Chaque année, l’OM vend à prix cassés 28000 abonnements au Vélodrome à huit associations de supporters ciel et blanc. A charge pour elles de les revendre à leurs adhérents. Avec une marge variant entre 16 et 30 euros. Un bénéfice officiellement utilisé pour financer des animations dans le stade. Mais personne ne connaît les effectifs de chaque groupe. Et rien n’empêche ces clubs de fans de l’OM de revendiquer des centaines d’adhérents fictifs, puis de revendre les places, à l’unité, au marché noir. Pour l’OM, le manque à gagner s’élève à plusieurs millions d’euros par saison. Mais la direction du club a pris l’habitude de regarder ailleurs. «La revente des abonnements, même si elle donne lieu à quelques arrangements, rapporte infiniment moins que les trafics au cul du camion sur le port», nous expliquait, il y a encore un an, le président Bouchet.
Les autorités aussi ferment les yeux. Du moins tant que le business des places ne dégénère pas en règlement de comptes. Car les abords du Vélodrome prennent parfois des allures de Bronx méridional. La dernière guerre des supporters s’est déroulée fin 2003. Elle opposait les Winners, le groupe le plus imposant du moment dans les travées du stade, aux MTP ( Marseille Trop Puissant). Bilan: une bataille rangée à la fin d’un match, plusieurs blessés, des condamnations pour coups et blessures et puis... plus rien. «Dans une ville où il y a plus d’allocataires du RMI que dans tout le département de Seine-Saint-Denis par exemple, l’économie souterraine est un phénomène récurrent. Et l’OM en est l’un des vecteurs, note, philosophe, un haut responsable policier. Ceux qui s’attaquent à ce système se trouvent vite fragilisés.»
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Christophe Bouchet, le président limogé cet hiver après une campagne de menaces et d’intimidations menée par les «esprits malins», comme il les dénonce, en sait quelque chose. Officiellement, les fans de l’OM reprochaient à cet ancien journaliste de l’AFP et du «Nouvel Observateur» le départ de l’attaquant-vedette Didier Drogba, des recrutements calamiteux et les mauvaises performances du club sur le terrain. Or, curieusement, les tribunes ne s’en sont jamais prises à José Anigo, l’entraîneur responsable des résultats sportifs, ni à Pape Diouf, alors chargé des transferts! Pourquoi? Sans doute parce que les vraies raisons de la colère des supporters tenaient moins au classement du championnat qu’à une histoire de... tourniquets! A l’intersaison, en effet, le président Bouchet avait mis en œuvre un des projets qui lui tenaient le plus à cœur: l’installation de portiques électroniques à l’entrée, comme il en existe dans tous les stades de France. Une innovation technique qui rend plus compliquée la fraude sur les billetteries, préserve les ressour-ces du club... mais s’attaque à celles des petits trafiquants.