Déjà je pense que mettre un thème sur chrome ça craint, mais en plus quand on voit la qualité des thèmes disponibles... « Dégénérescence » : le terme, attribué par Morel à Buffon, désigne tout trouble mental ayant pour origine, soit l’hérédité, soit une affection acquise du jeune âge. C’est une « déviation maladive du type primitif » adamique parfait, auquel l’homme édénique répondait à l’origine de la création, avant le péché originel. Elle se transmet selon le second principe lamarckien de l’hérédité des caractères acquis et évolue, de génération en génération, selon une nosologie unitaire et hiérarchisée de gravité croissante, depuis la « simple exagération du tempérament nerveux » jusqu’à la dégénérescence finale, sanctionnée par « la stérilité, l’imbécillité, l’idiotie et finalement la dégénérescence crétineuse », qui conduit à l’élimination de la lignée « dégénérée ». Elle relève, selon le premier principe de Lamarck, de l’adaptation de l’individu à son milieu, naturellement « dégénérateur ». Le montrent les travaux de Huss (1852) sur ce qu’il baptise « alcoolisme » (le futur cheval de bataille de Magnan), de Moreau de Tours (1845) sur le haschich, de Morel (1855, 1864) lui-même sur le crétinisme, et d’autres sur la tuberculose, le paupérisme, le tabagisme, le crime, la prostitution, le climat, les toxiques, l’industrialisation, l’urbanisation, la syphilis, la promiscuité, la consanguinité, les « fausses religions » et le christianisme « dénaturé » [6, 26, 29]. C’est ce qu’illustreront en 1862 Les misérables de Hugo, dénonçant « la dégradation de l’homme par le prolétariat, la déchéance de la femme par la faim, l’atrophie de l’enfant par la nuit », à savoir l’ignorance. Le tableau clinique, psychique et physique, d’un malade mental correspond à son niveau de dégénérescence psychosomatique, établi selon sa place sur l’arbre généalogique familial, et à son « hérédité de transformation » de l’affection dont il a hérité en la sienne propre, de gravité accrue. C’est ainsi que, dans la seconde édition de son Traité des maladies mentales parue en 1860, Morel va rapporter, dans la classe des « folies héréditaires à existence intellectuelle limitée », un cas d’« immobilisation soudaine de toutes les facultés » : la dégénérescence mentale, transmise au cours des générations, y a pour expression finale, par pénétrance extrême, une « démence juvénile », une « démence précoce ». On connaît le succès de cette dementia praecox, consacrée par Kraepelin en 1893 pour dénommer ce qui, avec Bleuler, deviendra en 1908 la schizophrénie. La « démence précoce dégénérative » de Morel sera pour la psychiatrie française le bastion de sa résistance à l’invasion nosologique allemande. Morel rencontrera d’ailleurs en 1864 le futur roi Louis II de Bavière, alors âgé de 19 ans, et lui trouvera, confirmation de ses vues, « des yeux qui annoncent la folie », « dégénérescence » héréditaire chez les Wittelsbach [32]. Cette inéluctable hérédité de troubles mentaux ancestraux, cette prédestination [23], sera popularisée, sous le nom d’atavisme ou fatalité héréditaire, par les ciers « naturalistes » – tels Zola, Maupassant ou Huysmans. Si la TD de Morel, comme telle, ne survivra pas aux lois de la génétique établies par Mendel en 1865 (mais inconnues avant 1900 !), elle marque, au-delà des inconnaissances du temps, un tournant décisif. Pour la première fois, la psychiatrie se dotait d’une synthèse moniste tenant compte de l’inné comme de l’acquis, de l’endo- comme de l’exogène, du psychique comme du somatique. Depuis, « l’aliénation mentale est ramenée à la valeur d’un fait biologique général et l’incorporation de la psychiatrie à la science positive est définitivement consacrée »