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Jacques Villeret est mort
THIERRY ROGE
" Peut-être bien le champion du monde". Il nous a fait pleurer de rire. Ce vendredi, il nous fait juste pleurer
PARIS Il était l’un des acteurs les plus touchants du cinéma français. Avec son visage de poisson-lune, Jacques Villeret, disparu vendredi, a souvent incarné des personnages de grand timide et de souffre-douleur dans des comédies, avant de trouver des rôles plus subtils.
Rendu célèbre par son personnage d’extra-terrestre dans " La Soupe aux choux" ( 1981), il avait remporté en 1999 le César du meilleur acteur pour " Le dîner de cons" de Francis Veber. Son dernier grand succès au cinéma, à l’automne dernier, était " Vipère au poing" de Philippe de Broca, lui aussi disparu récemment.
Malade du foie depuis plusieurs années selon son entourage, Jacques Villeret est décédé à l’âge de 53 ans. " Il avait cette maladie qu’est l’alcoolisme et on sentait qu’il flirtait avec la mort en permanence", a déclaré sur France-Info Francis Veber, en ajoutant que le comédien souffrait aussi d’un " diabète terrible". " C’était un génie", a souligné le réalisateur en décrivant un acteur " extrêmement touchant, attachant". " Il avait cette espèce de facteur de surprise dans son jeu qui faisait que, tout à coup, le plateau entier éclatait de rire", s’est souvenu Jacques Veber.
Jacques Villeret a débuté sa carrière au théâtre après une formation classique au conservatoire de Tours. Monté à Paris en 1969, il devient l’élève de Louis Seigner au Conservatoire national d’art dramatique et participe aux matinées classiques de la compagnie de Marcelle Tassencourt. Après avoir joué dans les grandes pièces du répertoire ( "Les fourberies de Scapin"), il se voit confier son premier rôle au cinéma par Yves Boisset, dans " R.A.S." ( 1972). Puis il devient l’un des acteurs fétiches de Claude Lelouch. Ils tournent pas moins de huit films ensemble dont " Robert et Robert", qui vaut à Villeret le César du meilleur second rôle en 1979.
Alternant théâtre, avec plusieurs one-man shows entre 1975 et 1983, et cinéma, Jacques Villeret impose son physique de gentil rondouillard, oscillant entre comique et tristesse. Il enchaîne les personnages de Français moyen bousculé par la vie, un peu dépassé par les événements. Et il élargit peu à peu son répertoire sous la direction de grands réalisateurs ( Sautet, Godard, Verneuil, Pialat).
Au début des années 1980, il devient très populaire grâce à son personnage d’extraterrestre dans " La soupe aux choux", face à Louis de Funès. Deux ans plus tard, entouré par une partie de la troupe du Splendid, il interprète le frère d’Hitler, chanteur émule de Julio Iglesias dans " Papy fait de la résistance". Dans " Les morfalous", il vole par moments la vedette à Jean-Paul Belmondo.
Souvent employé dans des seconds rôles, Jacques Villeret éclate dans " L’été en pente douce" ( 1987) où il incarne sans pathos un handicapé mental. Dans les années 90, il se consacre au théâtre avec l’adaptation du roman de Patrick Süskind " La contrebasse", instrument qui, sur scène, est son unique interlocuteur. " Au départ, je ne pensais pas au cinéma, il est venu tout seul.
J’y ai fait de belles rencontres mais ma base reste le théâtre", expliquait l’acteur lors de son retour sur les planches. C’est avec une pièce de théâtre, " Le dîner de cons", qu’il triomphe sur scène puis au cinéma dans l’adaptation de Francis Veber. Face à Thierry Lhermitte, il incarne avec brio un rond-de-cuir passionné par la construction de monuments historiques en allumettes.
Rompant avec les rôles comiques, il remporte un grand succès public et critique en 1999 avec " Les enfants du marais" de Jean Becker, qui le fait jouer aussi dans " Un crime au paradis" et dans " Effroyables jardins". Jacques Villeret avait achevé fin décembre le tournage des " Ames grises" d’Yves Angelo et devait tourner prochainement dans " Camping" de Fabien Onteniente. Deux de ses comédies sortent bientôt sur les écrans de cinéma français: dans " Iznogoud" de Patrick Braoudé, il incarne le calife Haroun El Poussah ( sortie le 9 février) et dans " L’antidote" de Vincent de Brus ( sortie le 30 mars), il donne la réplique à Christian Clavier.
Dans un entretien à " La Revue du spectacle", Jacques Villeret avait expliqué ses rapports au rire et à l’émotion. " C’est le dosage des deux qui est le plus intéressant pour moi. Le rire est plus précis, donc plus difficile. Faire pleurer, par contre, demande plus de préparation", soulignait-il. " Je ne crois pas être plus triste qu’un autre mais quand un comique l’est un peu, l’amplitude est d’autant plus grande".
L’actrice Catherine Frot, sa partenaires du " Dîner de cons" et de " Vipère au poing", résume toute l’ambiguïté entre le physique et le tempérament de Jacques Villeret dans un portrait de " Libération": " Le paradoxe, c’est que ce sont ses personnages de benêts qui l’ont rendu populaire alors qu’il a un fond tragique immense".
Un extrait de sa filmographie
Formé au Conservatoire, Jacques Villeret a fait ses premières armes au théâtre ( Occupe-toi d’Amélie, Les Fourberies de Scapin).
C’est Yves Boisset qui le premier lui donne sa chance au cinéma, dans «R.A.S.» ( 1972).
Acteur de composition, Jacques Villeret incarnera très souvent le Français moyen, gentil personnage rondouillard assez naïf, souvent souffre-douleur.
«La Soupe aux choux» ( 1981) l’avait imposé définitivement aux yeux du grand public. Après un premier César du meilleur second rôle en 1978 pour «Robert et Robert» , il en avait obtenu en 1998 un second, celui du meilleur acteur, pour «Le dîner de cons» de Francis Véber ( plus de 9 millions de spectateurs), qu’il avait d’abord joué au théâtre. On l’avait récemment vu au cinéma dans «Vipère au poing» de Philippe de Broca, décédé fin novembre. Il était né le 6 février 1951 à Loches, dans le centre de la France.