Article du Sud Ouest sur Uche :
GIRONDINS. --Le Nigérian, vedette du championnat polonais, débarque dans le championnat français en quasi inconnu et en sortant d´une saison blanche. Il espère y faire sa place
Kalu Uche veut prouver
En Pologne, le départ de Kalu Uche ne laisse personne indifférent. Les journaux nationaux surenchérissent d´articles, les demandes d´interviews affluent, les chiffres les plus loufoques circulent sur ses émoluments bordelais. Chacun veut en savoir un peu plus sur le nouvel épisode du feuilleton de « l´enfant terrible du Wisla », tête d´affiche du championnat local, prêté avec option d´achat aux Girondins. « Tout le monde ici est convaincu qu´il va réussir, assure un observateur. Il est en tout cas déterminé, car il veut surtout ne pas retourner à Cracovie. »
Hier, le Nigérian, présent à Bordeaux en fin de semaine dernière, a enfin eu droit aux lumières du Haillan. Chemise griffée blanc et noir, cheveux péroxydés, plutôt réservé et méfiant. A l´image du bonhomme décrit, fan de voitures et de vêtements, et aux changements de couleur de cheveux aussi fréquents que ceux de Djibril Cissé. Un « bon mec qui a besoin d´être en confiance », mais aussi un « showman » qui a l´habitude de célébrer chacun de ses buts par des saltos. « Je le fais depuis que je suis enfant. Au début, c´était difficile. Maintenant, j´en fais de cinq à sept. »
Vitesse et technique. Mais Uche, 22 ans ( sur son CV), n´est pas seulement un gymnaste branché et un polyglotte qui parle anglais, espagnol et polonais. Il est avant tout footballeur. Un dribbleur, bon dans le jeu aérien, « aimant garder le ballon, jouer court et en une-deux pour faire l´intermédiaire entre la défense et l´attaque, et déborder », raconte Angelo Hugues, son coéquipier en 2002-2003. « Je l´utilisais au milieu côté droit », ajoute Henri Kasperczak. « Il a les qualités qui font un bon footballeur : vitesse et technique. Et il a une belle marge de progression. C´est une bonne recrue. »
Si le joueur a été repéré et suivi par Charles Camporro, Michel Pavon a pu le regarder sur « deux-trois cassettes de matches européens » ainsi que lors de la rencontre amicale entre Cracovie et les Girondins en juillet. « On ne peut pas le juger que sur une rencontre de début de saison. Mais j´ai regardé alors l´essentiel, la qualité de ses gestes, de ses prises de balle, de ses déplacements. Il doit d´abord s´aguerrir. Mais je vois aussi qu´il a les deux pieds, peut jouer à droite, à gauche ou derrière les attaquants. »
L´entraîneur bordelais s´est aussi renseigné auprès de Marc Wilmots, qui l´a rencontré avec Schalke 04, et Angelo Hugues, essentiellement sur le volet humain. Car Uche sort d´un conflit avec son club. Sous la déception d´un transfert achoppé à l´Ajax à l´intersaison 2003 ( lire ci-contre), désireux d´augmenter ses conditions salariales d´alors ( 20 000 euros), le Nigérian, six sélections, s´était mis en grève et fait suspendre par ses dirigeants à qui la Fifa avait donné raison.
« Je suis alors rentré au Nigéria et je me suis entretenu physiquement avec la sélection olympique pour garder le rythme », raconte l´intéressé, également privé de CAN pour comportement négatif. Il a fallu l´intervention de Kazperczak, qui avait gardé le contact, pour qu´il revienne un janvier avec un contrat prolongé jusqu´en 2008 et 200 000 euros par mois. « Se priver de lui, c´était gaspiller son talent, dit l´ancien coach montpelliérain et bastiais. Il est intelligent, voulait surtout progresser. »
« Je n´ai pas eu l´impression qu´il avait mauvais caractère, poursuit Hugues, l´ancien Bastiais actuellement à la recherche d´un club. Il est plutôt calme, mais combatif sur le terrain. »
Réussir la transition. A Cracovie, si les débuts « ont été difficiles », il « s´est bien adapté », apprenant la langue, entouré de sa fiancée et de deux amis africains de l´équipe réserve. Mais avec l´exemple Riera en mémoire, Michel Pavon sait la difficulté d´un jeune étranger à trouver ses marques et appelle à ne « pas en faire un pion essentiel du groupe. Il faut prendre son temps. On recrute aussi pour l´avenir. »
Uche dit vouloir « continuer à grandir » et franchir un nouveau palier dans une carrière déjà chargée. Repéré par Angel Castel, un manager à l´affût d´espoirs africains, à Aba, sa ville natale, il a rejoint d´abord l´Espanyol Barcelone. Mais les places hors Union européenne déjà attribuées, il n´a jamais eu sa chance en Liga et Castel l´a alors redirigé vers le Wisla, club avec lequel il est proche. Pendant un an, Kalu a encore galéré. Et pas seulement à cause du climat. « L´entraîneur ne me faisait pas confiance. Mais je ne voulais pas rentrer, j´ai continué à y croire, à travailler. » L´arrivée de Kasperczak, qui le considère aujourd´hui comme « son fils », va lui donner sa chance. Et il va exploser lors d´une saison 2003-2004 marquée par le huitième de finale de l´UEFA ( éliminations de Schalke 04 et de Parme), attirant les convoitises.
Désormais, il va devoir réussir la transition entre championnat polonais et Ligue 1. « Là-bas, il y a peu de matches de haut niveau, raconte Hugues. C´est en dessous techniquement. Il a toujours été très bon en Coupe d´Europe, mais il faudra qu´il tienne sur la durée. C´est une question de rythme et c´est possible qu´il ait un petit coup de barre, même s´il a fait la préparation avec le Wisla et qu´on travaille dur physiquement. »
« Je suis sûr qu´il va exploser », dit Kasperczak. Peut-être alors qu´il se rapprochera de son rêve : devenir titulaire chez les Eagles aux côtés de son jeune frère, qui fait des malheurs en D 2 espagnole avec Huelva. Pour célébrer le souvenir de ses parents, tous deux décédés en 2003.