La substance se prend, sinon en un grand nombre d'acceptions, du moins en quatre principales : on admet, en effet, que la substance de chaque être est soit la quiddité, soit l'universel, soit le genre, soit, en quatrième lieu, le sujet.
Le sujet est ce dont tout le reste est dit, et qui n'est plus lui-même dit d'autre chose. Aussi est-ce lui qu’il convient de déterminer tout d'abord, étant donné qu’il semble bien que ce soit le sujet premier d'une chose qui est au plus haut point substance. Or, ce sujet premier, en un sens on dit que c'est la matière, en un autre sens que c'est la figure, et, en un troisième sens, que c'est ce qui provient des deux. Par matière, j'entends par exemple l'airain, par figure, l’aspect qu'elle revêt, et le composé qui en résulte, c’est l’être complet, la statue. Par suite, si la forme est antérieure à la matière, et si elle est davantage étant, elle sera aussi, pour la même raison, antérieure au composé des deux.
Maintenant, nous avons exposé, dans les grandes lignes, ce que peut bien être la substance, à savoir qu'elle est ce qui n'est pas dit d'un sujet, mais que c'est d'elle, au contraire, que tout le reste est dit. Nous ne devons pas toutefois nous contenter de cette caractérisation, qui n’en dit pas assez. En effet, cette esquisse est elle-même obscure, sans compter qu’elle fait de la matière une substance. Si elle n'est pas substance, en effet, quelle autre chose le sera ? cela nous échappe, car, si l'on supprime tout ce qui n’est pas elle, plus rien de subsistant ne demeure, évidemment. D'une part, en effet, les autres choses ne sont qu’affections, productions et puissances des corps ; d'autre part, longueur, largeur et profondeur ne sont elles-mêmes que des quantités et non des substances, car la quantité n'est pas substance. Ce à quoi appartiennent premièrement ces choses, c’est bien plutôt cela qui est substance. Mais si nous supprimons longueur, largeur et profondeur, nous voyons qu'il ne subsiste rien, sinon ce qui est délimité par ces dimensions : la matière apparaît donc nécessairement, à ce point de vue, comme la seule substance. J'appelle matière ce qui n'est par soi, ni rien de déterminé, ni une quantité, ni rien de ce qu’on désigne lorsqu’on définit l’étant : car il y a quelque chose dont chacune de ces catégories est affirmée, et dont l'être est différent de celui de chacune de ces catégories. Mais toutes les autres catégories sont dites de la substance alors que la substance est elle-même dite de la matière. Le sujet ultime n'est donc, par soi, ni rien de déterminé, ni quantité, ni quoi que ce soit d’autre qui puisse être affirmé d’une chose ; et on ne le saisit pas davantage lorsque l’on nie ces choses de lui, car les négations sont encore dites de lui, quoique seulement par accident. — Si l’on envisageait la question sous cet aspect, il en résulterait que la matière serait substance.
Mon premier est un chat. 