Chapitre II – Convalescence
Trois jours plus tard, l’homme blessé ne s’était toujours pas réveillé. Alors que l’homme qui l’avait transporté se rendait à l’infirmerie, comme il avait fait durant ses trois derniers jours, fut attiré par une conversation qui se déroulait dans la hutte voisine.
- Il faut que cet étranger parte de notre village.
Dit une voix féminine apeurée.
L’homme s’approcha de la hutte et guigna à travers la porte qui était restée légèrement entre-ouverte.
- Il ne s’est pas encore réveillé, comment voulez-vous qu’il s’en aille ?
Demanda, en sur un ton calme, une voix masculine.
L’homme vit alors trois hommes et deux femmes qui tergiversaient sur le blessé.
L’un des hommes n’était autre que le médecin et l’une des femmes était l’infirmière.
- Si cet homme reste, qui sait ce qu’il peut nous arriver !
Dit l’autre femme en s’énervant en levant les bras.
L’un des hommes s’adressa calmement à l’autre homme qui sembla songeur :
- Vous qui êtes le chef du village, que va-t-on faire de l’étranger ?
Le chef du village regarda ses interlocuteurs en se tenant le menton, il sembla très pensif, mais dit de façon arrangeante :
- Ecoutez ! Comme il ne s’est pas encore réveillé et que, demain, commence le festival, je vous propose qu’on en reparle après. Peut-être que d’ici là, il sera réveillé.
- Je ne suis pas d’accord, s’il reste là, nous aurons des problèmes.
Dit l’infirmière sur un ton agressif.
Le médecin la regarda et dit d’un ton exécrable :
- Ca suffit ! Arrêtez votre paranoïa maladive !
- Je vous aurais prévenu ! Après, il ne faudra pas venir vous plaindre !
Rétorqua-t-elle aussi sec.
Elle sortit comme une furie et en ouvrant la porte, frappa l’homme qui tomba au sol à cause du choc. Son nez se mit à saigner et mit sa tête en arrière tout en tenant son nez avec sa main et s’exclama :
- Aïe ! Elle est folle celle-là ! Je n’aimerais pas me faire soigner par une dingue pareil !
Dans la hutte, la conversation continua, mais l’homme ne sembla plus vouloir écouter la suite. Il se releva donc, la tête toujours en arrière et avança un peu à l’aveuglette. Il sembla quand même un peu préoccuper de ce qu’il avait entendu. En marchant, il heurta un homme et dit d’une manière agacée :
- Vous ne pouvez pas faire attention ?
Il releva la tête et vit un homme le regardant avec un petit sourire narquois.
Cet homme était grand et très baraqué. Il avait les cheveux dressés en pic et d’une teinte blond cendré. Il avait les yeux noirs et un regard assez dur. Il ne portait qu’un gilet marron et ouvert, laissant voir ses muscles. Il avait des pantalons baggy tricolore, façon militaire, de couleur blanc, gris et noir. Il portait de grosse botte de cuir noir ayant cinq boucles chacune. Il avait aussi des gants marron légèrement délavés.
- Comme ça on écoute aux portes, le freluquet ?
Dit-il d’une voix forte et grave.
L’homme répondit avec embarras :
- Heu… ( secouant les mains et en reculant légèrement) Non, non ! ( commençant à s’éloigner) Désolé de ne pas pouvoir te parler plus longtemps, mais j’ai un rendez-vous ! A la prochaine, mec !
Il partit au pas de course en direction de l’infirmerie. L’homme baraqué le regarda partir en poussant un gros soupir.
Arrivé à l’infirmerie, il vit l’homme blessé assis au bord du lit. Il était en train d’enlever ses bandages rougit par le sang. L’homme lui dit avec un grand sourire :
- Tiens, tu t’es levé ? Comment ça va ?
Aucune réponse venant de l’homme blessé et finit d’enlever les bandages. Une fois qu’il avait fini, il se leva et regarda l’homme droit dans les yeux.
Il avait les yeux gris légèrement bleuté et un regard aussi mystérieux que désorienté.
- Où sont mes affaires !
Dit-il d’un ton sec.
Surpris de la réponse, l’homme ne répondit pas tout de suite. Il tenta alors une autre approche, toujours avec un grand sourire :
- Je me présente, je m’appelle Sangoka, mais tu peux m’appeler Goka. Et …
L’homme interrompit Goka en l’empoignant et en le plaquant contre le mur. Il lui dit, énervé :
- Je n’ai que faire de qui tu es ! Tout ce que je veux, ce sont mes affaires, est-ce que c’est clair ?
- Du calme. Tes affaires sont à l’auberge, dans ma chambre.
Répond-il en enlevant les mains de l’homme et en le poussant légèrement pour qu’il recule.
L’homme pris une blouse que les patients portent et sortit. Goka poussa un soupir en baissant la tête et en se disant sur un air de désappointement :
- Curieux personnage ! ( levant la tête et sortit en criant) HE ! ATTEND-MOI !
Il accourut jusqu’à sa hauteur et l’accompagna jusqu’à l’auberge. Les villageois préparèrent le village pour le festival qui commencera le lendemain. Ils regardèrent l’homme avec attention et en marmonnant.
Sur le chemin, l’enfant qui avait alerté Goka, trois jours auparavant, arriva à leur hauteur et demanda à l’homme :
- Comment allez-vous, Monsieur ?
L’homme ne répondit pas et continua son chemin. Goka eut pitié de l’enfant face à la réaction de l’homme, mais continua également son chemin un jetant un regard de sympathie à l’enfant qui semblait triste.
Ils arrivèrent dans la chambre de Goka qui lui rendit ses affaires. L’homme enleva la blouse et enfila ses vêtements. Goka demanda :
- Tu t’en vas déjà ? Tu ne veux pas rester le temps du festival ?
L’homme le regarda assez froidement et lui répondit sèchement :
- Non !
- Que comptes-tu faire, alors ?
Dit-il avec un air curieux.
L’homme ne répondit pas, prit son arme en la mettant à son dos sous sa cape, et sortit de l’auberge. Goka, dépité, le suivit.
A l’entrée de l’auberge, le chef du village, accompagné du médecin, accueillit l’homme et Goka. Il lui souhaita la bienvenue en tendant la main :
- Bienvenue à Rhyal ! Je suis le chef du village et voici le médecin qui s’est occupé de vous.
L’homme resta sans dire un mot. Le chef baissa sa main avec une pointe d’amertume.
Le médecin s’avança vers l’homme en lui demandant :
- Vous n’allez pas partir maintenant. Il me faut encore que je vous examine. Restez le temps du festival, d’accord ?
L’homme haussa les épaules en poussant un soupir et répondit :
- Très bien !
Il s’en alla du côté de la taverne. Goka salua le chef et le médecin et le suivit.
Arrivés à la taverne, ils s’assirent tout deux à une table et commandèrent une boisson alcoolisée locale. Goka regarda l’homme droit dans les yeux et demanda avec insistance :
- Comment t’appelles-tu ? Que comptes-tu faire, après ?
L’homme sirota son verre sans rien dire. Goka prit une gorgée et reposa son verre. Il retenta une approche :
- Tu veux que je te dise un secret ?
L’homme ne répondit toujours pas. Il se leva donc et se pencha à la hauteur de l’oreille de l’homme et lui chuchota en regardant autour de lui :
- Je suis comme toi ! Je suis aussi un kinésique !
L’homme tourna le regard vers lui et lui répondit froidement :
- Qui te dit que j’en suis un ?
Goka poussa un soupir.
Dans un coin de la taverne, un homme avait son regard porté sur Goka et l’homme et pensa :
- Est-ce lui ?