NICOLAS DE TAVERNOST. --Le patron de M 6 rappelle l´importance des sommes allouées aux Girondins depuis 1999 et leur assigne un double objectif : retrouver l´Europe sans perdre d´argent
« On nous rendra justice »:Recueilli par Jean-Denis Renard, envoyé spécial
Objectif. Nicolas de Tavernost ambitionne toujours une qualification européenne pour les Girondins
PHOTO LAURENT THEILLET, « SO »
LIGUE 1
C´est en plein milieu d´un mois de janvier plutôt dense sur le plan sportif que le président du directoire de M 6 a tenu à réaffirmer la confiance qu´il voue aux Girondins. Ce Bordelais de coeur, qui a vécu quatorze de ses années de jeunesse dans le port de la Lune, a uni les destinées du club et de la chaîne de télévision il y a plus de cinq ans maintenant. Dans son bureau perché au huitième étage du siège de M 6 à Neuilly-sur-Seine, à deux pas de l´Arc-de-Triomphe, il discute les hauts et les bas de ce mariage et brosse des perspectives ambitieuses pour l´équipe dont il suit manifestement les performances avec attention.
« Sud Ouest ». L´an dernier, vous disiez avoir eu une déception avec les Girondins. Perdure-t-elle aujourd´hui, au vu des résultats à mi-saison ?
Nicolas de Tavernost. Non. Certes, on aimerait n´avoir que des matches gagnants cette saison, mais il faut savoir accepter l´incertitude sportive. La déception actuelle est évidemment relative au nombre important de blessés. En revanche, M 6 est très satisfait des performances et de la composition de l´équipe. Nous avons interrogé le club pour savoir s´il voulait se renforcer au mercato d´hiver et la réponse a été négative. L´entraîneur et le staff n´ont pas jugé utile de bouleverser l´équilibre du groupe.
Quel objectif sportif le club doit-il viser cette saison ?
Une qualification européenne. Il y a eu une année sans. Plus tôt Bordeaux redeviendra européen, mieux ce sera. Mais on n´évolue pas dans un domaine qui relève de la science exacte.
Que pensez-vous de la formation à la bordelaise ?
Avec Patrick Battiston et Guy Hillion, le club a une politique de formation de qualité. Il nous avait incité à investir sur ce chapitre et on en voit enfin les résultats de manière spectaculaire. Une des facettes les plus intéressantes d´un club réside dans sa capacité à sortir de grands joueurs. La formation est devenue une marque de fabrique bordelaise et nous en sommes très heureux. Contrairement à ce que j´ai pu entendre, cette priorité n´a rien d´un choix financier. Et elle ne rompt pas l´équilibre de l´équipe. Quand vous regardez des joueurs comme Ramé, Jemmali, Kapsis ou Rool, vous vous apercevez que ce ne sont pas des gamins. On se repose sur un collectif varié, qui a gagné en qualité depuis l´an passé. Tout observateur de bonne foi doit reconnaître cette qualité.
Qu´est ce qui fait la différence entre Bordeaux et Lyon ?
Quand vous êtes en Ligue des champions, votre budget vous permet de confirmer vos succès. Quand Bordeaux y a participé ( 1), il est vrai que certains choix de recrutement n´ont pas été heureux. Nous avons sans doute insuffisamment profité de cette période. Notre rôle d´actionnaire s´est alors limité et se limite toujours à définir un budget et des objectifs, et à vérifier qu´ils sont respectés. Mais on peut juger a posteriori. Sur les quelques recrutements de ces dernières années, quand on voit Meriem être aussi peu utilisé par l´entraîneur précédent ( 2) qui le laisse filer à Marseille, vous ne pouvez pas empêcher l´actionnaire de se poser des questions. Quand on voit le Brésilien Christian être réclamé malgré un prix relativement élevé et ses performances par la suite, on peut être déçu. Tous les clubs commettent des erreurs. Mais par contraste avec la saison dernière, on sent cette année une dynamique forte.
La saison 2003-04 s´est conclue sur un déficit de l´ordre de neuf millions d´euros. Quelle est la feuille de route des dirigeants bordelais cette année sur le seul plan financier ?
Le club ne doit pas perdre d´argent cette année. Il n´en perdra pas. Il a un budget qui lui permet de gagner et de se qualifier pour la Coupe d´Europe ( 3). On a fait notre travail d´actionnaire. A ce jour, nous avons investi 26,5 millions d´euros dans le club, soit 174 millions de francs. C´est de l´argent gagné par le travail de M 6 à Paris et mis à Bordeaux. Ce qui a parfois tendance à nous agacer quand on se fait engueuler.
Si on en juge par le résultat de l´appel d´offres sur les droits télé, défavorable à TPS ( dont M 6 est actionnaire), le retour sur l´investissement que vous avez consacré aux Girondins et au monde du foot reste-t-il correct ?
On ne cherche pas un retour sur investissement. M 6 a besoin de football. On va commencer cette année sur M 6 en diffusant la finale de la Coupe de l´UEFA. On participera probablement à l´appel d´offres de la Ligue des champions l´an prochain. Et nous étudions la possibilité de diffuser les matches des Girondins en différé sur l´antenne de M 6 à compter de la saison à venir. Il s´agirait d´un décrochage local sur l´agglomération bordelaise, le samedi à partir de minuit pour les rencontres qui se déroulent le samedi à 20 heures. Nous avons un certain nombre de questions à régler et nous y travaillons.
Etre propriétaire des Girondins fait-il encore partie d´une stratégie d´ensemble de M 6 sur le football ?
Nous sommes très fiers de posséder les Girondins. Cette année, nous recevons des marques d´encouragement très fortes. Beaucoup de gens se rendent compte de l´effort que nous avons fait. Je rappelle que nous sommes venus à la demande du club. Nous avons mis de l´argent, nous voyons que le club est correctement géré et qu´il ne se trouve pas dans une impasse économique. Nous ne sommes pas préoccupés. Si demain, un partenaire voulait nous accompagner, nous ne ferions pas forcément une fixation sur le fait d´être propriétaire à 100 %. Notre philosophie à Bordeaux se décline comme suit. Oui à l´investissement, non au mécénat perpétuel. Oui à la compétence, non à la gestion directe. Oui à l´ambition, non à la résignation. Jean-Louis Triaud et son équipe incarnent parfaitement cette volonté.
Sur ces principes, le mariage M 6/Girondins doit-il s´entendre sur le moyen ou sur le long terme ?
On verra. En tous les cas, on nous rendra justice des efforts consentis pour ce club. On n´est pas arrivé en disant " pousse-toi de là que je m´y mette". On a respecté les gens compétents qui y travaillaient. On a construit un actif joueurs et un actif sportif en rénovant les installations du Haillan. Ce club n´est pas une aventure personnelle. C´est une société bien gérée qui doit poursuivre dans la voie de l´ambition. Etre durablement au milieu de tableau nous poserait un problème, même si on peut accepter des accidents. Il n´y a que trois clubs qui disposeront toujours de ressources supérieures à celles de Bordeaux : le PSG, Marseille et Monaco. En revanche, les Girondins ont les moyens pour figurer dans les six premiers clubs français.
( 1) En 1999-2000.
( 2) Elie Baup.
( 3) Environ 45 millions d´euros.
« La formation est devenue une marque de fabrique bordelaise et nous en sommes très heureux »