_Elles sont entrées dans les mines comme prévu. Elles approchent du piège.
_Très bien… préparez vous.
_Ca va ? Tu n’es pas trop fatiguée ? demanda Sidia à la jeune fille.
Elles avaient marché pendant plus d’une heure depuis leur rencontre avec les nains.
_Non, ça va. De toute manière, nous devons continuer !
_Oui… mais je veux pas que tu meures de fatigue non plus. Nous allons faire une petite pause ici.
_Non. On continue.
_D’accord, d’accord… on est parties !
Au bout d’une vingtaine de mètres, Iris pensa qu’elle aurait mieux fait d’accepter la proposition de Sidia. Ses jambes lui paraissaient lourdes, à présent. Elle avançait péniblement. Tous ces muscles s’endormaient. Elle essaya de lutter contre cette étrange fatigue, mais en vain. Elle s’écroula sur le sol, puis murmura :
_Qu’est ce qui m’arrive ? avant de fermer les yeux et de plonger dans un sommeil profond.
Les paupières d’Iris se soulevèrent, laissant apparaître ses magnifiques yeux bleus. Elle se trouvait enfermé dans une petite pièce carré. Trois de ses murs étaient en pierre, et le quatrième étaient constitué de barreaux.
Une cellule de prison…pensa Iris. Sûrement encore un de ces rêves étranges…
Mais elle se détrompa rapidement, car lorsque qu’elle se toucha les barreaux de ses mains élégantes, elle sentit le froid du métal.
Quoi ? Ce n’est donc pas un rêve, cette fois ?
Pour en avoir le cœur net, elle frappa un des murs de son poing.
_Aie !
La douleur… maintenant c’est sûr, ce n’est pas un rêve, mais alors qu’est ce que je fais ici ? Je ne me rappelle plus très bien… il y avait ces étranges nains, et puis après je ne sais plus trop…
La cellule comportait un lit en bois sans matelas, quelques pierres empilées avec un trou, faisant probablement office de toilettes, et une petite table en bois, avec une feuille de papier posée dessus.
Iris s’asseya sur le lit, prit le morceau de papier et commença sa lecture.
« Vous êtes dans la prison de Tarebar.
Vous êtes un criminel.
Mort aux criminels.
Longue vie au peuple sauvage. »
La jeune fille relut le message plusieurs fois, mais elle resta sans comprendre et reposa le papier à sa place.
Elle ferma les yeux et essaya de garder son calme pour réfléchir à la situation dans laquelle elle se trouvait.
Où est Sidia ? Est-ce qu’elle est là elle aussi ? J’espère qu’elle va bien…
Elle remarqua qu’une brique manquait, tout en haut à gauche du mur en face d’elle. Elle colla la table au mur et se mit debout dessus pour regarder à travers le trou. Il donnait sur une cellule identique. Un vieil homme avec de longues oreilles allongées et un visage gracieux était assis contre le mur. Il était très maigre et avait l’air épuisé. Quand il remarqua la présence d’Iris, il prit la parole.
_Oh ! Bonjour jeune fille. Je me demande bien comment une fille aussi jolie a pu atterrir ici… comment t’appelles tu ?
Le vieil homme parlait d’une voix faible.
_Mon nom est Iris. Où sommes nous ici ?
_Tu n’as pas lu le prospectus ? Tu es dans la prison de Tarebar.
_D’accord, mais ça ne m’avance pas beaucoup. Qui c’est ce «peuple sauvage » ?
_Des animaux… des rhinocéros en partie… ils sont plus intelligents que des animaux normaux et ils savent parler. Ce sont des mercenaires qui ne pensent qu’à l’argent…leur principe est simple. On les paye, ils capturent la personne choisie et l’a garde ici.
_Et ils ne tuent pas ?
_Non. Ils gagneraient moins d’argent en tuant les victimes. Non. Eux, ils les gardent et les revendent après…
_C’est horrible ! Mais je ne vois pas les gardes, il n’ont pas peur des évasions ?
_Il n’y a que deux gardes ici. Les deux sont à l’entrée. Ils se relaient pour nous apporter la mince portion de nourriture quotidienne. Ces bêtes répugnantes utilisent un moyen anti-évasion très efficace.
_Sans gardes ?
_Oui. Ils utilisent un procédé appelé le Sacrifice de Zinos.
_Et ça consiste en quoi ? questionna t’elle, intéressée.
_Regarde sous ton lit.
La jeune fille descendit de la table, s’accroupit et passa la tête sous son lit. Elle vit alors un petit levier en bois, incrusté entre deux pierres du mur.
_Tu le vois ? demanda l’homme depuis sa cellule. N’y touche pas surtout.
Iris se releva et remonta sur la table pour parler au vieil homme.
_A quoi sert-il ? Demanda t’elle.
_A ouvrir ma cellule. Mais il y a un petit problème. Si tu actionnes le levier, un piège magique va se déclencher, et il va te tuer. Par contre, moi, je serai libre. Encore faudrait t’il que je sorte de la prison après…Il y a un levier identique dans ma cellule, qui ouvre la tienne. C’est un procédé très vieux. Et il marche à merveille. Il n’y a jamais eu d’évasion.
_Mais c’est horrible ! Il n’y a pas d’autres moyens ?
_Non. Aucun. Mais maintenant, raconte moi qui es-tu et pourquoi tu es ici.
_C’est assez long à expliquer…
Iris lui raconta tout de même son histoire, depuis cette nuit d’orage jusqu’à son arrivée dans cette prison. Quand elle eût fini, le vieil homme resta bouche bée.
_Tu es donc l’élue… Alors ils t’ont retrouvée…Sept ans après…Non… tu ne me mens pas…Iris, c’est bien toi, je me rappelle de ton visage…
_Vous m’avez déjà vue ?
_Je te connais plus que tu ne le crois…mais ce n’est pas important. Tu dois sortir d’ici.
_Oui. Mais comment ?
_Je te l’ai dit. Il n’y a qu’un seul moyen.
_Quoi ? ! Non ! Vous ne voulez tout de même pas…
_Le sacrifice d’un homme ne vaut rien à côté de la cause pour laquelle il se bat. Si tu n’attends pas ton but, Azuliar va connaître une terrible période.
_Non ! Je refuse ! Vous ne pouvez pas vous sacrifiez pour moi !
_Iris… regarde moi. Je suis très vieux. Ma vie approche de sa fin. Et je préfère mourir maintenant en espérant changer le destin funeste d’Azuliar plutôt que d’un an entre ces même murs.
_Mais… non ! Nous nous connaissons depuis quelques minutes et…
_Repose toi maintenant. Tu ne peux pas me faire changer d’avis.
Iris jeta un dernier regard à l’homme, puis s’allongea sur son lit. Elle fixa le plafond. Elle n’avait pas sommeil.
Un vieil homme allait donner sa vie pour la liberté d’une jeune fille.
Je dois vraiment être importante…pensa Iris.
Elle ferma les yeux et pensa à ses parents. Ils lui manquaient. Et, pour la première fois depuis qu’elle était dans le monde d’Azuliar, elle pleura.