Sombre illettré, apprends à écrire ! Pourquoi une telle inappétence linguistique ? Pourquoi ne fournis-tu pas le moindre effort pour pallier tes exorbitantes, messéantes et incommodantes lacunes orthographiques, et ainsi obvier à cette médiocrité en laquelle tu te meus ? Est-ce dû à un manque d'éducation ? à une nature indiciblement cossarde ? Tu m'atterres au plus haut point. As-tu conscience de pousser la déliquescence à son paroxysme ? Tu fais honte à la société. Tous ceux qui comme toi, sont incapables d'écrire correctement dans leur langue natale participent à l'immonde nivellement par le bas. Honnêtement, n'as-tu pas honte de ton orthographe défaillante ? Ne te le fait-on jamais remarquer ? Cela ne te pose-t-il pas des problèmes dans ta vie de tous les jours ? C'est un réel handicap, dont tu es fier ; c'est lamentable. Tu te vautres dans un flagrant illettrisme. Voilà qui est affligeant. Peut-être aurait-ce été envisageable de commencer une discussion construite mais avec un niveau aussi bas tu dois faire partie de ces gens qui deviennent hystériques dès que l'on remet en cause leur « personnalité orthographique », leur droit inaliénable à ne pas savoir conjuguer, leur sacro-sainte liberté de mal écrire, et c'est déprimant. Un peu de calme, de recul, et d'échange posé et consciencieux sans se sentir immédiatement insulté pour rien c'est sûrement trop demander. Le progrès c'est l'autovictimisation, la liberté c'est le rejet. On peut, sans exagération aucune, parler d'analphabétisme. Tu pourras me dire qu'on te comprend parfaitement, mais on se fiche de la compréhension ; on parle là du respect le plus basique de la langue française, qui est la base de la communication et du respect envers ses interlocuteurs. Être mauvais en orthographe n'est pas une tare définitive et incorrigible mais excusable, c'est tout simplement inacceptable et ça dénote même une certaine confusion interne de l'esprit. Quand on ne sait pas écrire ni faire des phrases correctes, c'est qu'on ne sait pas comment fonctionnent les mots qu'on emploie, et dans une moindre mesure ça engendre certaines difficultés à réfléchir et à formuler, comme des angles morts dans la pensée. Rappelle-toi qu'on pense avec les mots, et ce n'est pas parce que la bien-pensance actuelle minimise de plus en plus l'importance de l'orthographe pour ne pas froisser nos pauvres écoliers incapables de parler leur propre langue, que ça diminue ou annule la gravité des faits. La novlangue par la désintégration de la langue. Le principe est simple : plus on diminue le nombre de mots d'une langue, plus on diminue le nombre de concepts avec lesquels les gens peuvent réfléchir, plus on réduit les finesses du langage, moins les gens sont capables de réfléchir, et plus ils raisonnent à l'affect. La mauvaise maîtrise de la langue rend ainsi les gens stupides et dépendants. Ils deviennent des sujets aisément manipulables par les médias de masse tels que la télévision. Je te suggère de travailler ardemment ton français et d'inviter toutes tes connaissances ayant le même niveau – déplorable – que le tien, à en faire de même : la nécessité d'encourager ce type d'initiative sémantique m'apparaît comme essentielle à une époque internettienne où la concision de certaines contributions n'a d'égale que la fantaisie de leur expression. Ne perçois pas cela comme une attaque brûlante émanant de l'attention que je m'efforce de garder, qui m'habilite à accéder à une superposition parfaite avec mon esprit et, ipso facto, à ne pas commettre de répugnantes inexactitudes françaises telles que les tiennes, mais sans qu'il s'agisse nécessairement de suivre la rigueur qui doit être la nôtre lorsqu'il est question d'écrire sur un palimpseste, permets-moi toutefois d'exprimer toute l'inquiétude qui est la mienne à mesure que, profitant de l'ubiquité permise dans la sphère virtuelle, je constate l'hécatombe que subit notre langue. Et pour n'en citer que quelques aspects, je t'invite à remarquer l'absence des signes diacritiques. Pis encore, lorsque, involontairement ou consciemment, certains vont jusqu'à verser dans la métonymie ou bien encore l'anacoluthe, ce qui est certainement ton cas et qui justifie amplement l'enjolivement de ma diatribe. Et c'est en toute conscience que je déclare avec conviction que la conjoncture actuelle oblige à la prise en compte encore plus effective d'une valorisation sans concession de notre moyen d'expression principal : les mots ! Et j'ose espérer que ce n'est pas toi, mon cher compatriote, qui me contrediras si je te dis que l'aspiration plus que légitime de chacun au progrès expressif entraîne une mission somme toute des plus exaltantes pour moi : l'élaboration d'un projet porteur de véritables espoirs linguistiques, notamment pour les plus démunis. Dès lors, sache que je me battrai pour faire admettre que la conjoncture actuelle doit prendre en compte les préoccupations de tous ceux qui déplorent le SMS sans cependant considérer ceux qui font dans le superfétatoire à l'occasion de propagandes parfaitement inutiles. Le succès des clavardages est la preuve de leur inefficacité. Avec plus d'attention, plus de rigueur, nous pourrons atteindre l'apex de la clarté, de sorte finalement que les incompréhensions s'étioleront et plus rien ne viendra entacher notre besoin de communiquer. L'impéritie n'est pas une fatalité ! Et considère qu'il s'agit là de prolégomènes à une action déterminée.