Chapitre 1 : A la porte.
-Samir, Samir, tu viens jouer ?
-Non j’peux pas, faut que j’aille à l’entraînement.
-Arrête Samir, viens jouer au foot, les gars de la citée Mozart, ils ont dit qu’ils allaient nous battre, viens jouer.
-Non, j’ai entraînement ! !!
-Laisse tomber ces entraînements à la con, c’est pas comme ça qu’tu vas jouer comme Zizou, Samir…
-On verra, on verra, dis-je en souriant.
C’est les vacances…
15 juillet 2004, j’ai fêté mes douze ans hier, je m’appelle Samir et la Grèce viens de remporter l’Euro.
Mon rêve c’est de devenir l’un des plus grands joueurs de l’histoire du football français. Mais c’est pas gagné. Je joue en -15 ans à Créteil, j’habite dans un HLM au 11ème étage et j’ai pas un rond en poche.
Si j’en avais, ne serait-ce qu’un tout petit peu, j’irai faire un stage à Clairefontaine. Mes potes disent que c’est trop tard, qu’à douze ans, les futurs pros sont déjà dans des grands centres de formations et que si je n’y suis pas, c’est que je ne serais jamais professionnel.
Pourtant dans mon club, mon entraîneur dit que je suis vachement balèze. C’est vrai qu’à moi tout seul, la saison passée, j’ai inscrit plus de la moitié des buts de mon équipe.
-Samir t’es en retard ! !!
-Oui coach, désolé, mais ce n’est pas de ma faute, je…
-Evidemment, c’est jamais de ta faute ! !! La prochaine fois que t’arrive en retard, t’iras chauffer le banc des remplacents au prochain match. C’est clair ?
-Oui, coach.
Mais quel connard. Ce mec c’est Patrick Henry, l’entraîneur des -18 ans et le président du club. Il me déteste. Je ne savais pas pourquoi jusqu’à il y a trois semaine où j’ai appris qu’il y a deux ans, quand j’ai intégré le club de Créteil, son fils s’est fait recalé car il n’y avait plus assez de place. Et comme j’étais le dernier à m’être inscrit, il pense que c’est à cause de moi si son stupide bourricot de fils ne joue pas dans son club… Il n’avait qu’à prévoir plus de places, il est président du club après tout…
-Salut Coach, lançais-je plus joyeusement à mon entraîneur, le mien, le vrai, pas l’autre gros naze.
-Salut gamin.
-Qu’est-ce qu’il se passe coach ?
Il tenait une lettre dans ses mains et semblait sur le point de tomber en larmes.
-Je suis viré Samir, viré ! !!!
Non, pas lui, c’était impossible, ils avaient sûrement fait une erreur, c’était le meilleur du club. Ils ne pouvaient pas faire ça.
Ils ? , me dis-je. Non c’était LUI plutôt ! !!! Ce mec était tellement vicieux qu’il avait du virer le coach voyant qu’on s’entendait vraiment bien.
J’étais fou de rage et avant que le coach ait pu ajouter un mot, je revins sur mes pas. J’ai traversé ainsi tout le terrain à une vitesse incroyable. Il était là. Devant la porte des vestiaires, comme s’il m’attendait. Il souriait, ce salop était presque mort de rire.
Avant qu’il n’ait pu prononcer un seul mot, ma haine se déversa sur lui :
-Vous n’êtes qu’un salop, un gros connard, vous ne méritez même pas d’être entraîneur. Vous et votre fils êtes aussi cons que les deux ânes du champ d’à côté. Vous faites honte à ce club.
Il en prit plein la figure pendant une bonne minute et quand je ne sus plus quoi dire, je me mis à le fixer d’un regard noir.
Il ne souriait plus. Ce gros tas de graisse qui se prenait pour un entraîneur ne souriait plus. Il entra même dans une colère digne des plus grandes.
Je m’appelle Samir Hassan et je me suis fait virer de mon club à cause d’un énorme malentendu.
Mon coach n’avait pas perdu son job d’entraîneur mais son poste à l’usine du coin où il bossait la journée.
Mais au bout du compte, j’étais à la porte. Ca commençait fort pour quelqu’un qui voulait devenir un champion…