pour tallal et tous les marocains.
Football, L 1/Lens - PSG J - 1. L´autre visage de Talal El Karkouri
Avec les absences conjuguées dans le secteur défensif de Mendy ( suspendu) et de Heinze ( sélection), Talal El Karkouri sera titulaire à Lens. Arrivé au PSG durant l´hiver 1999, le Marocain n´a jamais réussi à s´imposer. Son contrat arrivant à terme au mois de juin, il devrait changer de club.
Sur son avenir, le récent finaliste de la CAN laisse planer le doute, en citant un proverbe égyptien : « Un secret qui vaut de l´or aujourd´hui sera peut-être gratuit, demain. » Enigmatique, parfois mal compris dans son jeu ou ses propos, El Karkouri est un personnage entier, très attaché à ses racines.
Niveau bac + 2. « Je suis né à Casablanca le 8 juillet 1976, j´y ai passé toute mon enfance. Dès 12 ans, j´ai intégré l´école des sportifs, un sport études où nous avions neuf heures d´entraînement par semaine. J´ai toujours joué au foot, dans mon quartier et sur les plages de Casa. Si je n´étais pas devenu joueur professionnel, j´aurais été professeur de sport. J´ai fait des études universitaires jusqu´à un niveau bac + 2. »
Halilhodzic le lance chez les pros. « A 18 ans, j´ai signé pour le Raja Casablanca. C´est Vahid Halilhodzic, alors entraîneur de cette équipe, qui m´a lancé en Première Division. Je suis très vite devenu titulaire. Pour devenir professionnel, il faut avoir de la chance au bon moment. Il y a des joueurs qui évoluent dans de très grands clubs et qui ne sont pas de très grands joueurs. En revanche, on peut trouver de grands joueurs dans des petites équipes. »
Son meilleur souvenir est une défaite. « En 1999, la Fifa avait organisé la Coupe du monde des clubs au Brésil. Avec le Raja, on a perdu de justesse ( 3-2) contre le Real Madrid. En face de moi, il y avait Raul, Morientes et Anelka. C´était un rêve. Je n´oublierai jamais cette partie, elle reste le plus grand souvenir de ma carrière. Tous les supporters du Raja ont gardé la cassette vidéo de cette partie. »
« Les joueurs sont des moutons ». « Le football devient de plus en plus du business et du marketing. Quatre-vingt-dix pour cent des gens qui travaillent dans ce milieu ne font pas confiance aux autres. Quand on me présente un papier, je suis méfiant et je lis chaque ligne avant de le signer. Dans la vie, normalement, si vous respectez les gens, ils vous respectent. Ce n´est pas toujours vrai dans le monde du foot. Les joueurs sont des moutons, on les achète, on les nourrit et après, on les vend. »
Cinq prières par jour. « La France est le seul pays en Europe où un musulman peut vivre tranquillement. Je fais ma prière cinq fois par jour. Avant d´entrer dans un stade ou de monter dans un avion, je lis le Coran. Sur le terrain, en période de ramadan, je suis encore plus vif que d´habitude. Mes partenaires sont intrigués, ils ne comprennent pas comment je réussis à ne pas boire après un entraînement. »
Le racisme. « J´ai parfois souffert de racisme. Un jour, j´ai voulu aller acheter une montre dans une bijouterie. Quand j´ai sonné à la porte, la vendeuse a regardé mon visage et a refusé de m´ouvrir. Elle a vu un Arabe, elle a dit : C´est fermé, monsieur ! Ça m´a plutôt fait sourire. Que faire d´autre, face à cela ? Quant au racisme dans les stades, je préfère ne pas en parler, tout le monde connaît la réponse. »
Le roi l´a appelé « Monsieur Talal ». « Après la finale de la CAN ( NDLR : perdue 2-1 face à la Tunisie) , nous avons été accueillis de façon triomphale au Maroc. Des femmes de 60 ans nous acclamaient, des gens de toutes les catégories sociales nous remerciaient et nous lançaient des fleurs. Là, j´ai pleuré. Nous avons été reçus à Rabat par sa Majesté le roi Mohamed VI. Il nous connaissait tous. Quand il est venu vers moi, il m´a dit : « Monsieur Talal, vous avez honoré le pays. Vous imaginez ? Le roi m´a appelé Monsieur Talal ! C´est une grande fierté pour moi et ma famille. Quand j´aurai terminé ma carrière, je retournerai vivre au Maroc. A Paris, j´étouffe. Je veux voir mes enfants grandir là-bas, près de leurs grands-parents. Inch Allah ! »