J´ai trouvé 2 extrait ^^
Extraits :
1- "Viens ici."
Je m´avançai avec circonspection. Une fois que je fus devant lui, il tomba sur un genou pour se mettre à ma hauteur. Le fou s´agenouilla solennellement à côté de nous et nous regarda tour à tour d´un air grave. Royal embrassait la scène d´un oeil furibond. A l´époque, je ne me rendis pas compte de l´ironie de la situation : le roi à genoux devant son bâtard de petit-fils ! Je gardais donc une attitude digne lorsqu´il me prit la tarte des mains et la jeta aux jeunes chiens qui m´avaient suivi. Il tira une épingle des replis de soie de son col et, d´un geste auguste, la piqua dans l´humble laine de ma chemise.
"A présent, tu m´appartiens, dit-il, rendant ainsi sa prétention sur ma personne plus importante que tous les liens du sang qui nous unissaient. Dorénavant, tu ne seras plus obligé de manger les reste de personne. Je m´occuperai de toi, et je m´en occuperai bien. Si un homme ou une femme cherche à te retourner contre moi en t´offrant plus que je ne te donne, viens me voir, expose-moi l´offre et je la surpasserai. Jamais tu ne trouveras en moi un ladre et jamais tu ne pourras alléguer de ma part un mauvais emploi de tes talents comme prétexte à me trahir. Me crois-tu, mon enfant ?"
Je hochai la tête, à la manière muette qui était encore la mienne, mais ses yeux bruns qui ne cillaient pas exigeaient davantage.
"Oui, Sire."
2- Fou, ce que tu racontes me dépasse", dis-je, mal à l´aise. Je ne l´avais jamais vu si passionné, jamais entendu s´exprimer si clairement. J´avais l´impression d´avoir fouillé dans des cendres grises et d´être soudain tombé sur la braise ardente qui rougeoyait en leur cœur ; elle brillait trop fort.
"Non, Fitz ; je me suis peu à peu convaincu que c´est par toi que tout passe." Il me tapota la poitrine de son sceptre à tête de rat. "La clé de voûte, la porte, le carrefour, le catalyseur, tu as été tout cela et tu continues à l´être. Chaque fois que je tombe sur une croisée de chemins et que la piste est incertaine, je hume le sol, je billebaude, j´aboie, je renifle et je trouve une odeur : la tienne. Tu crées des possibilités. Tant que tu existes, on peut manœuvrer l´avenir. C´est pour toi que je suis venu, Fitz ; tu es le fil que je tords. Un des fils, en tout cas. (...) Toi. Ou pas toi. Cheville, ancre, nœud sur la ligne... J´ai vu la fin du monde, Fitz, je l´ai vue tissée aussi clairement que ma propre naissance. Oh, pas durant ton existence, ni durant la mienne. Mais pouvons-nous éprouver du bonheur à nous dire que nous vivons au crépuscule plutôt qu´en pleine nuit ? Pouvons-nous nous réjouir de seulement souffrir tandis que nos rejetons connaîtront les tourments des damnés ? Cela peut-il être une raison de ne rien faire ?"