hastrel Velarius.
-Non non mais moi je te le dis, les mecs comme lui ils sont dangereux. Insistai-je, de plus en plus gangrenée par la colère. C'est typiquement le genre de fils de pute à te poignarder dans le dos pour arriver à ses fins.
-Dit celle qui préfère sucer des bites ! Répliqua l'Impérial.
-...Et les merdes comme lui, elles peuvent bien avoir des yeux derrière la tête, parce que je prendrai aucun risque. Conclus-je tout en le fusillant du regard. Vous êtes une maladie, il faut vous éradiquer. Alors ouvre bien tes yeux mon gars, parce que si jamais je te croise sur le champ de bataille, je te tire dessus.

Artus Vendicci m'empoigna sauvagement. Les autres tentèrent immédiatement de s'interposer, mais trop tard hélas. Quelque part dans ma tête, une soupape venait de lâcher...
D'un coup, je lui collai mon poing en pleine gueule. L'impérial tituba, mais se ressaisit et tenta rapidement de répliquer. Je passai aussitôt sous sa garde et le frappai dans les côtes de toutes mes forces. Je sentis quelque chose craquer sous mes doigts, et enchaînai immédiatement avec un deuxième coup de poing en pleine tronche. Artus tomba au sol, et prit plusieurs coups de pieds dans la gueule avant que je ne me décide soudain à me jeter sur lui pour mieux le finir à mains nues.
-OTHRIL ! OTHRIL QU'EST-CE QUE TU... ! Beugla quelqu'un derrière moi.

Je lui collai plusieurs coups de poing dans la mâchoire. J'avais envie de lui faire mal, de le démonter, de le dégommer, de le fracasser, de le détruire...Un coup de poing, deux coups de poing, trois coups de poings...Mes mains étaient en sang, son visage également, mais je ne comptais pas m'arrêter là, sûrement pas. Il m'avait cherché, il m'avait insulté, et ça, il allait le payer très cher.
-OTHRIL ARETE ! Gueula de nouveau une voix alors que de nombreux bruits de pas approchaient à toute vitesse.

Des mains puissantes m'attrapèrent soudain. En l'espace de quelques dixièmes de secondes à peine, je fus immobilisée au sol par plusieurs formateurs, ces derniers ayant immédiatement rappliqué au son de la bagarre.
-...Tu perds les pédales ?! Qu'est-ce que tu fous ?! Siffla Roderic Hiriel, penché au dessus de moi alors qu'on me maintenait fermement à terre.
-Mêle toi de ton cul ! Soufflai-je entre mes dents.
-Attends je t'explique ! T'es pas à la Confrérie Dunmer ici ! Aboya le sous-officier. Tu tabasses pas des gens comme ça pour le plaisir !
-Il m'a fait chier ! Répondis-je.
-J'en ai rien à foutre ! Coupa le sergent.

BlackDeViL24
BlackDeViL24
MP
10 janvier 2021 à 20:50:23

Tout se passa très vite à partir d'ici. Je fus entraînée de force hors du terrain d’entraînement, loin des autres recrues et du programme de sélection du RAC. En quelques minutes à peine, je fus forcée de renouer avec ma vie d'autrefois, et retrouvai d'ailleurs un endroit que je ne connaissais que trop bien : le mitard, ni plus ni moins.
Là, dans une cellule de six mètres carrés entièrement plongée dans le noir, lorsque la colère retomba enfin et que la lucidité reprit peu à peu le dessus, la réalité me rattrapa finalement : sur un coup de sang, je venais de tout foutre par terre...Je venais de foutre par terre ma sélection, ma carrière, et peut-être tout mon avenir dans la foulée. Et tout ça pour quoi ? Pour faire fermer sa gueule à un petit merdeux médisant ? Mais les mecs comme Artus Vendicci, je les connaissais bien. Je n'avais côtoyé qu'eux pendant plus de dix ans, que ce soit à l'académie militaire impériale, au onzième de cavalerie, et aux services de renseignements. Même en classe préparatoire militaire, j'avais croisé mon lot de petits enculés malhonnêtes qui cherchaient à vous tacler pour mieux gravir les échelons, quand ce n'était pas tout simplement pour maquiller leur propre incompétence. J'étais rodée à ce genre de comportements mesquins. J'avais appris à faire avec. Et en même temps je n'avais pas eu le choix. A quoi aurait ressemblé ma carrière si j'avais dû me battre avec tous les connards médisants que j'avais été amenée à croiser ? On aurait beau me coller l'étiquette de fille impulsive, c'était pourtant ma patience et mon détachement qui m'avaient mené jusqu'ici. Je ne prenais pas souvent la peine d'y réfléchir, mais il était vrai qu'à trente-et-un ans, j'avais déjà un sacré CV, eu égard du monde dans lequel j'étais née. J'avais vécu toute ma vie dans un orphelinat de ghetto, au beau milieu des criminels, des trafiquants et des toxicos en tous genres. J'aurais eu toutes les raisons de céder à la facilité et de finir comme tous ces banlieusards désoeuvrés. Pourtant, j'avais mordu dans la vie à pleines dents, je m'étais arrachée, j'avais bien étudié à l'école et j'avais rapidement décidé d'embrasser une carrière militaire. A l'époque, et aujourd'hui encore, j'avais estimé que ce serait ma seule porte de sortie, le seul moyen d'échapper au monde de merde dans lequel j'étais née.
C'était ma détermination et ma patience qui m'avaient mené jusqu'ici, parmi les institutions les plus prestigieuses et les plus fermées de tout l'Empire, quoi qu'en diraient les psychologues qui ne retiendraient de Teleri Othril que l'image d'une Dunmer agressive et instable.
Plongée dans la pénombre et dans mes pensées, je fus bientôt prise d'un étrange sentiment de mélancolie. D'une certaine manière, les propos du sergent Hiriel avaient eu leur effet...
La Confrérie Dunmer...Je commençais presque à la regretter oui, je devais bien l'avouer...
En vérité, beaucoup d'agents infiltrés finissaient par vivre ce paradoxe. C'était un phénomène bien connu au sein des services de renseignements, et c'était d'ailleurs pour ça que la cellule psychologique y était aussi active. Enfermés dans nos rôles, obligés non pas de jouer, mais de vivre à deux-cents pourcents nos rôles de couverture, nous finissions par entrevoir du positif à cette nouvelle existence. En quelque sorte, l'on se mettait à reconnaître, et même à apprécier un mode de vie que nous étions pourtant censés combattre de tout notre être, de toute notre âme. On finissait par remettre en doute nos connaissances, nos certitudes, tout ce que nous avait inculqué la société impériale à propos de la criminalité, de la morale, et plus généralement de ce qui était bien ou pas.
On découvrait une nouvelle vie, de nouvelles contraintes bien sûr, mais également de nouvelles opportunités, voir de nouvelles vertus, car nous vivions réellement cette vie au quotidien, bien loin de tout ce à quoi nous avait préparé les instructions et les formations préliminaires.
Ce n'était pas pour rien, finalement, que beaucoup d'agents finissaient par retourner leurs vestes, et que la cellule psychologique des services de renseignements était aussi active à la moindre opération. En ce qui me concernait, mes deux longues années d'infiltration au sein de la Confrérie Dunmer n'avaient pas eu que des inconvénients, je m'en rendais bien compte désormais. Ça m'avait déjà frappé à l'époque, mais ça me semblait encore plus évident aujourd'hui, alors que je me retrouvais enfermée au mitard pour m'être défendue d'une agression physique.
Durant plus de deux ans, j'avais dû jouer un rôle qui m'avait tout d'abord répugné. J'avais dû faire mes preuves, vivre une vie de véritable criminelle, car ce n'était qu'ainsi que j'aurais pu me faire ma place dans le gang. J'avais souvent dû assister à des scènes abjectes, voir même participer à des crimes dont je n'étais pas fière. Toujours, je m'étais répétée que c'était pour une cause supérieure, que ces trafiques, ces agressions et ces meurtres auraient eu lieu quoi qu'il advienne, et que ma mission serait justement de faire en sorte que tout ceci ne se reproduise plus jamais.
Il y avait eu beaucoup de mauvais moments à la Confrérie Dunmer. Des moments durs, pénibles, traumatisants même. C'était un fait. Je l'avais reconnu et j'en avais longuement parlé à la cellule psychologique des services de renseignements. Il me faudrait vivre avec pour le restant de mes jours...
Pour autant, la Confrérie Dunmer, ça n'avait pas été que des mauvais côtés. Loin de là d'ailleurs...
La question de l'argent par exemple : à l'époque, je m'étais faite plusieurs millions de Septims d'argent sale, rien que ça. J'avais dû m'infiltrer, risquer ma vie au quotidien, côtoyer les pires ordures sanguinaires de tout Tamriel, tout ça pour un salaire modique de fonctionnaire impériale. En contrepartie, l'organisation criminelle que j'étais censée combattre m'avait permis de gagner en deux ans à peine ce que j'aurais mis plusieurs vies à gagner par des moyens honnêtes et légaux.
L'argent ne m'intéressait pas, ce n'était pas pour ça que j'avais choisi cette voie, mais malgré tout, comment ne pas comprendre tous ces gens qui finissaient par tomber dans la facilité ? On nous envoyait combattre des gangs qui nous payaient mille fois plus que nos véritables taffs. Il y avait de quoi faire tourner quelques têtes...
Et puis bien sûr, ce qui m'amenait presque à regretter la Confrérie Dunmer en cet instant précis, et plus généralement encore, le milieu carcéral, c'était à quel point la vie y était simple, d'une certaine manière. Les gens voyaient souvent les taulards comme des monstres, mais moi je pouvais en témoigner : les prisonniers, c'était des humains comme tous les autres finalement, et les comportements qu'on voyait en prison n'étaient pas forcément pires que ceux rencontrés dans un travail lambda. A bien des égards, la prison était même plus saine, car tout y était plus facile, plus limpide, moins hypocrite. Quand on m'avait fait chier en prison, je n'avais eu qu'à cogner sur mon adversaire, ou au pire, à le planter avec un poignard de fortune. Pas de règles débiles, pas de procédures stupides ou injustes. Un mec te cassait les couilles, tu lui cassais la gueule, il recommençait plus et on en restait là, point barre. Jamais on n'aurait foutu en l'air ma carrière de trafiquante parce que j'avais latté un emmerdeur au beau milieu du bloc. Au contraire même, on aurait salué ma légitime défense, parce que c'était ainsi que ça fonctionnait en prison.
Mes deux années dans l'un des gangs les plus violents de toute l'histoire de Tamriel m'avaient amené à côtoyé un tas de tarés, de sociopathes et de malades mentaux, c'était un fait, mais elles m'avaient aussi et surtout amené à côtoyer des gens tout bonnement désarmants de franchise et d’honnête. Et c'était ça, cette étrange impression, qui me rendait étrangement mélancolique tout à coup. Cette franchise et cette simplicité presque vulgaires, je ne les retrouverais probablement plus jamais, car le monde des gens normaux, le monde d'en haut, était fait de règles et de protocoles à n'en plus finir. Et le pire, c'est qu'il était tout aussi sale et violent que le monde des criminels.
Juste, il s'en cachait beaucoup mieux.

Peut-être que les autres avaient eu raison finalement. Peut-être que la Confrérie Dunmer m'avait changé bien plus que je n'avais voulu l'admettre...
-...C'était pas très malin...Commenta Roderic Hiriel à travers la porte du mitard, plusieurs jours au moins après ma mise à l'écart. Tu lui as cassé plusieurs dents, plusieurs côtes, et il souffre même d'une commotion...
-Je me suis défendue...Murmurai-je, rattrapée par la fatigue.

Je ne savais pas bien dire pourquoi, mais là, perdue dans cette société, dans cet univers que je ne comprenais plus, j'avais envie de pleurer...
-Ouai, mais le problème, c'est que tu n'as rien de ton côté. Reprit le sergent Hiriel après quelques secondes d'un silence désemparé. Pas la moindre égratignure, pas le moindre hématome.

La voix de l'Impérial semblait étrange elle aussi. Il paraissait presque...peiné. Peiné de voir cette recrue foutre aussi brusquement son avenir en l'air, elle qui avait si bien réussi jusqu'ici.
-...Nero Sertorius ne veut plus entendre parler de toi. Conclut le sous-officier dans un souffle. Ils vont certainement te renvoyer d'ici quelques jours, le temps de clôturer l'enquête, ainsi que la procédure de sélection. C'est bête, on était plus qu'à quelques jours de la fin...

BlackDeViL24
BlackDeViL24
MP
10 janvier 2021 à 20:50:50

Je ne répondis pas, l'esprit déjà ailleurs, loin du mitard, lors de Fort-Lancier, loin du RAC et de ma vie dans la Légion Impériale.
Que ferais-je à partir de maintenant ? Je n'y avais plus vraiment réfléchi...Les services de renseignements ne me reprendraient probablement pas après cette histoire. Cette bagarre aurait forcément des répercussions, bien au delà du girond de la Légion. Probablement me poursuivrait-elle longtemps, car il n'avait pas s'agit d'une simple rixe entre deux soldats, mais bien d'un tabassage en règles commis sur un futur opérateur échelon un. Et ça pour le coup, c'était grave, je le savais pertinemment bien. C'était un motif bien connu de renvoi. Les portes des institutions impériales me seraient probablement fermées à tout jamais, tout comme celles de nombreuses entreprises privées d'ailleurs. Qui voudrait d'une ancienne Légionnaire, virée pour comportements violents ? Ce serait une information publique, facilement vérifiable, et autant dire que sur mon CV, elle ferait tâche...Qui voudrait de ce genre de personne dans son entreprise ? Qui voudrait s'encombrer de ce genre d'indésirable ? Personne, assurément...
Qu'allais-je donc faire de ma vie à partir de maintenant ? Qu'allais-je devenir ? Que me restait-il ?
J'avais travaillé pour l'Empire toute ma vie, j'avais voué la quasi totalité de mon existence à le servir...Où irais-je une fois le RAC derrière moi ? Je n'avais aucune alternative, aucun plan de secours. Je serais probablement condamnée à errer dans le ghetto pour toujours, comme tous les rejetés de la société, comme tous ces gens dont j'avais constamment tenté de me démarquer.
C'était un comble d'ailleurs, de réaliser que j'allais bientôt être ramenée de force dans cet univers que j'avais cherché à fuir par tous les moyens possibles depuis ma plus tendre enfance.
Un gang ? Une organisation criminelle ? J'avais envie de me mettre des claques rien que d'y penser, mais d'un autre côté, je me sentais désespérée, et je n'avais plus vraiment l'impression d'avoir le choix...Après tout, je connaissais du monde, j'avais de l'expérience là dedans, et je savais d'ailleurs que les anciens légionnaires étaient particulièrement prisés dans certains groupuscules criminels. Les Lances Noires et les Ultra Septima notamment, deux célèbres gangs de cavaliers criminels particulièrement actifs en Hauteroche et en Elsweyr, et qui étaient composés de pas mal d'anciens soldats de la cavalerie impériale. D'ailleurs, ils étaient connu pour adopter une structure militaire assez forte, à l'image de cette institution qu'ils avaient fini par quitter, quand ils n'en avaient pas purement et simplement été virés, comme moi très bientôt.
Sûrement que mon profil les intéresserait oui...Et puis j'y retrouverais la simplicité, la franchise, la fraternité, et aussi l'argent facile, car le trafique d'armes et de drogues, ils connaissaient évidemment...
Probablement me serais-je foutue des torgnoles à me laisser aller à de telles réflexions, il y a quelques jours encore. Mais là en l’occurrence, je me sentais tellement désespérée que je ne voyais plus vraiment vers quel autre genre d'avenir me tourner...

Plusieurs jours passèrent, lentement, sans se presser. Plusieurs fois, j'eus l'impression que la vie s'était arrêtée au delà de ma cellule. D'ici, je n'entendais plus le moindre bruit, le moindre souffle, à croire que le RAC avait cessé d'exister en mon absence.
Que se passait-il là dehors ? Les autres avaient-ils terminé leur formation ? Étaient-ils finalement devenus de véritables soldats du RAC, les meilleurs des meilleurs, choisis par leurs nouvelles sections pour enfin partir à l'aventure au quatre coins de Tamriel, et y entamer une nouvelle vie faite d'opérations en tous genres ? Avaient-ils déjà tourné la page de ces étranges sélections, celles-là même dont ils se rappelleraient vaguement un jour, lorsqu'une Dunmer avait salement amoché un de leur coéquipiers au détour d'un exercice lambda ?
Ce que je me sentais bête, finalement...J'avais tout détruit, foutu ma vie en l'air sans aucun recours possible, alors qu'il m'aurait suffit de tourner la tête et de ne pas écouter cet imbécile pour changer mon futur du tout au tout...

La porte de ma cellule s'ouvrit à la volée, m'arrachant un sursaut par la même occasion.
Je m'attendis à apercevoir de nouveau le sergent Hiriel, prêt à me renvoyer chez moi, mais sursautai une nouvelle fois en reconnaissant soudain le général Sertorius en personne.
Sans crier gare, ce dernier fonça d'un pas furieux vers moi, me choppa par le col de ma tunique, me remit sauvagement sur mes pieds, et m’entraîna de force en dehors de la cellule.
-Vous me cassez les couilles Othril ! Vociféra l'officier supérieur. Vous êtes une peste, et une emmerdeuse !
-Je...Oui monsieur...Acquiesçai-je maladroitement, ne sachant pas exactement quoi lui répondre.
-Le sergent major Telrav Gravius a insisté pour vous avoir à l'essai sur la prochaine mission de la section Uriel ! Expliqua l'Impérial tout en m'entraînant de force à travers une série de couloirs. Vous y retrouverez notamment le sergent Rexus Frey ! Vous vous souvenez du sergent Rexus Frey n'est-ce pas ?! Un autre trophée à votre magnifique tableau de chasse !

J'eus l'impression qu'une pièce venait de tomber dans mon cerveau.
-Que... ? Attendez mais...Bégayai-je, incrédule. Une mission d'immersion dans une section du RAC ? Mais monsieur, je pensais que...
-Qu'on allait vous virer ?! Siffla le général Sertorius. Ça m'a traversé l'esprit oui ! Mais étant donné le fait que l'aspirant Artus Vendicci a lui même admis avoir dépassé les bornes, et que les quatre autres recrues ont témoigné pour vous, je me vois contraint de faire une exception !

J'étouffai un rire nerveux. En fait, c'était précisément parce que le sergent Hiriel m'avait expliqué la manière de fonctionner du général Nero Sertorius que je compris soudain à quel point ce dernier avait tout fait pour sauver ma candidature, bien malgré ce qu'il tentait de me faire croire en ce moment même derrière son masque sévère.
-...Monsieur, j'ai tabassé un aspirant échelon un...Repris-je après quelques secondes de réflexion. La loi indique clairement que...
-Vous êtes avocate maintenant ?! Aboya l'officier. Laissez donc la loi à sa place, elle ne vous a rien fait ! Vous n'allez pas la tabasser elle aussi, rassurez moi ?!
-Alors ça, c'est d'un niveau...Pensais-je tout haut dans ma tête.
-Par ailleurs... ! Poursuivit l'Impérial.

Nero Sertorius s'arrêta net, raffermit sa prise sur mon col et agita son gros doigt menaçant juste sous mon nez.
-Par ailleurs ! Reprit l'officier entre ses dents, plus furibond que jamais. Les sélections ont été interrompues durant votre incarcération ! C'est à dire que vous êtes toujours dans la course, en première position, exactement là où vous étiez avant votre coup d'éclat ! A partir de maintenant, vous allez vous arracher jeune fille ! Il reste moins d'une semaine avant la fin des sélections, alors si jamais, SI JAMAIS, vous faites moins bien que première, et que vous ne me sortez pas les meilleurs temps et les meilleurs résultats que j'ai jamais vu, je vous assure que je vous botte le cul à vous en déchausser les molaires ! Me suis-je bien fait comprendre ?!

L'officier supérieur me fixa comme un dément, ses yeux jetant des éclairs droit dans les miens.
-ME SUIS-JE BIEN FAIT COMPRENDRE ?! Répéta-t-il en gueulant
-Ou-Ou-Oui monsieur. Bégayai-je, interdite.
-Brave petite !

Et sur ces mots, il ouvrit une porte, salua brièvement les gens qui se trouvaient de l'autre côté, puis me jeta sans ménagement à leur rencontre, comme un morceau de jambon dans une fosse aux lions.

Newradion44
Newradion44
MP
11 janvier 2021 à 01:27:40

J'ai une question black qui m'est venu en lisant ce chapitre et ce que Teleri a du faire à la confrérie :noel:

En quoi Teleri avait besoin de réduire ce pauvre arsyn en pure esclave sexuel et de jouer la dominatrice sadique ?

:hap:

BlackDeViL24
BlackDeViL24
MP
11 janvier 2021 à 13:25:47

L'histoire est loin d'être finie mon bon khey. Tu imagines bien, on risque de recroiser la bande à Nilvyn d'ici quelques temps. Et il y aura probablement des règlements de comptes entre personnages. :hap:

Newradion44
Newradion44
MP
11 janvier 2021 à 15:58:43

Eraldil qui fini assasin de la confrérie noir je le sens :bave:

Mais bon ça ne repond pas à ma question arsyn à t'il LIKE les FEETENT de Telerient ?

:noel:

BlackDeViL24
BlackDeViL24
MP
11 janvier 2021 à 19:09:51

C'est un secret et ce sera révélé plus tard https://image.noelshack.com/fichiers/2018/36/3/1536182288-jiub-2.png ent

Paix en dépit de https://image.noelshack.com/fichiers/2018/36/3/1536182288-jiub-2.png ent

Newradion44
Newradion44
MP
12 janvier 2021 à 12:40:57

Très bien maitre j'attendrais d'être digne de lire ce parchemin des anciens :noel:

BlackDeViL24
BlackDeViL24
MP
14 janvier 2021 à 20:21:00

Le chapitre suivant est un peu difficile à écrire donc ça prend un peu de temps.

Newradion44
Newradion44
MP
14 janvier 2021 à 23:37:27

Avoir de tes nouvelles est un plaisir SAH. :noel:

Newradion44
Newradion44
MP
15 janvier 2021 à 22:16:05

Sweeeeeeeeeeeeet :noel:

BlackDeViL24
BlackDeViL24
MP
16 janvier 2021 à 10:01:06

Elle arrive aujourd'hui. :hap:

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