je bosse moi là désolé
Perec est né en 1936 et mort en 1982, son enfance est marqué par les disparitions, en effet, il est fils unique de juif polonais, en pleine période de guerre. C’est donc un homme marqué, orphelin de son écriture et de son passé, il tente de cerner son passé au travers de son écriture, notamment W ou le souvenir d’enfance : « J’écris pck ils ont laissé en moi leur marque indélébile et que la trace en est l’écriture, l’écriture est le souvenir de leur mort et l’affirmation de ma vie »
Ce livre W ou le souvenir d’enfance est paru en 1975, constituant l’autobiographie de Georges Perec sous la forme de deux textes alternés, n’ayant apparemment rien en commun : une autobiographie vide et laborieuse et une fiction débordante et minutieux. Apparemment opposés ces deux textes sont enchevêtres l’un dans l’autre, ne pouvant exister l’un sans l’autre.
Nous avons donc vu que tout au long de ce livre, les hommes sont déshumanisés et ne sont donc justement plus des hommes. Tout d’abord on ne voit que très rarement le mot homme qui est le plus souvent remplacé par le mot Athlète, et aux vu des cadences et régimes qui sont imposés à ces athlètes on devine aisément qu’ils sont davantage considérés comme des machines, ou même des jouets pour ceux qui dirigent et qui établissent ces lois, si on peut les appeler ainsi. Il y a aussi le fait que l’athlète gagne son nom en quelque sorte, cette accumulation de noms ( p134 gustafon de grunelius de pfister …) fait justement perdre toute identité a celui qui les porte. Il devient presque un numéro, numéro qui pourrait se révéler être celui qui était tatoué sur la peau des déportés. De même, selon chaque numéros les traitements sont différents, tout est régi, de l’alimentation à la procréation en passant par le droit de dormir ou encore de s’habiller. Une fois encore on reviens à l’idée de l’univers concentrationnaire où tout était imposé de façon autoritaire :ration de nourriture quand ration il y avait, procréation aboli puisque nous étions dans des camps d’extermination donc … , humiliation physique, torture … Personne n’échappe à cette déshumanisation : les femmes qui vivent enfermées et vouées à la procréation dans des conditions ignobles, les jeunes dès 14ans ( p189), aussi bien que les anciens Athlètes ( p210)
Dans cette société, même les lois sont corrompues et appliquées au bon vouloir de leur auteur, cette société qui en apparence semble tellement bien organisé qu’elle ne peut qu’être juste se révèle finalement totalement arbitraire. Les lois sont détournées dans le but de servir le plaisir et les envies de ceux qui régissent. Ils ont la main libre sur toute cette société, font de leur sujet ce qu’ils veulent sans être inquiété par d’éventuelle lois puisque de toute façon ce sont eux qui les font sur mesures. Nous sommes face à une société injuste, où le hasard règne, la vie des Athlètes tient au bon vouloir des officiels. Tout comme dans les camps, la survie des déportés ne tenait à rien, exterminés pour rien, pour leur origine, leur coutume, leur nom. Exterminés dans le seul but de satisfaire l’envie et les convictions d’un seul, cette même société s’applique donc à W ( p209). + p180 où on voit bien que cette société est entierrement pourrie.
Tout comme dans les camps, le plus fort impose sa loi au plus faible, cette hiérarchisation est scrupuleusement respectée, ainsi seul le plus fort est maître de sa vie et décide de la destinée de celle des autres. Ce n’est pas sans rappelé la « sélection » qui était opéré lors de l’arrivée des déportés dans leur enfer. Les plus faibles tués sans répit, les femmes isolées pour satisfaire les « besoins naturels » de leur bourreau, les plus forts se retrouvaient ainsi avec la vie sauve… pour quelques jours, quelques jours pendant lesquels ils ne seront d’utilité que pour enterrer leur camarades, assister à cette horreur, travailler pour servir les plus forts tout en sachant à quoi ils sont destinés, ce bref répit se révèle donc davantage comme une énième torture. W repose sur le même principe.
L’horreur des camps est constamment suggérée dans la fiction de W. L’auteur insiste souvent sur les douches des Athlètes, ces mêmes douches qui ont tués plusieurs millions de déportés… Notamment au travers de l’expression p210 « les préposés aux douches tournent négligemment leur robinet » une expression très forte par le fait qu’elle paraît anodine mais ils apparaît alors comme un privilège pour les plus fort d’actionner ce robinet qui va tuer des millions de personnes, l’actionner sans scrupules, sans remords, négligemment … Mais cela ne saurait combler le plaisir de certains qui préfèrent s’adonner à la torture et l’humiliation comme nous l’avons vu , humilier les handicapés, s’en servir en tant que bouffon, faire rire, c’est ce que suggère les compétitions d’handicapés sur W où finalement l’auteur nous confie que le handicap deviendrait presque un atout dans cette société. Les athlètes, tout comme les déportés sont fouetter, rabaisser au rang de rien. Cette même horreur est suggérée aussi par la surveillance constante qui leur est imposée, l’univers concentrationnaire tout comme W est comme nous l’avons vu très fermé : p188 univers dont on ne peut réchapper, on y rentre mais on en sort pas.
C’est alors qu’on peut ainsi rapprocher l’épisode de Gaspard de l’histoire de W. Gaspard est un déserteur qui vit sous une fausse identité. Or la desertation est punie comme un crime, il est donc en perpétuelle cavale, pour échapper à son destin. Tout comme l’est un juif pendant cette période, qui se cache constamment, emprunte diverses identités, ne peut faire confiance à personne… Le personnage qu’incarne Otto Apfelstahl, est un personnage mystérieux comme nous l’avons vu, probablement d’origine allemande, il aurait très bien pu faire parti de la gestapo ou la milice, chargé de dénoncer et de déporter les juifs. Ils se pourraient donc qu’Otto ai tendu un piège à Gaspard, en effet nous l’avons vu cette histoire du Gaspard handicapé est très peu crédible. Les trois points après sur les deux pages à la fin du chapitre 11 peuvent tout laissé supposé, y compris le voyage en train vers l’ultime destination. Gaspart serait donc parachuté sur cette île, ou plutôt dans ce camp, camp en apparence organisé, presque beau, mais qu’il va progressivement découvrir …. Tout comme la société W.
C’est donc au travers de son récit fictif que Perec parvient à nous transmettre la réalité de l’horreur des camps, justement tellement horrible qu’indicible, c’est donc en mobilisant l’imagination et les connaissances du lecteur sur ce sujet presque tabou par le biais de la fiction qu’il parvient à s’exprimer. Il nous livre ici un combat contre lui même, contre sa mémoire, partager entre l’envie d’oublier toutes ces horreurs mais aussi les retrouver pour mieux les affronter. Quand au titre de cette œuvre W, Perec nous explique la signification de cette lettre page 110 à la fois croix gammée, souvenir qu’il souhaiterait vaincre et croix juive, souvenir des ses parents.