Je suis assez d'accord avec la définition de Xavier sur le hardcore gamer: celui qui estime que les seuls jeux qui en valent la peine sont ceux où il faut s'investir à fond (temps, difficulté) pour en venir à bout. Plus c'est difficile, plus c'est long, et mieux c'est.
Perso, la difficulté extrême ne m'a jamais attiré, donc je ne suis pas "hardcore gamer". Mon grand âge me permet de connaître l'intégralité de l'histoire des jeux vidéo depuis Pong et Colossal Cave, mais tout cela a débuté trop tard pour que je puisse passer toutes mes nuits et mes week-ends sur un jeu : j'étais déjà casé et futur père de famille. Trop vieux pour être très doué, je ne compte plus les jeux de rôle (trop longs) ou d'aventure (à énigmes introuvables, quand les soluces et Internet n'existaient pas) que je n'ai pas finis.
Par contre la durée, j'y ai quand même tâté, même si les limites d'une vie de famille transforment en mois ce qu'un ado fait en semaines.
Alors pour moi les premiers jeux "hardcore", passé les jeux d'aventure textuels en anglais sans solution publiée achetés par correspondance, ce furent Ultima IV et V. J'ai toujours gardé précieusement les classeurs contenant les notes manuscrites saisies lors de très longues nuits de jeu : 80 pages pour Ultima IV, plus de 100 pages pour le V, histoire de cartographier les nombreuses villes, villages, châteaux et "donjons", et coucher par écrit les noms, positions et dialogues de tous les personnages rencontrés, car c'était la seule façon d'avoir une chance de venir à bout de la quête principale et donc de finir le jeu. A raison de deux ou trois sessions de 3-4 h par semaine, chacun de ces jeux m'a pris 6 mois de ma vie de "gamer", et tout ça pour finalement caler, de guerre lasse, peu avant la fin : le besoin de respirer, enfin, sans doute.
Plus tard Baldur's Gate m'a aussi donné du fil à retordre, question longueur et difficulté. Mais celui-là je l'ai terminé, sans doute parce que les graphismes et le jeu à la souris étaient plus porteurs. Par contre quand j'ai lu que le 2 était aussi 4 fois plus étendu et 2 fois plus difficile que le premier, je me suis abstenu : il y a des limites à tout.
Je préfère toujours aujourd'hui les jeux de difficulté et longueur moyennes aux jeux "hardcore", ça permet de visiter la grande palette du jeu vidéo. Et effectivement Outcast, The Nomad Soul et Fallout pour les RPG, Day of the Tentacle, Monkey Island ou Indiana Jones and the fate of Atlantis pour les jeux d'aventure figurent au firmament des jeux d'exception qui mêlent graphismes dépaysants, dialogues réalistes ou décalés et musique atmosphérique à une difficulté si justement dosée qui les rendent exceptionnels, car difficiles, longs mais faisables.
Aujourd'hui The Witcher rejoint cette famille finalement restreinte des jeux réussis et tellement prenants que l'on pense à eux même en faisant autre chose. Même si je ne suis aujourd'hui un joueur trop épisodique (10 h par semaine), c'est le premier jeu depuis longtemps qui me passionne à ce point. Pour faire cet effet à un joueur qui dépasse les 25 ans de pratique, la potion des polonais est sacrément réussie !
Et une vodka au poivre pour souhaiter longue vie au jeu vidéo intelligent et accessible au joueur simplement "expérimenté" 