APRES SAINT-ETIENNE - BORDEAUX. -- Après un sixième partage des points ( 0-0) en sept matches, les Girondins donnent l´impression de ne plus savoir gagner. Trouver l´équilibre entre très bien défendre et mieux attaquer pourrait régler leurs problèmes
Des nuls qui agacent: Alain Goujon envoyé spécial
Bordeaux va-t-il devenir le champion de France des nuls ? La question mérite d´être posée puisque, au terme de la onzième journée, son compteur en indique déjà sept. Six ont été obtenus lors des sept derniers matches et trois d´entre eux contre les promus, Caen, Istres et Saint-Etienne. Cela ressemble à un parcours de tortue mais, dans cette Ligue 1 nivelée de plus en plus par le bas, les conséquences sont minimes. Auparavant, de telles performances auraient entraîné une chute inexorable au classement. Mais, après quatre partages des points d´affilée, les Girondins sont passés de la 4e à la 6e place où ils sont bien calés depuis trois semaines. Forcément, c´est agaçant. Et Michel Pavon l´a exprimé par un « avec 38 nuls dans la saison, on descend ! ». Lui aussi préférerait peut-être perdre parfois et gagner plus souvent. La preuve, avec trois victoires et une défaite au lieu de quatre nuls, son équipe posséderait cinq unités supplémentaires et jouerait ainsi dans la cour des grands.
Seulement, pour vaincre plus souvent, encore faut-il s´en donner les moyens et en avoir les ambitions. Et ce onze bordelais ne nous a pas convaincus de sa volonté dans ces domaines. Comme le soulignait Cyril Rool à la sortie du vestiaire, samedi soir : « On joue notre jeu. Cette équipe a été bâtie pour bien défendre. » Ulrich Ramé ne tient pas un autre discours. Ce n´est pas un hasard si Bordeaux est la troisième meilleure défense de France. En dépit de quelques hésitations coupables d´un axe central toujours en apprentissage. Peu importe, cette équipe sait défendre en bloc, réduire les espaces dans la longueur et la largeur, coulisser sans problème et venir compenser l´erreur d´un partenaire. Et quand le capitaine recouvre son meilleur niveau comme à Geoffroy-Guichard avec deux parades exceptionnelles devant Piquionne et Feindouno, ce onze girondin n´a pas grand-chose à craindre.
Récupération et fulgurance des contres. Sauf qu´il existe un décalage assez important, pour ne pas dire un gouffre, entre sa capacité à encaisser les coups et son aptitude à en porter. A l´extérieur et même à domicile, il base sa stratégie sur la récupération et la fulgurance de ses contres avec du jeu à une touche où l´on recherche systématiquement un pivot en pointe, Chamakh ou Laslandes. Comme les deux attaquants s´appuient sur un jeu de déviations dos au but de grande qualité, leurs partenaires devraient en profiter davantage. Comme sur le but de Meriem face à Istres avec cette remise de Laslandes.
Mais loin de Lescure, que les Girondins alignent une ou deux pointes ne change rien. Trois fois cette saison, Pavon n´a évolué qu´avec un seul attaquant. A Marseille, à Bastia et à Saint-Etienne. Un choix tactique pour annihiler l´homme fort de chacun de ses adversaires. A Marseille pour contrarier le jeu long de Pedretti qui n´aime pas être pressé. A Bastia pour mettre sous l´éteignoir Sidibé, la rampe de lancement. A Saint-Etienne enfin pour contrecarrer les desseins d´un Feindouno, véritable chef d´orchestre. A chaque fois, le dispositif mis en place a fonctionné.
Comme un funambule. Malheureusement, les marine et blanc ne parviennent pas à trouver un juste équilibre entre très bien défendre et mieux attaquer. Comme si une sorte de retenue, voire de frilosité, les empêchait de mieux appréhender leurs coups d´attaque. L´escouade offensive est souvent coupée du reste de l´équipe. Dès lors, hormis un exploit individuel ou une fabuleuse naïveté adverse, il n´est guère évident de surprendre la vigilance du gardien d´en face. Même si, surprenant paradoxe, les chiffres semblent démentir cette idée. Avec 15 buts marqués, Ramé et les siens possèdent l´une des meilleures attaques françaises. Sauf à préciser que 9 de ses 15 réalisations, soit 60 %, ont été inscrites en deux rencontres, Nice ( 5-1) et Bastia ( 4-1). Deux matches références aux yeux du staff. Deux épiphénomènes au regard du parcours d´ensemble ?
Comme un funambule en plein milieu de parcours, on ne sait pas si les Girondins vont garder ce cap, démontrer plus de hardiesse ou manifester la peur du vide. Les prochaines échéances seront révélatrices. En effet, le calendrier s´annonce redoutable jusqu´à la trêve avec huit rencontres pas faciles du tout ( 1). Ces dernières saisons, les hommes au maillot paré du scapulaire ont toujours été plus à l´aise face aux gros bras. A eux de le démontrer une fois de plus.
( 1) Réceptions de Lens, samedi, puis Paris SG, Ajaccio et Lyon. Déplacements à Strasbourg, Nantes, Auxerre et Monaco.