Voilà ma toute dernière invention:
Logique de l’absurde
Michaël Lecerf
Absurde : adj. ( lat. absurdus, discordant).
Contraire à la logique, à la raison.
En toute logique, l’absurde est le contraire de la logique. Et, logiquement, la logique est contraire à l’absurde. Ainsi, il est logique de pouvoir les lier par cette opposition. Par contre, il serait absurde de vouloir les confondre. De deux liens logiques entre logique et absurde, l’un est donc absurde, et ceci est logique. Or, une telle proposition peut sembler absolument absurde. Et elle l’est en effet dans la forme, mais non le fond. Reprenons.
Il existe deux liens logiques entre logique et absurde. L’un est l’affirmation que logique et absurde sont contraires et donc logiquement liés par cette opposition. L’autre montre l’absurdité de vouloir lier logique et absurde dans le sens contraire du contraire, donc de les confondre. Les deux liens ne sont pas à confondre, et ils sont logiquement contraires, l’un liant par le contraire et l’autre par la confusion, donc, en toute logique, pas de quoi confondre. Ainsi, nous avons deux liens logiques. Mais la où l’absurdité apparaît dans la proposition logique, c’est quand l’on affirme en toute logique que l’un de ces liens est absurde.
Par leur nature même, nous l’avons vu, ces deux liens logiques sont logiques. Mais, dans leur signification, l’un est logiquement absurde, car il traite de l’absurdité d’une confusion qui ne peut logiquement exister si l’on souhaite rester logique. Or, si l’on souhaite l’absurdité, il serait alors logique de procéder de la sorte, et le lien auparavant absurde deviendrait donc logique pour servir l’absurde, et ce en toute logique. Ainsi, la logique peut servir l’absurde.
Puisque la logique peut servir l’absurde, il serait logique de penser que son contraire puisse logiquement découler de cette proposition. Ainsi, on proposerait que l’absurde puisse servir la logique. Or, affirmer ceci en toute logique est tout sauf logique, et l’absurdité d’une telle proposition peut être logiquement démontrée.
Ainsi, la logique peut servir l’absurde car elle est logique par nature. L’absurde, au contraire, ne peut logiquement pas servir la logique car sa nature absurde l’empêche logiquement d’être logique, et cette logique est nécessaire à la logique. Nécessaire, en effet, car toute absurdité remet en cause toute logique. Une quelconque grande proposition, aussi logique soit-elle, ne pourrait logiquement être logique si la moindre absurdité venait à se loger parmi la logique.
Tel un engrenage qui viendrait à dérailler par la présence du moindre grain de sable, la logique ne supporte guère la moindre once d’absurdité. Or, la logique sert l’absurde. Malgré leur voisinage, il est heureux que la logique et l’absurde ne soient guère humains, car l’absurdité de tels comportements, absurdes de la part de la logique, donnerait en toute logique de fâcheuses migraines aux gens logiques.
Il existe une autre raison au fait que l’absurde ne puisse logiquement servir la logique. Voyons plutôt. La logique se construit par rapport à elle-même. Or, l’absurde ne peut exister que si la logique est présente. En effet, s’il n’y avait aucune logique dans un quelconque domaine – et la logique est présente dans tous nos environnements, concevoir un tel domaine relèverait donc de l’absurdité – il n’y aurait guère d’absurdité, car l’absurdité s’identifie comme étant contraire à la logique. Et la logique vient conforter ce point de vue par la définition donnée en début de texte. En effet, dans cette définition, l’absurde ne se définit par en lui-même mais bel et bien par opposition à la logique. Ainsi, point d’absurde sans logique, et point de service possible de l’absurdité vers la logique. De la même façon, nous venons de voir une nouvelle preuve du contraire logique de cette proposition, qui est donc que la logique sert l’absurde.
Pour simplifier la tâche aux gens qui trouveraient absurde toute cette logique – ce qui serait absurde - on peut, par analogie au domaine auditif, définir le silence de la même façon. Le silence ne se définit pas en lui-même comme le son mais se définit par une absence de son. Ainsi, il n’y a guère de silence sans son. C’est logique.
Un autre constat relativement intéressant que l’on puisse logiquement faire est que l’absurde est, dans une certaine mesure, tout à fait logique. En effet, l’absurde ne s’identifiant que par sa contradiction à la logique, il ne peut en être autrement. Le concept de contradiction étant lui-même tout à fait logique – et l’absurde se devant d’en user pour exister – on voit que l’absurde se construit par la logique, mais une logique visant logiquement à transgresser ses propres règles. Ainsi, on en arrive à une intéressante remarque : en apparence, l’absurde est tout sauf logique, et donc contraire à celle-ci, mais, dans sa charpente, l’absurde est en fait complètement logique.
Sans logique, point d’absurde, et l’absurdité n’est en quelque sorte qu’une illusion de son propre concept car toujours bâtie sur la logique. Pour être opposé à quoi que ce soit, on se démarque par cette chose dont on cherche à s’éloigner. Mais, si la logique est vitale à l’absurde, et qu’elle en forme le moindre fragment, cela signifierait-il que l’absurde, tel que l’on puisse logiquement le concevoir, n’existe pas ? Non. Car même si, dans les faits, l’absurde est fait de logique, il en reste néanmoins contraire à celle-ci, par celle-ci. L’absurde étant fruit de la logique se retournant contre elle-même, cela ne l’empêche pas, au final, d’être véritablement contraire à la logique, mais suite à des opérations logiques. Ainsi, comme je l’ai déjà dit et sous-entendu plusieurs fois, on arrive à l’absurde par le seul chemin de la logique, mais, la logique étant ce qu’elle est, l’absurde finit par s’identifier justement comme contraire à la logique, mais formé par elle. Et la définition, en début de texte, du dictionnaire n’a jamais mentionné que l’absurde n’était pas formé de logique, pour la simple raison que cela serait logiquement inconcevable.
Rappelez-vous les deux liens logiques de début de texte, dont je disais que l’un d’eux était en partie absurde. A présent, vous devriez voir que cette absurdité est tout simplement fruit de la logique !
Pour terminer, on peut logiquement affirmer qu’il serait absurde de considérer le présent texte comme absurde, car il est simple résultat de la logique. J’ajouterai à cela qu’il ne cherche pas à transgresser la logique, de quelque façon que ce soit, aussi logique – ou absurde – soit-elle, puisque la logique ne peut se détruire effectivement – bien qu’elle le puisse en apparence par l’absurdité. Enfin, si l’on cherche un sujet de débat, je puis aisément soulever cette simple interrogation : la logique est-elle schizophrène ?