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Olélé, Olala, Shabani s´en va
Didier Deschamps l´a annoncé, comme par incidence, au détour d´une interview : depuis le 1er janvier, le Congolais Shabani Nonda, attaquant vedette de l´ASM il y a encore deux saisons, est libre de se trouver un nouvel employeur. Arrivé dans un grand scepticisme dans la foulée du titre 2000, il avait lentement conquis les coeurs rouge et blancs avant qu´une terrible blessure ne vienne faire avorter cette belle histoire naissante. La cinquième roue trop oubliée du carosse qui avait atteint la finale de la Champions League, dont il avait ouvert les portes d´une subtile " Shabi", quitte lui aussi le club. Une page se tourne, dans l´indifférence.
Les tribunes du stade Louis II ne vibreront plus de la chanson de Shabani Nonda. Ou alors une dernière fois, comme un hommage, comme un adieu, comme une cérémonie funèbre de la carrière qu´il aurait pu avoir à Monaco. Deschamps a sonné discrètement le glas de cette aventure qui a oscillé pendant quatre saisons entre l´amer et le glorieux : " Shabani partira à la fin de la saison". Une déclaration laconique qui scelle un sort joué d´avance depuis quelques mois. Dans cette chronique d´un départ devenu inéluctable, Shabani est victime de deux malheurs que son talent ne peut surmonter. D´une part, Monaco n´en finit pas d´éponger le passif de Campora, qui a signé le Congolais pour un salaire exorbitant il y a quatre ans, le plus gros de l´effectif. D´autre part il patit de sa terrible blessure au genou qui elle non plus n´en finit pas de guérir.
Pour Shabani, tout bascule le 24 août 2003. Ou peut-être deux mois auparavant, lorsque le Monégasque José-Pierre Fanfan signe au PSG. 25ème minute de jeu, Monaco, comme à son habitude, domine au Parc des Princes. Nonda, auréolé de son titre de meilleur buteur la saison précédente, meilleur buteur de l´exercice en cours, enfin en réussite à Monaco, presse une défense parisienne fébrile. Il récupère un ballon, contrôle, et tout bascule. Littéralement. Fauché par derrière par son ancien partenaire, le genou du Congolais plie, craque, rompt. Nonda s´effondre. Et ne se relève pas. Il sort à peine conscient et livide sur une civière. Le jeu se poursuit, Monaco récite son football et l´emporte 4-2. Pour Shabani, conduit sous morphine à l´hôpital, le cauchemar commence.
Le verdict tombe rapidement : rupture de l´aileron interne rotulien, des ligaments croisés antérieurs et postérieurs, ainsi que du ligament latéral interne du genou gauche. Le professeur Jaeger l´opère le mercredi 27 à Starsbourg : l´avis de l´expert international qui traite entre autres Zidane, Trezeguet, Ronaldo, ne laisse pas l´ombre d´un espoir : Nonda est perdu pour le football. Brisé en plein vol, la jambe pendante, à 26 ans, la star montante du football africain entame un long chemin de croix au centre hospitalier Princesse Grâce de Monaco.
Modeste consolation, l´équipe de Monaco trouve dans un cette blessure un puissant facteur de rassemblement. Tous promettent de gagner pour " Shabi", qui s´était enfin imposé comme l´un des leaders de l´équipe. Courtisé par Lyon à l´intersaison 2003, promesse de transfert habilement utilisé par Pierre Svara pour passer devant la commission de la DNCG aux dépens d´un Aulas dupé, il refuse de partir, au nom du " Pacte" tacite qui le lie au reste de l´effectif, si incroyable que ce soit dans le football professionnel. Cette équipe a du coeur et se resserre autour d´un de ses leaders meurtris. Mais c´est depuis les tribunes que le Congolais assiste au fantastique début de saison de l´équipe à la diagonale, et au triomphe de son successeur, un autre grand monsieur du football, Fernando Morientes. Il le confiera, ce fut pour lui l´expérience la plus pénible de sa carrière.
Car Shabani avait enfin conquis le rocher en 2003. Meilleur buteur avec 26 réalisations, vainqueur de la Coupe de la Ligue, il est au sommet de son talent et porte les espoirs d´une équipe qui retrouve la Coupe d´Europe. Il fait partie des grands d´Europe, il est courtisé par la Juventus de Turin. Son début de saison le confirme : il inscrit trois buts en deux matchs, marque un magnifique coup-franc contre Bordeaux, affole statistiques et défenses adverses. C´est plus qu´il n´en faut pour faire chavirer un Pesage qui chante à plein poumon une rengaine promise à un bel avenir : " olélé, olala, Shabani Nonda, Shabani Nonda", une des premières chansons consacrées à un joueur dans le kop rouge et blanc.
Finis, oubliés, balayés les 140 millions de son transfert payés par Campora pour le faire venir de Rennes, soit plus que ce que le club a demandé pour son prédecesseur, l´innénarrable David Trezeguet, parti à la Juventus. Oublié qu´il est le plus gros transfert de l´histoire du club. Oublié également son salaire exorbitant concédé par le Docteur, sa saison blanche en 2001, son entente médiocre avec Simone. L´ère Deschamps est pour Shabani celle du pardon, de la rémission, du renouveau. Il fait progressivement taire les ctitiques qui fusaient allégrement à son encontre. Longtemps, il fut lourdement décrié, accusé de ne pas défendre, de jouer trop seul. Il devient subitement le buteur africain attendu depuis Ikpeba. Il séduit les foules et transporte les coeurs. Le Congolais accède au statut d´icône dans les travées du Louis II. Jusqu´à ce 24 août 2003. Jusqu´au transfert de Morientes.
Début mars 2004, pourtant, le calvaire fait place au miracle, et laisse croire à l´intervention d´un marabout : Nonda pourrait être prêt à participer à la campagne européenne de l´AS Monaco. Comme pour Prso, comme pour Giuly avant lui, gravement blessés ; le staff médical de l´ASM et du centre de Saint-Raphaël ont réalisé l´impossible, l´impensable. Nonda peut rejouer au football. Fragile, amaigri, mais prêt, Shabani enfile à nouveau le rouge de chauffe et se transforme en joker providentiel de l´ASM. Le géant noir profile son ombre et fait planer à nouveau un sentiment de menace chez les défenseurs centraux. Les supporters se mettent à rêver d´une attaque " Nando - Nonda", sur la papier une des plus belles d´Europe. Pour lui sa longue réeducation semble définitivement prendre fin au match aller contre Chelsea, à Louis II le 24 avril, neuf mois jour pour jour.
Comme une seconde naissance. Monaco contre un arbitre abusé et des Anglais ( des Français en fait ! ) truqueurs mène alors 2-1. 84ème minute : Rothen part en contre, remonte son ballon tel un funambule sur son aile gauche. Il lève la tête. Shabani est là, comme toujours, comme il y a une saison. Des automatismes revenus de nul part se remettent en place, comme une passerelle au-dessus de la saison 2004. Il sait où va partir Shabani Nonda engagé dans la tenaille centrale de Chelsea. Il adresse un subtil ballon au premier poteau. Nonda se jette, lance sa jambe si souffrante quelques mois plus tôt, en pleine extension. La combinaison est imparable. La " spéciale Shabi". Monaco a deux buts d´avance et Gelsenkirchen est plus près que jamais. Nonda peut étendre les bras. Il vole à nouveau.
Puis vient le temps des réalités. Lorsqu´il rentre sur la pelouse pour jouer la finale de la Ligue des Champions, il est déjà trop tard pour renverser la tendance. Dans les vestiaires règne une ambiance de fin de cycle. Deux titres se sont envolés ; et le quatuor offensif de l´ASM se prépare à s´égayer aux quatre coins de l´Europe. Nonda, trop cher, garant de la continuité, reste. Pourtant, il n´a pas retrouvé son plein potentiel physique. La route est encore longue pour lui alors que se reconstruit complètement l´ASM, et que s´en vont ses compères Prso et Rothen. Les avant-centre arrivent en masse sur le rocher alors que les accélérateurs de couloirs si utiles à son jeu ne sont pas remplacés. Deschamps est à la recherche d´un autre grand attaquant, Morientes, Saviola ou Anelka, signe clair que le Congolais n´est plus le joueur qu´il fut. Nonda se blesse tout à coup à nouveau en pleine préparation, alors qu´il comptait sur le mois d´août pour enfin retrouver son plein potentiel physique.
Dans la lignée de cet été délicat, la seconde partie de 2004 s´inscrit sous des auspices nettement moins favorables. Il n´est titulaire qu´à 3 reprises, et se blesse à nouveau en novembre. Quand il joue, Deschamps le fait jouer décroché à la pointe de l´attaque, en pivot, bien loin de son rôle de percussion. Il est bon, encore, au sein d´une attaque qui se cherche, mais il n´a pas la réussite espérée. L´état de grâce de 2003 est loin désormais. La côte de popularité auprès des supporters de ce joueur attachant s´effrite. Il est moins impliqué dans ce nouvel effectif à l´accent espagnol. En fin de contrat en juin, il entame des négociations avec la nouvelle équipe dirigeante, moins disposée à la prodigalité inconsciente des années Campora, d´autant plus que les peformances du joueur sont moins convaincantes. Un accord achoppe sur la question salariale. Shabani Nonda ne sera plus monégasque le 1er juillet prochain.
A la fois symbole de la fin de l´ère Campora et de l´équipe qui a explosé l´année dernière, Nonda tourne avec son départ annoncé une belle page de l´histoire de l´ASM. Il lui reste six mois pour gagner enfin un titre majeur avec Monaco. Pour trouver un club digne de lui ( il est annoncé du côté de Glasgow, où les dirigeants souhaitent reconstituer son duo fatal avec son ami Dado Prso). Pour marquer à nouveau, une fois de plus, afin que Louis II chante encore son nom, et rompe enfin avec ce silence un peu trop assourdissant qui entoure le départ d´une de ses icônes fétiches
Saviola monégasque en 2005/2006 ?
Dans un interview accordé à nos confrères de France-Football d´aujourd´hui, le petit attaquant monégasque évoque son avenir.
Il estime se sentir très bien à Monaco et souligne qu´il ne négligera pas une éventuelle proposition de contrat du club asémiste pour la prochaine saison. Mais il discutera avant tout avec les dirigeants barcelonais à la fin de son prêt en juin.