Merci! Bon, je continue alors.
La Guilde des Conquérants d´Orr n´existait pas il y avait de ça un an. Pourtant, en cette fin d´année 1068 après l´Exode, elle jouissait depuis plusieurs mois d’un incroyable essor, et, bien qu’elle fut peu connue, les experts s’accordaient tous à dire qu’elle serait d’ici peu l’une des plus importantes et des plus puissantes guildes et qu’elle risquait fort de bouleverser la Guerre des Guildes. Le succès des Conquérants d’Orr ne venait pas du maître de la guilde. C’était un homme bouffi d’orgueil, qui ne pensait guère qu’à son ventre, à sa richesse et à son sexe. Il n’avait aucune idée de ce qu’était la stratégie et faisait un bien piètre combattant. Il n’avait en plus de cela aucun charisme de quelque sorte que ce soit.
En vérité, les Conquérants d’Orr ne devaient leur réussite qu’à un seul homme. On l’avait surnommé l’Exécuteur. Les rumeurs les plus folles circulaient à son sujet. On disait, entre autres, qu’il pouvait tenir tête à plusieurs dizaines d’hommes sans être blessé, qu’il n’avait jamais perdu un seul combat. Certains allaient même jusqu’à affirmer qu’il était le fils d’un dieu.
Plutôt que de s’affronter dans de gigantesques batailles et de sacrifier de précieux membres, il était devenu courant que les Guildes règlent leur différent en opposant un ou plusieurs champions. Et les Conquérants d’Orr, convaincus de l’invincibilité de l’Exécuteur aimaient beaucoup cette manière de procéder. Pour célébrer la fin de l’année 1068, le maître de guilde avait défié à un combat de champions une guilde de grande renommée. Et, ce soir là, dans les gradins, les Conquérants d’Orr étaient de loin minoritaires. Le champion de la Guilde des Guerriers de Kryte, au centre de l’arène, était acclamé par une foule immense. Le colosse brandissait son épée d’un air triomphant.
Le maître des Conquérants d’Orr gardait le sourire. L’Exécuteur se tenait, debout à côté de lui, regardant l’arène de ses yeux d’un marron terne.
« Je sais ce que tu penses. Dit le maître. Tu en as marre des colosses, pas vrai ? »
L’Exécuteur ne réagit pas.
« Prends mon épée. Ajouta le gros homme. Pour le symbole. »
Ignorant superbement le maître de guilde, l’Exécuteur commença à descendre les marches, ne prêtant aucune attention aux membres des Conquérants d’Orr qui l’acclamaient. Il prit place dansl’arène, sans cérémonie et sans arme. Le chef des Guerriers de Kryte leva les bras pour faire taire la foule.
« Ce sera un combat à mort ! Lança-t-il. Cela vous convient-il ?
- Parfaitement ! Répondit, de l’autre bout de l’arène, le maître de Guilde des Conquérants. »
Face à l’Exécuteur, le champion sourit. Il se mit en position. L’Exécuteur ne bougea pas. Il se contentait de regarder son ennemi d’un regard froid, les bras le long du corps. Le champion commença à s’avancer lentement, dans un silence total… Il fit une première tranche verticale, que l’Exécuteur esquiva facilement, sans même bouger ses pieds. Alors seulement la clameur commença à monter des gradins. Le colosse enchaîna de rapides coups d’épée, que son adversaire esquiva sans problème, en ne bougeant ses pieds que quand ses jambes étaient directement visées. L’Exécuteur fixait toujours le champion de ses yeux froids, mais ce dernier sentait une pointe de sadisme dans ce regard. A ce moment, ses pieds quittèrent le sol, balayés par un coup de pied d’une rapidité effrayante. L’Exécuteur enchaîna avec un terrible coup de coude dans le flanc du colosse, qui fut projeté de deux bons mètres sur le côté. Bien que surpris, le Guerrier de Kryte ne lâcha pas son épée, et se releva rapidement. Il avait été au sol dans une position de faiblesse, et pourtant, son adversaire n’en avait pas profité… comme s’il jouait avec lui. Il était donc si confiant… Etait-ce l’esquisse d’un sourire qu’il apercevait sur le visage de l’Exécuteur ?
Ce n’était pas le moment d’avoir peur. Il chargea son adversaire, et donna toute la force de son bras dans une fente dont il avait fait sa spécialité. Oui… Il sentit la pointe de l’épée se diriger droit entre les deux yeux de son adversaire. Mais l’Exécuteur, d’un coup de pied ascendant rapide comme l’éclair, frappa la main du colosse. Il eut à peine le temps de se rendre compte que son épée avait quitté sa main qu’il recevait un coup de poing d’une violence inouïe en pleine poitrine. Il tituba, le souffle coupé, recula d’un mètre, de deux mètres, puis trois… Son épée retomba dans un bruit métallique, largement hors de portée.
Le champion des Guerriers de Kryte fixa le sol devant ses pieds… Il ne devait pas regarder l’Exécuteur. Il ne devait pas croiser son regard… Il se jeta soudain vers son adversaire, qui bloqua d’une seule main le crochet dans lequel le colosse avait mis toute sa force. Puis il commença à serrer… Le champion entendit clairement le bruit de ses os broyés, il hurla de douleur, tout en se répétant intérieurement de ne surtout pas regarder son adversaire… Il préféra fermer les yeux. L’Exécuteur le libéra finalement en lui envoyant son pied dans le vendre avec une force incroyable, projetant le massif guerrier en arrière. Il s’écrasa sur le dos de tout son poids. Il releva la tête… Et tomba dans le regard de son adversaire. Les yeux de l’Exécuteur brillaient d’une satisfaction maléfique, et un effroyable rictus renforça encore cette impression. Le champion se répéta qu’il n’avait pas peur, non, il ne connaissait pas la peur ; pourtant, lorsque l’Exécuteur commença à se rapprocher de lui, il joua des pieds et des mains pour reculer.
La foule, à la fois éberluée et terrifiée elle aussi, était totalement silencieuse. Même les membres de la guilde des Conquérants d’Orr avaient peur. Les rares sourires sur les visages dissimulaient mal la terreur de ceux qui les esquissaient.
Le colosse s’était retourné et fuyait maintenant à quatre pattes, comme un misérable animal. Il sentait les yeux de l’Exécuteur lui brûler le dos, et son sourire bestial le dévorer de l’intérieur… Il mit la main sur le manche de son épée, et dans une dernière pointe de terreur, il se remit maladroitement debout, se retourna et fonça vers son adversaire en poussant un hurlement à glacer les sangs.
Alors, l’Exécuteur mit d’un coup de pied le champion à genoux, et, d’une main, lui maintint le visage en arrière. De l’autre, il tira d’un coup sec sur la mâchoire inférieure du colosse, et la lui arracha. Des hurlements retentirent dans les gradins. Il regarda, de ses yeux terrifiants, et son sourire toujours aux lèvres, le guerrier de Kryte secoué de spasmes, au sol ; il le regarda rendre doucement l’âme, dans d’atroces souffrances. Puis, quand le cadavre se tint à peu près immobile dans une marre de sang, il ramassa l’épée au sol, la lança avec force, et elle alla clouer la tête du chef des Guerriers de Kryte au dossier de son siège.