Chapitre 13 : Le bon thé de ma mère (partie 2)
Malgré mes relations fluctuantes avec Grégoire, Mathieu et Mouss je suis au moins parvenu à bâtir un vrai début d’amitié avec Mounir 
Il me propose même de m’inviter chez lui pour qu’on révise nos cours ensemble
Je rentre alors chez Mounir pour la première fois
« Bienvenue à la maison Enezar » 
Je pénètre dans le salon et en quelques secondes, j’ai comme l’impression d’avoir changé de pays. Les murs et le plafond sont couverts de motifs arabes, des tapis aux influences orientales sont disposés partout par terre.
« Sympa la déco » 
« Haha je sais, on est tout de suite transporté ici » 
Puis j’entends une voix appeler Mounir depuis la cuisine
« Mounir le thé est prêt ! » 
« J’arrive ! » 
« C'est ma mère, j’arrive Enezar je vais chercher le thé » 
Puis Mounir revient dans le salon avec un plateau chargé de tasses et d’une théière
« Mounir tu as oublié les gâteaux ! » 
« J’arrive ! J’arrive ! » 
Puis Mounir revient avec des gâteaux arabes
« Pourquoi ta mère ne t’aide pas à apporter les trucs ? Au fait tu ne veux pas que j’aille lui dire bonjour ? » 
Mounir paraît embarrassé
« Euh… eh bien en fait ma mère n’est pas voilée actuellement et elle ne peut pas parler à un étranger à la famille si elle ne porte pas le voile » 
« Ah ouais ? Comment ça se fait ? » 
« Je sais pas c’est les règles de notre religion c’est comme ça » 
A cette époque je ne connaissais rien à l’Islam, bon même aujourd’hui j’y connais pas grand-chose mais en tout cas j’avais aucune idée que ce genre de règles existait 
A vrai dire c’était la première fois de ma vie que je faisais connaissance d’un pote muslim 
On discute avec Mounir de son rapport à la religion et j’apprends même que son père, en plus d’être cardiologue est également imam de la mosquée de la ville
« Donc c’est pour ça qu’on a des règles assez strict ici, mon père suit vraiment les enseignements du Coran de très près » 
« Ah ouais je vois » 
« Jusqu’à très récemment on a pas eu la télé chez nous et même aujourd’hui mon père nous permet seulement d’avoir un abonnement pour les chaînes de télé en Algérie » 
« Ah bon pourquoi ? » 
« Car sur les chaînes françaises il y a parfois des scènes érotiques, ou même un simple baiser c’est déjà trop pour mon père » 
« Ah ouais c’est fou ça » 
« Même pour la musique c’est compliqué, mon père ne nous laisse pas écouter d’autres musiques que de la musique religieuse, je suis obligé de mettre mon casque à chaque fois car si mon père me surprend écouter de la musique non religieuse il va me passer un savon » 
« Ah ouais et ça t’emmerde pas toutes ces règles ? » 
« Pour être honnête, oui ça commence à me barber, je suis pratiquant mais j’aimerais au moins pouvoir écouter les musiques ou regarder les films que je veux, mais bon avec mon père on peut pas discuter de ça » 
Mounir me sert alors ce qu’il appelle « le bon thé de sa mère ». Il incline la théière et le thé ambré s’en échappe en un mince filet fumant qui tombe dans la tasse dans un ruissellement cristallin. Puis alors qu’il continue à verser il élève d'un geste maîtrisé la théière de plus en plus haut jusqu’à ce qu’elle se retrouve presque à bout de bras. Le liquide ambré tourbillonne dans le verre alors que des volutes parfumées de menthe s’en échappe.
« Pourquoi tu sers le thé d’aussi haut ? » 
« C’est comme ça qu’on sert le thé chez nous » 
« Ah ouais sympa » 
Je trempe alors mes lèvres dans le « bon thé de sa mère »…
… et je manque de peu de recracher ma gorgée 
BORDEL c’est HYPER SUCRÉ 
« Alors tu trouves ça comment ? » 
« Euh… c’est bon mais un peu sucré à mon goût » 
« Haha je comprends ma mère a la main lourde sur le sucre, si tu veux on peut diluer avec de l’eau pour atténuer » 
« Je veux bien oui » 
On continue à discuter et peu à peu la conversation glisse vers un sujet un peu délicat : l’obésité de Mounir
« PARDON ? Tu pèses combien ??? » 
« 130 kilos… » 
« Bordel on dirait pas comme ça, pour 1 mètre combien ? » 
« 1m81 » 
« Tu as déjà essayé de perdre du poids ? » 
« J’ai essayé mais c’est compliqué, tu sais ma mère nous cuisine tous les jours des plats maison du bled blindé de sel et de gras, c’est impossible pour elle de nous cuisiner des plats diététiques » 
"Puis pour le sucré c'est pas mieux tu as vu par toi-même à quel point le thé était sucré" 
« Ah ouais je vois c’est chiant » 
« J’aimerais vraiment pouvoir perdre du poids, à cause de ça je n’ose pas aborder des filles » 
« Mais de toute façon même pour les filles c’est compliqué, ma mère voudrait me caser avec une fille du bled ou une cousine éloignée, même sur ce sujet là j’ai l’impression que j’ai pas mon mot à dire » 
« Et il va sans dire que la fille doit être muslim » 
« Je comprends » 