AVANT FRANCE-SUEDE. --Raymond Domenech évoque les Girondins, passés et présents. Le sélectionneur s´attarde sur les personnalités de Rio Mavuba et Camel Meriem, sujets d´avenir à son avis
«J´étais sûr pour Mavuba»:Emmanuel Commissaire rédaction parisienne
Ambition. « Si Meriem continue à exprimer ses qualités en ayant le statut de successeur de Zidane, il justifiera la comparaison. Je pense qu´il le peut. »
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AMICAL
« Sud Ouest ». Quelles images gardez-vous de vos années bordelaises ?
Raymond Domenech.
Ah, mes deux ans là-bas ! J´ai découvert... l´océan. Moi le Lyonnais, j´ai du mal depuis à remettre les pieds sur la côte méditerranéenne. Ce furent deux années fabuleuses. Les soirs de pleine lune, j´allais sur la plage, à Lacanau. Je me mettais dans les dunes. J´écoutais le bruit des vagues. C´était merveilleux. Ce sont des images exceptionnelles. Les pins, la forêt... J´ai l´impression qu´il y a dans cette région un rapport différent avec la nature. Il y a une espèce d´immensité, d´espace, qui est reposant.
Et côté football ?
Cela a été difficile pour moi. J´ai été blessé, j´ai eu des soucis. Mais en 1984, on a été champions, pour la première fois depuis longtemps. C´était une équipe qui se bâtissait petit à petit, uniquement avec des bons joueurs. J´ai conservé de cette période de vrais souvenirs que je reprends maintenant. Sur la construction, sur la vie de groupe. L´ambiance était particulière. Les Girondins d´alors, ce n´étaient pas que de bons copains. Il fallait tout créer. Aimé Jacquet a su régler, équilibrer, tempérer, lutter. Contrairement à ce qu´on peut dire, il y a des équipes qui gagnent parce que c´est une bande de copains. Nous, on était une bande de professionnels. C´est important de savoir qu´avec des gens qui ne s´entendent pas forcément, on peut arriver à un haut niveau si on en fait de vrais pros.
Votre admiration pour Aimé Jacquet date-t-elle de cette époque ?
Quand je suis arrivé à Bordeaux, j´étais déjà diplômé. Mais quelque part, il a été un exemple. Ce qu´il trouvait, je l´ai gardé. Je l´avais connu à Lyon. J´étais capitaine quand il a débuté dans le métier. On jouait ensemble et, du jour au lendemain, il est devenu entraîneur. Nous avions un respect mutuel. Peut-être parce que j´étais entraîneur dans l´âme, j´ai toujours aidé mes entraîneurs. Je notais toutes les séances, tout ce qui se faisait à l´entraînement, tout ce qu´on disait.
Rio Mavuba tient-il une place à part dans la reconstruction ? Vous semblez croire en lui...
Oui, j´investis pour l´avenir. C´est nécessaire. On doit amener le futur à se rapprocher le plus possible du présent. On ne devient pas du jour au lendemain international de haut niveau. On commence par des bouts de match, comme dans un club. On fait d´abord l´expérience de la vie en sélection. Je me souviens des débuts de Laurent Blanc en équipe de France. Il était critiqué. On disait qu´il n´était pas rigoureux, qu´il ne défendait pas. En plus, il jouait numéro dix. On sait ce qu´il est devenu. Ce ne sont pas des paris. Ce sont des convictions. J´ai la conviction que Mavuba a le talent pour aller au plus haut niveau, mais il faut l´y amener petit à petit.
Le fait qu´il ait survécu à France-Irlande en fait-il un joueur encore plus intéressant à vos yeux ?
Sa force de caractère, déjà, elle s´est vue pendant le match. Il n´a pas sombré. Au contraire, il y est allé encore plus. Il a essayé de mettre des tampons. Il a récupéré des ballons. Il a continué à jouer son jeu. Ce joueur, c´est une garantie. Neuf sur dix à son âge, placés dans ces conditions, se seraient cachés et auraient disparu à tout jamais de l´équipe de France. Lui, il a justifié sa sélection par son mental.
Mais il aurait pu se brûler les ailes...
Non. Moi, j´étais sûr. Je n´ai pas l´impression de lui avoir fait courir un risque. Mentalement, il ne peut rien lui arriver. Il a une force exceptionnelle. C´est vrai que c´est allé vite pour lui. J´avais Vieira suspendu et Pedretti blessé. Mais je ne voulais pas prendre pour prendre. Je voulais enclencher quelque chose pour l´avenir. S´il avait commencé par un bout de match, cela aurait été moins risqué psychologiquement, mais je n´avais aucune inquiétude.
Certains le comparent à Tigana, d´autres à Makelele. Et vous ?
Bêtement, je pense que c´est un mix des deux. L´énergie dans la récupération de Makelele, l´accélération offensive de Jean Tigana.
Zinedine Zidane a déclaré récemment qu´il espérait voir Camel Meriem reprendre le flambeau ( 1). Est-ce lui rendre service ?
Au haut niveau, il faut avoir le mental. Ceux qui ne sont pas capables de supporter la pression ne passent pas. Si on peut lui mettre encore de la pression pour voir s´il va la dépasser...
Ce genre de comparaison lui a déjà joué des tours...
Si Meriem continue à exprimer ses qualités en ayant le statut de successeur de Zidane, il justifiera la comparaison. Je pense qu´il le peut.
En meneur de jeu ?
Pas sous la forme de Zidane. Il a plus d´activité à droite et à gauche. Il n´est pas tout à fait dans le même registre. Il est aussi récupérateur. Il peut jouer plus bas.
1. Dans le magazine « France Football », Zidane avait déclaré textuellement : « J´avoue que j´apprécierais qu´un Camel Meriem reprenne le flambeau. Les quelques gestes que j´ai vus de lui quand il est rentré face à la Pologne m´ont emballé. »
ca fait plaisir de voir que domenech pense ca de mavuba et meriem!