L´entraîneur de Bastia dérape
François Ciccolini, l´entraîneur corse, a traité samedi soir le milieu de terrain parisien Lorik Cana d´« Albanais de merde ». La commission de discipline de la Ligue est saisie du dossier. Mais d´ores et déjà la polémique fait rage
SAMEDI SOIR, 78 e minute d´un PSG-Bastia ( 1-0) à huis clos : Lorik Cana se blesse en taclant Conombo et reçoit un carton jaune. L´action se passe devant le banc de touche corse. Du bord du terrain, le milieu de terrain est insulté par François Ciccolini, l´entraîneur corse.
« Albanais de merde », l´injurie le technicien. Des propos qui mettent le milieu de terrain hors de lui. Cana répond vivement à Ciccolini lorsqu´il est remplacé trois minutes plus tard par Mendy. L´un des délégués du match s´interpose, afin d´éviter que l´affaire ne se transforme en bagarre. Laurent Fournier prend le joueur sous son aile qui regagne les vestiaires, en compagnie de Graille, rapidement descendu des tribunes.
« La passion a dépassé la raison. Je me suis un peu emporté », dira simplement à chaud, après le match, Ciccolini en guise d´explications. « Nous en avons longuement parlé et pour nous, ce n´est pas une injure raciste, assurait hier Marcel Bernacchi, président de l´Association du SC Bastia. François Ciccolini a dit cette phrase en corse. C´est une injure, oui, mais pas à caractère raciste. Je travaille depuis longtemps avec François Ciccolini, je vous assure qu´il nest pas raciste. Il s´implique beaucoup pour les joueurs africains du club. » « C´est un vrai scandale », s´étranglait hier matin Jérôme Rothen au camp des Loges. « C´est grave, reprend Selim Benachour, qui a passé l´après-midi d´hier avec le joueur albanais. Des propos comme ça sont inadmissibles. Lorik est énormément touché. Je ne l´ai jamais vu dans un état comme ça. » Francis Graille commente a minima l´affaire : « Si de tels propos avaient été tenus par un entraîneur parisien, je n´ose imaginer les réactions du monde du football. »
En pleine campagne européenne Speak up, Stand up contre le racisme, on voit mal la Ligue et toutes les instances du football, dont le Conseil national de l´éthique de Dominique Rocheteau, rester insensible à ce grave dérapage. Joints hier, les délégués du match ne souhaitaient faire aucun commentaire. Dominique Federico, délégué principal, consent juste : « Sur le rapport, on a relaté quelque chose. Il y a eu un échange de paroles. Cela va suivre son cours. Je ne peux pas en dire plus. » Concrètement, le rapport sera adressé cette semaine à la commission de discipline présidée par Jacques Riolacci, dont l´indépendance est redoutée dans le milieu du football. L´instance commencera l´examen du dossier jeudi prochain.
Un comportement incompréhensible
Pour une affaire qui n´a rien à voir avec le racisme, Vahid Halilhodzic a écopé de deux mois de suspension en fin d´année après avoir perdu le contrôle de ses nerfs devant l´arbitre Alain Sars, mais sans jamais prononcer aucune parole insultante ou toucher l´homme en noir. Lorik Cana ne portera pas plainte. Ciccolini ne sera donc a priori pas poursuivi en justice. Selon Pierre Mairat, avocat du Mrap ( Mouvement contre le racisme et pour l´amitié entre les peuples), pour de tels propos à caractère raciste, « la peine encourue va de l´amende ( 10 000 à 15 000 €) à la prison mais c´est rarement le cas ». Le comportement de François Ciccolini est d´autant moins compréhensible que deux de ses joueurs, Pascal Chimbonda et Frank Matingou, ont été victimes d´insultes racistes par des « supporters » - « Sale Noir, rentre chez toi » - à leur sortie du stade de Furiani le 13 novembre dernier après une défaite contre Saint-Etienne ( 0-3). A l´époque, le club bastiais avait publié un communiqué très ferme : « De tels agissements sont inacceptables, ici ou ailleurs, quels que soient le contexte et les circonstances ( ...). Au-delà du club, c´est l´image de la Corse, terre d´accueil et d´hospitalité, qui est une nouvelle fois ternie par quelques énergumènes. »