Football / PSG Les cadences infernales de M´Bami
ENTRE LA FINALE de la Coupe de France, le 29 mai, et ses retrouvailles avec le PSG, dimanche dernier, Modeste M´Bami n´a quasiment pas soufflé. Retenu par le Cameroun pour disputer les éliminatoires de la Coupe du monde 2006, le milieu défensif n´a bénéficié que de treize jours de vacances. « J´ai coupé entre trois et six jours après chacun des trois matchs disputés avec la sélection ( Bénin, Libye et Côte d´Ivoire), précise-t-il.
J´ai demandé plusieurs fois à Vahid ( Halilhodzic) une semaine supplémentaire avant de reprendre le travail avec le club, comme Pedro ( Pauleta). Il a refusé. Sans doute qu´à mon âge ( 22 ans) on considère que je récupère plus vite. » Dès son arrivée au stage d´Aix-les-Bains, une semaine après le gros de la troupe du PSG, l´infatigable récupérateur des Lions indomptables s´est trouvé astreint à une harassante charge de travail, à raison de trois entraînements quotidiens. Récit de ces cadences infernales.
7 heures, piste d´échauffement de l´hippodrome.
« On commence la journée au lever du soleil par un footing de quarante-cinq minutes à jeun, à un rythme assez élevé, c´est-à-dire à 172 pulsations par minute pour moi. Même si j´ai pris l´habitude la saison dernière de me lever tôt, puisqu´il faut arriver au camp des Loges une heure avant le début de l´entraînement, c´est le moment que je redoute le plus.
Le cadre de l´hippodrome est sympa, mais toutes les conditions ne sont pas réunies pour courir. Les jambes sont encore lourdes de la séance de la veille. Il faut se remotiver rapidement. On sait que Vahid ne va pas nous lâcher. Dans ma chambre, j´ai plein de CD et de DVD africains. Pour accélérer la mise en route au lever, j´écoute du soukouss, en particulier Awico. Une fois sur la piste, les premières minutes sont les plus difficiles. Quand la distance est apprivoisée, je me sens mieux. Heureusement, on arrête cette séance à partir de demain ( aujourd´hui). »
10 h 30, gymnase.
« Entre les deux premières séances, je lutte pour rester éveillé. Je prends une bonne douche et j´enchaîne sur un petit déjeuner léger. Je sais que si je m´endors, j´arrive en retard au gymnase, et ça, c´est interdit. On commence par du renforcement musculaire : les abdominaux, les bras, les jambes, sans grosses charges, avec des petits passages rapides. Après, on joue au basket. C´est la récréation, on travaille l´endurance tout en se relaxant. Ça aide à oublier le boulot du matin. C´est la première fois que je joue au basket. Je suis meilleur avec les pieds qu´avec les mains. En Afrique, ce sport n´existe pas : on a tout misé sur le foot. On termine par quelques minutes de foot en salle. C´est très convivial, ça déconne. J´ai fait tous mes ateliers avec Jérôme ( Rothen). Je ne le connaissais pas, il est vraiment sympa. Il vient d´arriver et c´est comme s´il était là depuis un an. Je crois qu´au-delà du niveau de jeu le coach tient compte du caractère avant de recruter un joueur. La vie de groupe, c´est très important. »
17 h 30, stade municipal.
« Avant ce troisième entraînement de la journée, la sieste est obligatoire entre 14 heures et 16 h 30. Je n´ai pas à me forcer pour dormir. Cette dernière séance, je l´attends avec impatience. Je sais que je vais toucher le ballon. Quand j´en suis privé longtemps, je ne suis pas bien. C´est l´occasion de retrouver les joueurs qui ont une semaine d´avance sur nous dans le stage. C´est un vrai plaisir. Physiquement, c´est l´inconnue. Je ne sais pas si les jambes vont tenir. Je redoute les courses par intermittence qui finissent la séance ( 150 m en 30 secondes puis 100 m de repos, dix fois). Finalement, ça passe plutôt bien. Ce qui est marrant, c´est de courir au milieu des gens, du club d´athlétisme qui s´entraîne en même temps que nous. Mardi, j´étais en train de souffrir à la course et, en prenant un virage, un gamin m´a arrêté pour me demander un autographe puis de prendre la pose pour une photo. Ça change des huis clos, qui sont nécessaires les veilles de match. Cette ambiance populaire, tous ces gens proches de nous, ça fait du bien, ça aide à oublier la souffrance. »
Le Parisien , jeudi 15 juillet 2004
les pauvres